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La marche organisée sur la Radio-Télévision ivoirienne a déjà fait au moins cinq morts. Des tirs à l'arme lourde ont été entendus à proximité de l'hôtel du Golf, siège du gouvernement Ouattara.

La Côte d’Ivoire est en alerte, ce jeudi, alors que s'est mise en marche une manifestation du camp Ouattara menant à la Radio-Télévision ivoirienne (RTI), dans le quartier du Vieux Cocody, à Abidjan. Au moins cinq personnes ont été tuées. Notre envoyé spécial à Abidjan, Cyril Vanier, témoigne : "L'affrontement a commencé. Des combats à l'arme lourde se sont engagés sur le boulevard qui sépare le centre ville de l'hôtel du Golf, où se sont réfugiés des dizaines de partisans pro-Ouattara."

Le Premier ministre du gouvernement désigné par Alassane Ouattara, le chef de l’ex-rébellion des Forces nouvelles (FN) Guillaume Soro, a annoncé vouloir mettre en place un nouveau directeur général à la tête de la RTI, cette institution-clé de la communication pro-Gbagbo. Le camp de Laurent Gbagbo estime que cette manifestation est "de la provocation et de l’intimidation", selon Gnonzié Ouattara, ministre de la Communication du gouvernement nommé par Gbagbo.

Cette manifestation est suivie avec inquiétude en Côte d’Ivoire et à l’étranger. Ce jeudi matin, la ministre française des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, a appelé "à la retenue de part et d’autre". L’Onuci assure travailler pour que le calme et la sécurité prévalent, mais se dit dans le même temps "prête à toutes les éventualités", selon Hamadoune Toure, porte-parole de l'Onuci, interrogé par RFI. Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon craint que la situation n’aboutisse "à une violence généralisée", alors que le procureur général de la Cour pénale internationale, Luis Moreno Ocampo, menace de poursuites en cas de violences meurtrières, dans un entretien à FRANCE 24.

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"Nous irons les mains nues"

"Je ne suis plus prêt à tolérer des vampires prêts à boire le sang des Ivoiriens. Je vais agir bientôt", a déclaré le ministre de la Jeunesse et de l'Emploi du gouvernement de Laurent Gbagbo, Charles Blé Goudé, ancien chef des jeunes patriotes pro-Gbagbo et fer de lance des manifestations anti-françaises de 2003 et 2004 à Abidjan, devant quelque 3 000 jeunes réunis dans un stade à Abidjan mercredi.

De son côté, Patrick Achi, porte-parole d’Alassane Ouattara, veut croire que la manifestation ne va pas dégénérer en bain de sang. "Je ne vois pas les forces de défense et de sécurité ivoiriennes que je connais tirer sur leur propre population et sur leur gouvernement légitime, j'ai vraiment des raisons d'en douter". "Nous irons les mains nues et nous verrons si Laurent Gbagbo aura la force de nous tuer", ajoute une autre porte-parole du camp Ouattara, Anne Ouloto, sur RFI.


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La position inconfortable de l’Onuci 

La RTI, au coeur du conflit Gbagbo-Ouattara

Depuis le début de la crise post-électorale qui secoue la Côte d’Ivoire, le camp d’Alassane Ouattara accuse la Radio-Télévision ivoirienne (RTI) d’être acquise à la cause de Laurent Gbagbo. Les proches du président proclamé par la Commission électorale indépendante (CEI) étayent leurs accusations en expliquant que le site internet de la RTI ne donne que la composition du gouvernement de Laurent Gbagbo et que la chaîne est la seule source d’informations dans le sud du pays depuis que les médias internationaux y ont été interdits. Par la voix du nouveau ministre de la Communication du gouvernement Aké N'Gbo, Gnonzié Ouattara, qui s’est exprimé sur RFI, le camp Gbagbo rétorque que, "depuis très longtemps, les radios et télévisions du nord et de l’ouest font campagne pour Ouattara, alors que la RTI a fait un travail équitable durant la campagne présidentielle".

L’intervention éventuelle des forces onusiennes fait débat. Le général Philippe Mangou, chef d'état-major des armées et de l'ensemble des Forces de défense et de sécurité (FDS), s’est fait menaçant, mercredi, imputant par avance au représentant spécial des Nations unies en Côte d’Ivoire, Choi Young-jin, la "responsabilité" des "conséquences imprévisibles qui pourraient résulter de ces actions projetées".

"L’Onuci pense qu’elle n’aura pas à être attaquée et n’aura pas à riposter", lui a répondu, de son côté, le porte-parole de la mission onusienne, Hamadoun Touré.

Mercredi déjà, plusieurs manifestants pro-Ouattara ont été blessés par balles à Yamoussoukro (centre), la capitale politique ivoirienne, quand les FDS ont voulu empêcher un défilé.

M. Ouattara a été désigné vainqueur du deuxième tour de la présidentielle par la Commission électorale indépendante (CEI) et reconnu comme tel par la communauté internationale. Mais le Conseil constitutionnel ivoirien a invalidé ces résultats et proclamé la victoire de M. Gbagbo. Les deux hommes ont chacun formé leur gouvernement.