
La présidence afghane a fait part de son intention de fixer un délai de quatre mois pour la dissolution des compagnies privées qui aident l'Otan à garantir la sécurité dans le pays. Une décision que nombre d'observateurs jugent prématurée.
AFP - La décision du président afghan Hamid Karzaï de dissoudre d'ici le 1er janvier 2011 les sociétés privées de sécurité, éléments cruciaux du dispositif de l'Otan, paraît prématurée alors que l'armée et la police afghanes ne seront pas prêtes à assurer la sécurité avant 2014.
"Le président va fixer aujourd'hui un délai de quatre mois pour la dissolution des compagnies privées de sécurité", a déclaré Waheed Omer, le porte-parole de la présidence afghane.
"La date limite est le 1er janvier 2011, mais le décret doit encore être signé", a précisé M. Omer.
"Plus de détails seront annoncés dans le décret" présidentiel, a ajouté le porte-parole du chef de l'Etat afghan.
La présidence a clairement indiqué qu'il ne s'agissait pas de revoir les conditions d'enregistrement ou de fonctionnement des "contractors", ces sociétés de sécurité, mais bien de les voir quitter le pays.
Le problème est "la manière avec laquelle elles fonctionnent en Afghanistan, la façon dont elles se sont développées comme forces alternatives au gouvernement, tous les problèmes qu'elles ont créés", selon M. Omer.
La présidence afghane avait annoncé le 10 août son intention d'interdire les 52 compagnies privées de sécurité, afghanes et internationales, sans en préciser le délai.
Quelque 40.000 personnes travaillent en Afghanistan dans le secteur florissant de la sécurité. Compagnies internationales, sociétés afghanes: elles travaillent avec les forces internationales, le Pentagone, la représentation de l'ONU, les entreprises chargées de gérer les milliards de dollars d'aide internationale, les ONG et les médias occidentaux.
Les employés de ces sociétés sont à 90% afghans, les étrangers, souvent d'anciens militaires, assurant l'encadrement pour des salaires très élevés.
A l'instar du conflit en Irak, où elles étaient apparues en force, ces sociétés sont devenues incontournables en Afghanistan, protégeant les convois de ravitaillement de l'Otan ou le personnel expatrié qui travaille sur les programmes d'aide internationale, mais assurant également l'entraînement des forces afghanes de sécurité.
"Il est tout bonnement impossible de les interdire en l'état", estime l'analyste politique Haroun Mir.
"Ces sociétés travaillent avec la force de l'Otan, mais aussi avec toutes les ONG, les humanitaires, les ambassades", souligne M. Mir en rappelant que les forces afghanes de sécurité ne sont pas encore "prêtes" à assurer seules la sécurité.
"Et les forces afghanes de sécurité ne sont pas encore fiables. Il y a des cas d'infiltration des forces afghanes par les insurgés", rappelle l'analyste en référence aux soldats afghans et étrangers, notamment britanniques, tués par des insurgés infiltrés dans l'armée afghane.
Plus diplomate, le porte-parole des forces internationales, le général Josef Blotz, n'en dit pas moins la même chose, soulignant qu'il serait favorable à la dissolution de ces sociétés, mais seulement si les conditions étaient réunies dans le pays pour un contrôle de la sécurité par la police et l'armée afghanes.
"Nous avons besoin d'avoir suffisamment de forces afghanes de sécurité pour assurer la sécurité nécessaire", a dit le général Blotz, alors que le président Karzaï souhaite que ces forces prennent le relais des forces internationales en 2014.
Le Pentagone avait minimisé la semaine dernière l'annonce de la présidence afghane, en assurant que des discussions se poursuivaient à ce sujet avec le gouvernement afghan.
Après l'annonce faite lundi par Kaboul d'un délai de quatre mois, le Pentagone s'est implicitement prononcé pour un retrait plus échelonné.
Sans commenter directement le délai fixé par M. Karzaï, un porte-parole du Pentagone, Bryan Whitman, a déclaré que la dissolution des compagnies privées devrait avoir lieu "de manière réfléchie et en reconnaissant l'importance du défi que cela pose".
"Nous allons continuer à travailler avec le gouvernement afghan" pour "planifier une réduction progressive de leur nombre, en fonction des conditions de sécurité", a indiqué le porte-parole.