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Le gouvernement a annoncé le démantèlement de 300 camps illégaux de gens du voyage et de Roms ainsi que l'expulsion vers la Roumanie et la Bulgarie de ceux qui commettraient des délits. Les associations dénoncent des mesures stigmatisantes.

Evacuation systématique des "campements illicites", simplification des procédures d'expulsion des Roms qui auraient causé des troubles l'ordre public... A l'issue d'une réunion de près d'une heure et demie à l'Elysée, le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, a annoncé une série de mesures destinées à lutter contre la "délinquance" des Roms et des gens du voyage.

Les organisations de défense des droits de l'Homme, qui critiquaient la tenue même de ce rendez-vous, dénoncent le "ciblage raciste" de ces mesures et un "festival de clichés éculés".

Démantèlement des campements illégaux

En premier lieu, le gouvernement entend démanteler 300 campements illégaux occupés par les Roms au cours des trois prochains mois. Ces campements sont des

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"Les Roumains ne comprennent pas pourquoi on fait un lien entre leur adhésion à l'espace Shengen et le problème des Roms."
Hortefeux durcit le ton et promet le démantèlement des camps illicites de Roms

"sources de trafics illicites, de conditions de vie profondément indignes, d’exploitation des enfants à des fins de mendicité, de prostitution ou de délinquance", affirme Nicolas Sarkozy dans un communiqué.

Une réforme législative doit être mise en œuvre pour "rendre plus efficace le dispositif d'évacuation des campements illégaux". Dix inspecteurs du fisc seront également chargés spécialement de contrôler la situation des personnes vivant dans ces camps.

Expulsions

Brice Hortefeux a également promis une reconduite "quasi-immédiate" vers la Roumanie ou la Bulgarie de ceux qui auront commis des délits. La loi sur l'immigration devra être réformée, d'ici la fin de l'année, pour faciliter la mise en œuvre des "mesures d'éloignement" de ces personnes pour des raisons "d'ordre public".

Autre mesure annoncée, le renforcement de la coopération avec la Roumanie. Une vingtaine de policiers roumains et bulgares devraient être nommés en région parisienne. Et l'Assemblée nationale devrait autoriser, à l'automne, la signature d'une convention entre la France et la Roumanie, permettant de ramener dans leur pays les mineurs isolés.

Le chef de l'Etat a tenu à faire un geste envers les gens du voyage, dont la majorité est française, en demandant au gouvernement de "veiller" à l'application effective de la loi de juillet 2000, qui impose l'instauration d'aires d'accueil dans un certain nombre de communes. Moins de la moitié des places ont pour l'instant été mises en place.

Nicolas Sarkozy précise toutefois qu'il veut éviter tout "amalgame injuste entre les délinquants et la majorité des gens du voyage qui ne demandent qu’à vivre en paix". 

"Grosses voitures"

"Roms", "Tsiganes" ou "gens du voyage" ?

"Gens du voyage" est l'appellation administrative, établie à la fin des années 1970, qui désigne les communautés nomades de France, ceux "dont la profession et les occupations nécessitent un déplacement continuel en caravane pendant la majeure partie de l'année". Ils possèdent la nationalité française.

Les "Roms" ou "Tsiganes", sont, à l'origine, un peuple nomade venu d'Inde, aujourd'hui très majoritairement sédentarisé. En France, le terme "Roms" désigne des nomades d'origine essentiellement roumaine ou bulgare. Ils bénéficient de la liberté de circulation mais n'entrent pas dans la catégorie juridique française des "gens du voyage".

Les Roms sont appelés différemment selon les zones géographiques. On parle de "gitans" en Camargue, dans le sud de la France, comme en Espagne. En Italie ou dans les pays germanophones, en revanche, on parle de "manouches".

Les annonces du gouvernement sont "proprement scandaleuses", réagit Malik Salemkour, vice-président de la Ligue des droits de l'Homme et animateur du collectif RomEurope. "Evacuer des bidonvilles simplement parce que les habitants sont des Roms relève de l'ethnicisation et du ciblage raciste. Les lois qui permettent aux gens de déposer des recours risquent d'avoir du mal à être respectées."

Il dénonce "l'effet d'annonce" mais aussi les "stéréotypes" utilisés par le gouvernement. "Ce n'est pas parce qu'on a une grosse voiture que l'on est un trafiquant ! Comment vouez-vous tirer une caravane avec une Twingo ? Au lieu d'envoyer des signaux d'apaisement, le gouvernement attise les feux. Il trouve des boucs émissaires faciles pour ne pas agir sur les questions de fond."

Le ministre de l'Intérieur a en effet estimé que de nombreux Français étaient "surpris en observant la cylindrée de certains véhicules" qui tractent les caravanes des Roms ou des gens du voyage. L'association SOS-Racisme a elle aussi manifesté son "indignation" et dénoncé un "festival de clichés éculés" "qui remettent en cause l'appartenance de groupes entiers à notre nation".

Cette réunion ministérielle, où était notamment présents les ministres de l'Intérieur, de l'Immigration et de la Justice ainsi que les responsables de la police, a été convoquée par le président français après les violences de Saint-Aignan. Une nouvelle réunion devrait avoir lieu dans trois mois.

Entre 10 000 et 15 000 Roms et 400 000 gens du voyage vivent en France.