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Moscou et Washington envisagent un échange d'espions

Dans un scénario digne de la Guerre froide, la Russie souhaite échanger Igor Soutiaguine (photo), un expert en armement convaincu d'espionnage au profit des Américains, contre l'un des présumés agents russes arrêtés le mois dernier aux États-Unis.

AFP - La Russie et les Etats-Unis, aux prises avec un scandale d'espionnage pour le Kremlin, envisagent un échange de personnes digne de l'époque de la guerre froide pour mettre aux oubliettes cette affaire qui entache la relance de leurs relations, a affirmé mercredi une avocate russe.

L'avocate Anna Stavitskaïa a indiqué que son client, Igor Soutiaguine, un expert en armement convaincu d'espionnage au profit des Américains, avait appris qu'il serait libéré dans le cadre d'un échange avec les membres du réseau d'espions présumés arrêtés fin juin aux Etats-Unis.

"Il va être échangé avec les gens qui sont accusés d'espionnage aux Etats-Unis", a-t-elle déclaré au cours d'une conférence de presse, sans autre précision.

Etonnamment, ces affirmations n'ont suscité aucune réaction de la part des autorités russes.

Le frère de M. Soutiaguine, Dmitri, a de son côté indiqué qu'Igor serait transféré à Vienne, avant de s'envoler pour Londres.

Igor Soutiaguine avait été condamné en 2004 à 15 ans de prison pour avoir transmis des informations secrètes aux Etats-Unis, via une société de sécurité britannique qui servait d'intermédiaire à la CIA, selon la Russie.

Il serait donc, avec d'autres détenus, une monnaie d'échange contre les personnes soupçonnées par le FBI, la police fédérale américaine, d'espionnage au profit du Service de renseignement extérieur russe (SVR). Dix personnes ont été interpellées fin juin aux Etats-Unis, tandis qu'une onzième, arrêtée à Chypre, est parvenue à prendre la fuite.

Mercredi, des tribunaux de Boston et d'Alexandria ont décidé de transférer à New York cinq cas dont ils avaient la charge, permettant le regroupement avec les cinq autres cas déjà sous juridiction new-yorkaise, qui doivent comparaître le 27 juillet.

L'ancien porte-parole du SVR, Iouri Kobaladze, a déclaré sur la radio Echo de Moscou que cet échange "serait une formidable issue de secours dans cette situation très complexe".

Les échanges d'espions entre l'Occident et les pays de l'Est étaient pratiqués durant la guerre froide, notamment sur le pont de Glienicke, qui reliait Berlin-Ouest à l'Allemagne de l'Est. Mais aucun de ces échanges n'était rendu public par l'une ou l'autre partie.

Cette solution aurait l'avantage de contenter à la fois Moscou et Washington: si les deux pays ont assuré que l'affaire ne contrecarrerait pas le réchauffement de leurs relations, ils n'ont guère intérêt à voire s'éterniser une bataille judiciaire, sans parler du déballage médiatique qui en découlerait.

Selon Dmitri Soutiaguine, qui a rencontré son frère mercredi à la prison Lefortovo à Moscou, ce dernier a rencontré des "représentants américains" et un "général russe, très probablement du service des renseignements extérieurs".

"En discutant avec Igor, il est clair que cette question a été décidée au plus haut niveau, très probablement au niveau des présidents russe et américain", a-t-il dit.

Toujours selon Dmitri, Igor Soutiaguine a dit à sa famille que l'échange avait été suggéré par les Etats-Unis. "Les Américains ont présenté une liste de gens qu'ils sont prêts à échanger avec des personnes accusées d'espionnage. Igor figure parmi eux".

"Trois ou quatre noms" ont été communiqué à Igor, "mais apparemment ils doivent échanger 11 (personnes) contre 11", a-t-il ajouté.

"Ils ont expliqué assez clairement que si une seule personne de la liste refusait, l'accord serait rompu", a souligné Dmitri.

Selon Mme Stavitskaïa, il est difficile de dire comment un tel échange pourrait être présenté d'un point de vue juridique: "Igor a dit à sa famille que ce serait présenté comme une amnistie".