
Avec la naissance de Pôle emploi se substituant à l'ANPE et aux Assedic, l'influence de l'État va se renforcer dans la gestion de l'emploi. Mais les chômeurs devront attendre octobre 2009 pour avoir droit au fameux "guichet unique".
AFP - Finis l'ANPE et les Assedic, place à Pôle emploi: le "grand service public de l'emploi" voulu par Nicolas Sarkozy, entre effectivement en scène le 5 janvier, mais les demandeurs d'emploi devront attendre octobre 2009 pour avoir droit au fameux "guichet unique".
Cette d'un organisme public - l'ANPE - et d'un organisme privé - les Assedic, gérées par le patronat et les syndicats - est en soi une révolution. Pôle emploi, dont la naissance intervient sur fonds de récession et de forte hausse du nombre de demandeurs d'emploi, a le statut d'une "institution nationale publique" autonome.
Le gouvernement est parvenu à vaincre les préventions des partenaires sociaux, gestionnaires de l'assurance chômage depuis la naissance du régime en 1959. Mais, sur le papier au moins, patronat et syndicats continueront de décider seuls du mode d'indemnisation des demandeurs d'emploi, au sein de l'Unedic, réduite à peau de chagrin.
Objectif avoué: créer un service anti-chômage performant et privilégiant, selon le secrétaire d'Etat à l'Emploi Laurent Wauquiez, "une culture de résultat".
"Nous sommes sans doute le seul pays où le suivi de la recherche effective de l'emploi est assuré par trois institutions: l'Etat, l'assurance chômage et l'ANPE. Autant dire qu'elle n'est suivie par personne!", avait déclaré en septembre 2007 le Président Sarkozy, déterminé à appliquer cette promesse de campagne.
Le projet s'inspire des "Jobcentres Plus" britanniques où "un meilleur service rendu aux demandeurs d'emploi" a "pour contrepartie un contrôle accru" de la recherche d'un travail.
L'individualisation est le maître-mot. Un conseiller ne devrait suivre que 60 demandeurs d'emploi maximum (30, pour les publics les plus fragiles), contre une moyenne de 80 aujourd'hui.
Pôle emploi sera le seul organisme à s'occuper d'accueillir, orienter, placer et indemniser les demandeurs d'emploi. Le gouvernement a renoncé à lui confier la formation des chômeurs.
Ses responsables promettent "une amélioration visible" immédiate. Le 5 janvier pourtant, le bébé se résumera pour les usagers à un numéro de téléphone unique (39 49) et au site internet www.pole-emploi.fr.
Pour la généralisation du guichet unique sous un même toit - déjà expérimenté -, les chômeurs devront patienter au mieux jusqu'à octobre 2009 car le nouveau maillage sur le territoire français n'est pas arrêté.
La tâche est considérable. L'ANPE, ce sont près de 30.000 agents dans 824 agences. Les Assedic, 14.000 employés dans 639 antennes.
"De janvier à septembre, il y aura une simplification du mécanisme d'inscription pour supprimer toutes les redondances actuelles. On mettra en place progressivement les référents uniques pour que la personne qui suit le demandeur d'emploi soit capable de répondre sur son indemnisation et son placement", selon Christian Charpy, prochain directeur général de Pôle emploi.
Aujourd'hui, seulement 63% des chômeurs sont reçus le même jour pour leur inscription Assedic et leur entretien ANPE, rarement au même endroit et par la même personne.
I faut former les personnels à deux métiers distincts: orientation-placement et indemnisation. Sept jours sont prévus pour les agents Assedic, trois pour ceux de l'ANPE. "Largement insuffisant", selon les syndicats.
Dès son début, Pôle emploi est dans l'oeil du cyclone. Avec la crise, les inscriptions affluent tandis qu'une grève est programmée lundi, jour de son lancement, puis une autre jeudi.
"On appréhende beaucoup des situations de tension qui risquent de se multiplier si le service aux usagers n'est pas rendu correctement", affirme Noël Daucé (SNU-ANPE, affilié à la FSU).