envoyée spéciale à Santa Catarina – Il n’y a pas que Flavio qui fait campagne dans l’ombre du père chez les Bolsonaro. Le fils aîné, actuellement au coude-à-coude avec Lula dans la course à la présidentielle, peut compter sur ses frères, candidats aux sénatoriales et aux législatives dans le sud du Brésil. Officialisé par le Parti Libéral, Carlos brigue pour la première fois un mandat au Sénat. Le benjamin Renan est, lui, en lice pour l’Assemblée nationale. Dans ce sud fidèle à l’ex-président Jair Bolsonaro, leur seul nom suffit à gagner.
Ils les ont attendu des heures sous la pluie et le froid de cet hiver qui n’en finit pas à Joinville ce samedi 19 septembre. Dans le centre d’exposition de cette ville de l'État de Santa Catarina, qui a jadis accueilli la plus grande foire d’armes du Brésil, les militants n’en reviennent pas.
Il faut dire que ses électeurs de la famille Bolsonaro sont gâtés : sur scène, ils n’ont pas un, mais deux Bolsonaro. Le fils ainé Flavio, nommé par son père Jair comme candidat du Parti libéral à l’élection présidentielle, est accompagné de son frère, Carlos, qui se présente aux sénatoriales. "Pourquoi votre État est exemplaire ? Parce qu’il n’a jamais été gouverné par le Parti des travailleurs !", scande Flavio, exhortant le public à voter pour son petit frère qui tente pour la première fois sa chance au Sénat, dans cette région du Sud.
Un numéro 3 discret
Conseiller municipal de Rio de Janeiro depuis plus de 20 ans, Carlos est un pur produit carioca parachuté ici et qui se fait régulièrement railler pour son accent trop poussé sur les "ch". Il a décidé de déménager dans le sud il y a quelques mois, guidé, selon lui, par les valeurs de la population de cette région. Et surtout pour briguer un poste de sénateur qui serait beaucoup plus difficile à obtenir dans la capitale touristique du pays, au paysage politique trop concurrentiel.
Coliistière de Carlos Bolsonaro, Carol de Toni fait jouer son expérience à Joinville. "Il a aidé participé à la gestion d'une ville comme Rio alors notre État à coté, c’est un cadeau ! Nous sommes un peuple travailleur et conservateur, qui adhère aux valeurs que Jair Bolsonaro défendait". Comme si l’aura du père, condamné l'année dernière à 27 ans de prison pour tentative de coup d’État et interdit de participé à la campagne, voyageait dans le corps du fils.
"Je suis très religieuse. Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est un peu comme le Saint-Esprit, mais il y a un peu de ça. Jair Bolsonaro est notre héros à tous. Alors s’il peut être un peu avec nous à travers ses fils, c’est tant mieux !", assure Carole de Toni. De fait, le portrait de l’ancien président, comme un talisman, trône partout à chaque déplacement de campagne.
Derrière Flavio, Carlos s’efface un peu. Même en l’absence de son grand frère, rares sont ses interventions médiatiques. Au QG de campagne, on rappelle que "les emplois du temps des candidats Bolsonaro ne sont pas communiqué pour des questions de sécurité". Pour Felipe Pereira, journaliste du portail Universo Online (UOL), c’est surtout une stratégie de campagne. "Rester muet face aux médias nationaux et tout déverser sur leurs réseaux, c’est une demande explicite de Jair Bolsonaro", explique-t-il.
Son terrain n’est donc pas celui des estrades, mais celui des téléphones. Tout de même moins charismatique que son père ou que ses deux frères ainés, il parle directement aux militants et entretient avec la base bolsonariste plutôt radicale une relation de méfiance à l'égard des institutions.
Une implantation stratégique dans le sud du Brésil
Dans l'État de Santa Catarina qui a voté à près de 70 % pour Jair Bolsonaro aux dernières élections présidentielles en 2022, cette méthode a trouvé un public fidèle. Les messages circulent dans les groupes WhatsApp familiaux et professionnels. Une vidéo TikTok dénonçant Lula, la Cour suprême ou les politiques environnementales du gouvernement peut être relayée en quelques minutes.
Politologue spécialiste du bolsonarisme à l’Université de l’État de Rio de Janeiro, Joao Feres explique pourquoi cette transhumance vers le sud est stratégique : "La famille mise sur une marque nationale. Ce sont des candidatures sans véritable enracinement local, qui comptent sur le nom Bolsonaro pour compenser l’absence de lien avec le territoire. La campagne s’organise moins autour d’un programme que d’une communauté politique savamment choisie : un sud conservateur, constitué de grandes propriétés agricoles, qui se reconnaît dans le drapeau, la croyance en Dieu, les valeurs du travail, de l’entreprenariat, mais surtout, qui rejette viscéralement les politiques sociales de gauche.
Jair Renan, le benjamin en apprentissage
À une heure de la capitale de Santa Catarina se trouve Balneario Camboriu, surnommée le "Dubai brésilien". Cette station balnéaire aux gratte-ciel les plus hauts d’Amérique latine vit essentiellement de l’argent de l’agroalimentaire. Un public déjà acquis à la cause de l'ancien président. Jair Renan, le benjamin de la fratrie, s’y sent donc comme un poisson dans l’eau. Il est venu y étudier le droit au Centre Universitaire Avantis. Jair Renan Bolsonaro a été baptisé à l’église évangélique puis a été très largement élu conseiller municipal voilà 3 ans. Son créneau ? Parler aux jeunes.
Dans son local de campagne constellé de photos du père comme du fils, les militants s’amusent même de sa ressemblance physique avec son patriarche. Ils assurent qu’il est "le meilleur candidat de l’État, le voyant comme un jeune qui en veut" et qui "fait vivre son père qui n’a plus le droit de s’exprimer". Pourtant, il prend très peu la parole à la tribune du conseil, et lorsqu’il parle sur les réseaux, son ton et son discours semble dactylographiés. En avril dernier, il a tenu un discours confus sur la dictature militaire brésilienne, évoquant des élus plus âgés pour qui "c’était la meilleure époque du Brésil".
En face du QG, le coiffeur barbier Eduardo Souza a eu des demandes de coupes comme "Renan" ! Il le dit sourire aux lèvres, avant qu'une grimace n'apparaisse sur son visage. "Il peut surfer sur le nom et même le prénom du père, mais il n’y a que lui qui peut sauver notre pays du communiste Lula".
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RéessayerPour le politologue Joao Feres, la modération contribuerait à "diluer" la marque Bolsonaro. "Radicaliser la préserve, mais cela limite le plafond électoral", explique-t-il, en invitant à se méfier de l’idée d’un héritage automatique.
"Le capital politique de Jair Bolsonaro ne se transmet pas par héritage", estime-t-il. Ses fils portent le nom de famille et, avec lui, "l’accès à un électorat déjà constitué". Mais aucun n’aurait encore construit "une direction propre qui puisse se maintenir sans la référence au père". Derrière les drapeaux et les slogans, une question commence à s’imposer : le bolsonarisme peut-il survivre à Jair Bolsonaro sans rester prisonnier de son ombre ?
