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Frère Paul-Adrien prêche depuis un studio aux décors inspirés de l'univers du gaming. Sœur Albertine déconstruit les clichés sur la vie au couvent sur Instagram. Le père Benoît prie avec ses abonnés sur TikTok. Alors que la France connaît une hausse des baptêmes d'adolescents et d'adultes, une nouvelle génération d'influenceurs catholiques alimente un discret renouveau religieux, plutôt conservateur.

Sœur Albertine, influenceuse catholique française, pose près du Vatican le 28 juillet 2025. © Alberto Pizzoli, AFP

Le pape Léon XIV séjournera les 25 et 26 septembre à Paris pour la première étape d'un voyage apostolique de quatre jours en France, qui le mènera également à Lourdes et à Metz.

Mais pour les jeunes, c'est sa venue au Stade de France qui suscite le plus d'enthousiasme. Le soir du 25 septembre, le souverain pontife présidera une veillée de prière destinée aux 17-35 ans dans l'enceinte même où Beyoncé s'est produite l'an dernier. À l'ouverture des inscriptions, les dizaines de milliers de places gratuites du stade se sont arrachées en moins d'une heure.

Cet engouement se reflète également dans les chiffres. Si la France a connu une chute spectaculaire du nombre de prêtres ordonnés – passant de 65 000 en 1960 à 12 000 en 2023 –, le nombre de baptêmes chez les adultes et les adolescents a bondi, passant d'un peu moins de 6 000 en 2022 à plus de 21 000 en 2026.

Une tendance qui s'explique en partie par l'action des influenceurs catholiques français prêchant l'Évangile sur les réseaux sociaux.

Arrête de scroller et prie avec moi

Frère Paul-Adrien, moine dominicain et influenceur, a adopté tous les codes du métier de YouTubeur. Dans un décor moderne composé d'un mur en briques, de néons, d'une guitare et d'une plante, il s'adresse directement à la caméra, le visage parfaitement éclairé par un panneau LED. Impossible de manquer la statue de la Vierge Marie (presque grandeur nature), le crucifix et la Bible géante qui donnent des indices sur la thématique de sa chaîne.

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Tournées dans son studio, les vidéos de Paul-Adrien sont rythmées par des graphismes accrocheurs et des extraits de mèmes qui apportent une touche d'humour à ses prises de position sur des sujets variés, allant de la masturbation à l'intelligence artificielle. Adaptant habilement son contenu à la plateforme qu'il utilise pour prêcher, il jouit d'une immense popularité et a rassemblé 678 000 abonnés sur YouTube, 383 000 sur Instagram et 404 000 sur TikTok.

"On observe un regain d'intérêt pour l'Église en France, et les influenceurs catholiques y ont indéniablement contribué", affirme David Douyère, professeur à l'université de Tours et spécialiste de la communication religieuse.

Une enquête menée par le quotidien catholique La Croix a révélé qu'un adulte sur cinq baptisé en 2025 – parmi ceux interrogés – a cité des influenceurs comme Paul-Adrien comme ayant joué un rôle dans la décision de se convertir.

Les coulisses du quotidien d'une religieuse

"Ils sont modernes et ont quelque peu dépoussiéré l'image de l'Église, rendant la vie religieuse un peu plus accessible aux jeunes", explique David Douyère. "Mais le fond de leur contenu reste très traditionnel."

Sœur Albertine, membre de la communauté du Chemin Neuf à vocation œcuménique, figure également parmi les influenceurs catholiques les plus populaires en France. Elle a commencé par publier des vidéos en mode "coulisses" pour montrer son quotidien de religieuse et expliquer son rôle au sein de l'Église.

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Toutefois, Albertine insiste : "Je ne suis pas devenue religieuse pour la célébrité", affirmant ne pas prêter attention à ses statistiques ou au nombre de ses abonnés. "Il existe beaucoup de clichés sur la vie des religieuses ; mon objectif était donc de les déconstruire", explique-t-elle. "Au fil du temps, je me suis rendu compte qu'il y avait aussi énormément d'idées reçues sur la vie des chrétiens ; j'ai donc élargi mes sujets et commencé à répondre aux questions sur le catholicisme."

Le père Benoît Pouzin, prêtre dans le sud-ouest de la France, a commencé à publier des vidéos sur TikTok et Instagram il y a deux ou trois ans. Vêtu d'une soutane portée sur une chemise à col romain, il renvoie une image de sérieux sur son fil d'actualité. Contrairement à Paul-Adrien ou à sœur Albertine, ses vidéos sont soit des prières auxquelles ses abonnés peuvent s'associer, soit des contenus pédagogiques, comme une "prière puissante pour combattre le mal", un décryptage sur "pourquoi nous allons à la messe tous les dimanches" ou une invocation "en quête du vrai bonheur".

"J'ai vu comment les jeunes passent leur vie sur leur téléphone, en particulier sur les réseaux sociaux. Cela m'a interpellé. J'ai décidé qu'il fallait aller vers les gens là où ils se trouvent", confie-t-il. "Mon rôle est de partager le message de la foi, et je le fais de manière simple et humble. Si je voulais faire le buzz, je le ferais. Je ne parle pas d'actualité, de sujets sensibles ou de choses de ce genre. Mon objectif principal est de répondre aux questions des gens et de prier avec eux", explique le père Pouzin.

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La plupart des influenceurs s'efforcent de retenir leur audience en ligne, mais lorsque des personnes sollicitent le père Pouzin avec des questions ou se confient sur les difficultés qu'elles rencontrent, il les encourage à "quitter le monde virtuel" et à "aller rencontrer leur prêtre local". "Tout l'enjeu est d'aider les gens à poser leur téléphone et de les amener à l'église", dit-il. "Rien ne remplacera jamais le contact humain."

Une décennie de disciples numériques

L'Église catholique a adopté la communication numérique depuis longtemps, dès l'époque du pape Jean-Paul II, qui avait déclaré en 2002 voir en Internet un "nouveau forum pour proclamer l'Évangile". Les catholiques ont commencé à se faire connaître en ligne d'abord via des blogs ou des forums, avant que les réseaux sociaux comme Facebook ou Instagram ne prennent le relais. En France, par exemple, le "Padreblog" – lancé en 2007 et animé par une équipe de prêtres actifs – demeure un espace incontournable.

"Je dirais que les influenceurs catholiques existent depuis une dizaine d'années", estime David Douyère, "avec une véritable explosion de leur présence en ligne durant la pandémie de Covid-19."

Les confinements successifs et les mesures sanitaires, telles que la distanciation physique, ont rendu la tenue de messes publiques quasi impossible ; des figures catholiques à travers le pays se sont donc tournées vers les réseaux sociaux pour continuer à prêcher et à garder le lien avec leurs paroisses. Aujourd'hui, la présence d'influenceurs catholiques en ligne est devenue monnaie courante.

L'an dernier, en juillet, le Vatican a organisé un événement spécial pour les influenceurs catholiques, marquant ainsi la reconnaissance officielle de leur rôle au sein de l'Église. Près d'un millier de "missionnaires numériques" ont été invités dans la Ville sainte. Cette initiative inédite s'inscrivait dans le cadre du Jubilé des jeunes à Rome, une semaine de célébrations réunissant des dizaines de milliers de pèlerins venus du monde entier pour prier, assister à des concerts et participer à des services religieux, avec une apparition surprise du pape la veille de la messe d'ouverture.

Le pape Léon XIV (à droite) salue les fidèles lors de la messe pour le Jubilé des missionnaires numériques et des influenceurs catholiques, célébrée par le cardinal philippin Luis Antonio Tagle à la basilique Saint-Pierre du Vatican, le 29 juillet 2025. Alberto Pizzoli, AFP

Toutefois, "il existe une tension avec l'Église : d'un côté, on craint que les influenceurs ne captent trop l'attention, tandis que de l'autre, ils s'avèrent utiles pour la diffusion de la foi", explique David Douyère.

Les influenceurs sont des figures atypiques. Plutôt que d'agir sous le mandat officiel d'une institution réputée pour sa hiérarchie, ils tirent leur légitimité de leur communauté d'abonnés. Même lorsqu'il s'agit de prêtres ou de membres d'ordres religieux, l'Église exerce très peu de contrôle sur les contenus qu'ils diffusent.

En 2023, le Vatican a publié une "réflexion pastorale sur l'engagement dans les réseaux sociaux". Si l'Église y reconnaît le rôle des influenceurs, capables "d'inspirer et de motiver autrui par leurs idées ou leurs expériences", elle met également en garde contre "une polarisation et une division accrues entre les individus et les groupes". "Ils doivent garder un sentiment d’humilité, car ils sont les disciples de Jésus envoyés pour transmettre le message de Dieu ; ils doivent savoir s’effacer. Or, l’attention dont ils font l’objet peut aller à l’encontre de cela", décrit David Douyère.

Quand la foi prend un virage politique à droite

Parmi les influenceurs catholiques les plus populaires en France, les voix progressistes ont pratiquement disparu. L'ancien YouTubeur Matthieu Jasseron a décidé de quitter la prêtrise en 2024 et a formulé une série d'accusations à l'encontre de la hiérarchie de l'Église, évoquant notamment des abus psychiques et psychologiques ainsi qu'une agression physique commise par un évêque. Certains contenus publiés en ligne par l'ancien prêtre lui ont valu de vives critiques, notamment une vidéo dans laquelle il affirmait que ni la Bible ni le catéchisme de l'Église catholique ne stipulent que l'homosexualité est un péché.

À l'époque, l'Église catholique de France avait rapidement réagi à cette vidéo sur son compte X, déclarant "désapprouver" certaines vidéos qui "dénaturent le message de l'Église". Matthieu Jasseron comptait alors plus d'un million d'abonnés sur TikTok.

"Les influenceurs catholiques très suivis en France ne prennent pas de grandes libertés avec l'interprétation de la Bible", estime David Douyère. "Sœur Albertine a réalisé une vidéo sur le Carême, avertissant ses abonnés que le diable pourrait les tenter de manger un pain au chocolat. Il y a dix ans, une telle chose aurait prêté à sourire."

Le cadre "charismatique" adopté par les influenceurs catholiques se veut apolitique, mais leurs opinions sont "extrêmement anti-progressistes" et "traditionalistes", précise ce professeur de sciences de l’information et de la communication. "Ils rejettent les relations sexuelles hors mariage, militent contre la masturbation et la pornographie, et s'opposent à l'avortement ainsi qu'à l'aide active à mourir", ajoute-t-il.

Le frère Paul-Adrien a ainsi invité le prêtre d'extrême droite Matthieu Raffray à participer à l'une de ses vidéos YouTube pour expliquer à ses abonnés ce qu'est la messe traditionnelle en latin. Dans son dernier ouvrage, ce dernier a évoqué l'idée de transformer la France en un État religieux où le catholicisme régnerait en maître. Ce prêtre est également très apprécié des jeunes identitaires, ces jeunes Français d'extrême droite hostiles à l'immigration.

Pendant longtemps en France, les catholiques ont paru moins enclins à voter pour des partis extrémistes, mais ce n'est plus le cas aujourd'hui. Selon une étude de l'Ifop pour le journal La Croix, 37 % des catholiques pratiquants ont voté pour Jordan Bardella, président du Rassemblement national (extrême droite), lors des élections européennes de juin 2024. Ce chiffre a plus que doublé depuis les précédentes élections de 2019.

Pour autant, les influenceurs catholiques français insistent sur le fait qu’ils sont là pour renforcer la foi des jeunes et leur donner un cap, comme le souligne sœur Albertine : "Les réseaux sociaux ne sont pas seulement un outil, mais un lieu où les jeunes peuvent véritablement entamer leur quête de Dieu. Je reçois de nombreux messages de personnes qui se sont éloignées de la foi et souhaitent apprendre à prier ou aller à la messe, mais ne savent plus comment s’y prendre. Elles ont besoin d’être un peu guidées."

Article adapté de l'anglais par Stéphanie Trouillard. L'original est à retrouver ici.