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Comment l’affrontement entre l’Iran et les États-Unis a relancé la guerre au Yémen

Au Yémen, l’escalade menée par les Houthis contre les forces gouvernementales a débordé sur l’Arabie saoudite voisine, ciblée par les rebelles chiites. Les combats ont fait plus de 300 morts depuis jeudi, faisant voler en éclats le cessez-le-feu en vigueur depuis 2022. L’objectif des Houthis : contrôler le détroit de Bab al-Mandeb, passage stratégique à l’entrée de la mer Rouge, alors que le détroit d’Ormuz est déjà bloqué par leur parrain iranien.

Des membres des forces loyalistes à bord de pick-ups sur une route du district de Hays, au sud de Hodeïda, le 5 septembre 2026 au Yémen. © Khaled Ziad, AFP

L'Arabie saoudite, principal soutien du gouvernement yéménite reconnu internationalement, a une nouvelle fois été visée, mardi 8 septembre, par les Houthis. Les rebelles chiites ont revendiqué une attaque de grande ampleur contre le royaume, visant notamment des installations du géant pétrolier Aramco et la base aérienne King Khalid.

Selon leur porte-parole militaire, Yahya Saree, "des dizaines de missiles balistiques et de drones" ont été lancés vers ces cibles, en riposte aux frappes saoudiennes menées ces derniers jours au Yémen.

Yahya Saree accuse les forces de Riyad d’avoir effectué 121 raids aériens en trois jours dans les provinces de Jawf (nord), d'al-Bayda et Marib (centre), et de Taëz (sud-ouest). Des frappes qui n'ont à ce stade pas été revendiquées par l'armée saoudienne.

Du front yéménite à la confrontation avec Riyad

Cette nouvelle attaque sur le sol saoudien s’inscrit dans un regain de violence qui a progressivement débordé les frontières du Yémen, où le conflit a débuté en 2014. Plus de 300 personnes ont été tuées depuis jeudi dans les combats entre les forces gouvernementales et les rebelles pro-iraniens, qui ont lancé une nouvelle offensive dans le sud-ouest du pays.

Après près de quatre années d’accalmie relative, le fragile cessez-le-feu en vigueur depuis 2022 a commencé à voler en éclats le 5 juillet, après une attaque Houthis contre des positions gouvernementales à Hays, au sud d’al-Hodeïda.

Huit jours plus tard, le 13 juillet, les forces gouvernementales yéménites ont frappé la piste de l’aéroport de Sanaa afin d’empêcher l’atterrissage d’un avion iranien transportant une délégation houthie de retour des funérailles d’Ali Khamenei. En représailles, les Houthis, qui ont attribué les frappes à Ryad, ont lancé des missiles et des drones vers le territoire saoudien et annoncé un blocus maritime visant le royaume et menacé ses intérêts pétroliers.

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Comment l’affrontement entre l’Iran et les États-Unis a relancé la guerre au Yémen
Image de couverture : Pourquoi l’Arabie saoudite frappe-t-elle les Houthis au Yémen ? © AFP

Pour Ali al-Anzi, analyste politique saoudien, cette nouvelle attaque contre l’Arabie saoudite, qui est intervenue en 2015 au Yémen pour soutenir le gouvernement, est avant tout révélatrice des difficultés des Houthis sur le terrain.

"Ces attaques témoignent de l’échec de leur offensive et des pertes qu’ils ont subies sur le front face aux forces légitimes yéménites, estime-t-il. Elles constituent moins une démonstration de force qu’une tentative des rebelles de compenser leurs frustrations à mesure que les forces du gouvernement légitime reprennent les positions nouvellement conquises."

Bab al-Mandeb dans le viseur

Sur le terrain, l’offensive houthie se concentre notamment autour de villes stratégiques comme Hays, au sud-est de la province d’al-Hodeïda, et al-Jarahi, plus au nord, dont le contrôle pourrait leur ouvrir la voie vers le détroit de Bab al-Mandeb, contrôlé par les forces gouvernementales.

Depuis le blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran, à l’autre extrémité de la péninsule arabique, le contrôle de Bab el-Mandeb, qui commande l’accès à la mer Rouge via le golfe d'Aden, ce qui en fait l’une des principales routes maritimes reliant l’Asie à l’Europe, devient d’autant plus stratégique.

Comment l’affrontement entre l’Iran et les États-Unis a relancé la guerre au Yémen
Carte du Yémen © Studio graphique FMM

"Ces deux zones [Hays et al-Jarahi, NDLR] constituent une porte d’accès vers al-Mokha, sur la côte ouest, et une ligne de séparation entre Taëz, au sud-ouest, et al-Hodeïda, sur la façade de la mer Rouge, précise Abd al-Bari Taher, intellectuel et figure de la presse yéménite. Leur contrôle permettrait d’ouvrir la voie vers al-Mokha et la mer Rouge, tout en coupant les axes reliant le nord du pays à Taëz et à Aden, dans le sud."

"Le conflit dépasse donc largement le cadre local, puisqu’il revêt une importance stratégique majeure dans la mesure où celui qui l’emportera sur l’autre renforcera son contrôle sur le détroit de Bab al-Mandeb et la mer Rouge", ajoute-t-il.

Abd al-Bari Taher estime que les affrontements actuels ne peuvent être considérés comme isolés du contexte régional. "Il est évident que l'escalade actuelle au Yémen est étroitement liée à la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran, ainsi qu’aux tensions régionales qui en découlent", souligne-t-il.

Le front yéménite au cœur de la stratégie iranienne ?

Un avis que partage Ahmed Sayed Ahmed, chercheur spécialiste du Moyen-Orient au Centre d’études politiques et stratégiques d’al-Ahram, au Caire, qui pense que le front yéménite est désormais étroitement imbriqué dans l’affrontement entre l’Iran et les États-Unis, Téhéran ayant incité les Houthis à entrer dans le conflit.

"L’intensification des tensions au Yémen est indissociable de celles qui traversent actuellement la région, dans le contexte de la guerre entre les États-Unis et l’Iran, explique-t-il. L’une des stratégies de Téhéran dans ce conflit consiste à mobiliser ses proxies, c'est-à-dire ses groupes armés alliés dans la région, et notamment au Yémen, avec les Houthis.

Et de conclure : "Pour la République islamique, les Houthis constituent un levier dans le rapport de force avec l’Arabie saoudite, mais aussi sur la sécurité de la mer Rouge et de la navigation maritime. Une stratégie qui s’inscrit dans une logique de ‘dommages généralisés’, consistant à multiplier les coûts et les menaces pesant sur ses rivaux ou ennemis."