
Yoav Segalovitz, un ancien policier et ministre juif, sera numéro deux sur la liste du parti arabe israélien Ra'am aux élections du 27 octobre 2026. Cette annonce faite le 31 août détonne dans un climat électoral où l'extrême droite stigmatise toujours plus les Palestiniens citoyens d'Israël. Elle pourrait cependant ouvrir la voie à l'inclusion d'un parti arabe dans une coalition d'opposition à Netanyahu et ses alliés.
Les péripéties de la vie politique israélienne peuvent réserver bien des surprises : alliances contre-nature, obscures stratégies byzantines, retournements de situation ou de vestes… Lundi 31 août, l’annonce de la candidature de Yoav Segalovitz, ancien député centriste et ex-ministre adjoint à la Sécurité nationale entre 2021 et 2022, sur l'une des deux listes arabes en lice pour le scrutin du 27 octobre est, elle, tout à fait inédite

Yoav Segalovitz est un "superflic" israélien, qui s’est fait connaître ces dernières années par son action contre le crime organisé et contre la corruption en Israël. Tout l’inverse d’un doux rêveur. L'ancien député, qui a démissionné de la Knesset début août, a expliqué en ces termes sa candidature sur la "Liste arabe unifiée", le Ra’am (son acronyme en hébreu) de Mansour Abbas, lui aussi ancien ministre dans l'éphémère gouvernement de Bennett et Lapid entre 2021 et 2022.
"Je suis juif, sioniste, laïc, officier au sein de Tsahal et commissaire de police en Israël. Mansour est arabe, musulman pratiquant et conservateur. Ce qui nous unit, c’est que nous sommes tous deux israéliens, et c’est là notre identité commune. Oui, il y a des différences entre nous, oui, il y a une histoire pas simple entre Arabes et juifs dans ce pays. Mais il y a un avenir commun."
Depuis le 7-octobre, une telle déclaration fait figure d’ovni dans le paysage politique israélien où les appels à la vengeance, au meurtre ou à la déportation des Palestiniens des territoires occupés et même d’Israël ne sont pas rares.
L'intérêt général pour rapprocher juifs et Arabes
Pour Denis Charbit, professeur de science politique à l'Université ouverte d'Israël, on peut même parler de "révolution". "Le 7-Octobre a balayé l'idée que l’on puisse coopérer avec un parti arabe aussi modéré soit-il. Les partis du centre qui avaient invité le parti Ra'am à la coalition qu'ils avaient formée en 2021 et 2022 sont paralysés. Ils cèdent à l'hégémonie de la droite qui présente la participation d'un parti arabe au gouvernement comme un interdit moral après les massacres du 7 octobre."
En effet, le faucon Naftali Bennett et le centriste Yair Lapid, en présentant leur candidature commune en avril pour détrôner Netanyahu, avaient explicitement exclu la participation de partis "non sionistes", à savoir les partis arabes tout comme les partis représentants les juifs ultra-orthodoxes.
Yoav Segalovitz estime, lui, que" l'affirmation courante selon laquelle, après le 7-Octobre, il est impossible d'établir un partenariat politique avec les partis arabes est absurde et fausse". Le 31 août, devant la presse, son partenaire Mansour Abbas cherchait à rassurer ses électeurs en leur présentant le nouveau numéro deux de sa liste. "Je sais ce que les gens diront. Ils me demanderont : 'Pourquoi un Arabe aurait-il besoin d’un commandant de police juif ?' Ma réponse est simple : je ne cherche pas quelqu’un qui me ressemble. Je cherche quelqu’un qui sait faire son travail."

"Mansour Abbas, qui a une approche pragmatique de l'action politique, déclare que le problème numéro un pour la société arabo-palestinienne, est la criminalité de la pègre qui sévit en milieu arabe" explique Denis Charbit. "Le bilan de janvier à août 2026 s'élève à 166 morts, et à plus de 200 l’an dernier. Or, Segalovitz, qui avait fait sa carrière dans la police israélienne, était précisément chargé de la lutte contre cette criminalité, et avait obtenu des résultats encourageants en réduisant le nombre de victimes" ajoute l’universitaire franco-israélien.
Légitimer la participation des partis arabes à une coalition
L’annonce faite par les deux hommes a été accueillie positivement par les principaux dirigeants de l’opposition à Benjamin Netanyahu qui auront sans doute besoin de l’appui des partis représentants les Arabes israéliens dans la future Knesset.
Un sondage réalisé le 2 septembre par Channel 13 donne le bloc d’opposition mené par Gadi Eisenkot et celui de Benjamin Netanyahu et ses alliés d’extrême droite à égalité avec 53 sièges. Les deux partis arabes totalisent, eux, 14 sièges. Les Arabes d'Israël – ou Palestiniens d'Israël – représentent 21 % de la population.
La présence d’une personnalité juive de premier plan en tant que numéro deux d’une liste arabe a donc potentiellement un impact déterminant. "Cela va au-delà d'un calcul politique. Le Ra’am, susceptible de remporter de quatre à six sièges, ne réclame pas de postes ministériels pour ses dirigeants", souligne Denis Charbit. "Dans la conjoncture actuelle, il est improbable qu'un homme politique arabe soit nommé ministre. Avec Yoav Segalovitz, le Ra'am a son candidat idéal pour être ministre de la Sécurité intérieure après Itamar Ben-Gvir."
Le suprémaciste juif n’a d’ailleurs pas manqué de qualifier ce rapprochement de "complot conjoint de la gauche visant à ouvrir la voie à un futur gouvernement avec les Frères musulmans" et à publier sur X une image détournée de la poignée de main entre Mansour Abbas et Yoav Segalovitz, ajoutant des keffiehs et des drapeaux du Hamas à l’originale.
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Accepter Gérer mes choixLe leader de l’extrême droite israélienne joue ainsi avec ce que Denis Charbit décrit comme "une peur authentique (qui) s'est enracinée au sein de la population juive en Israël". Pour lui, "la candidature de Segalovitz cherche à dépasser la méfiance. Il déclare en quelque sorte qu'il n'a pas peur, qu'il a rencontré des Arabes avec lesquels il peut nouer une alliance. Affirmer que la sécurité intérieure relève d'un intérêt général qui n'est ni juif ni arabe est disruptif. C’est quelque chose d’inédit depuis 1948".
Les élections qui se tiendront le 27 octobre en Israël est le premier scrutin national depuis la mise en œuvre d’une réforme judiciaire illibérale et contestée, engagée par le gouvernement Netanyahu en 2022 et les massacres commis par le Hamas dans le sud d’Israël le 7 octobre 2023.
