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Entre le Royaume-Uni et l'Argentine, le match sans fin autour des îles Malouines

En difficulté dans les sondages, le président argentin Javier Milei a remis jeudi sur la table la revendication historique des îles Malouines, théâtre d'un conflit bref mais meurtrier en 1982 avec l'Angleterre. Véritable totem nationaliste, Buenos Aires n'a jamais cessé de réclamer la souveraineté sur ces îlots inhospitaliers mais dont les eaux territoriales regorgent de pétrole.

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Image de couverture : Le cimetière militaire argentin (cimetière de Darwin) sur l'île de Falkland Est, à l'ouest de la localité de Darwin, dans les îles Falkland (Malouines), le 10 octobre 2019. © Pablo Porciuncula, AFP

C'est une page douloureuse de l'histoire argentine qui ne semble jamais vouloir se refermer. Javier Milei est revenu à la charge jeudi 4 septembre sur la souveraineté des îles Malouines, déclenchant une énième crise diplomatique avec le Royaume-Uni qui a rappelé son engagement "absolu et inébranlable" envers les îles Falkland, le nom anglais de l'archipel situé dans l'Atlantique Sud.

Les Malouines "sont britanniques parce que leurs habitants ont choisi d'être britanniques", a rappelé le ministre britannique de la Défense Wes Streeting sur X, en référence au résulat du référendum de 2013 où 99,8 % des quelque 3 000 habitants de l'île avaient choisi le maintien du statut de territoire d'outre-mer du Royaume-Uni.

Si la plupart des pays occidentaux reconnaissent l'administration de facto de Londres sur l'archipel, la souveraineté de ce territoire situé à 600 km des côtes patagoniennes reste une question encore en suspens. Celle-ci fait l'objet d'une résolution en 1965 qui reconnaît l'existence d'un différend, et enjoint les parties à trouver une solution pacifique. L'ONU place également les Malouines sur sa liste des territoires non autonomes devant faire l'objet d'un processus de décolonisation.

Entre le Royaume-Uni et l'Argentine, le match sans fin autour des îles Malouines
L'archipel des Malouines, des îlots situés à 600 kilomètres de la côte patagonienne argentine. © Studio graphique de France 24

La conquête britannique de 1833

Découvertes par l'explorateur portugais Fernand de Magellan en 1520, les îles Malouines deviennent le théâtre des rivalités entre puissances européennes au XVIIIe siècle. Après son indépendance, en 1816, l'Argentine hérite des revendications espagnoles sur les Malouines et tente d'y affirmer sa présence, notamment en y établissant une colonie en 1832. Mais dès l'année suivante, la flotte britannique expulse les autorités locales. Le Royaume-Uni reprend alors le contrôle de l'archipel et y installe progressivement des colons, sans pour autant mettre fin aux revendications argentines.

Depuis, les îles Malouines restent une blessure pour Buenos Aires et un affront à effacer. En 1982, la dictature militaire, confrontée à un marasme économique sans précédent, lance une opération militaire censée redorer son blason et la fierté nationale. Le général Leopoldo Galtieri envoie une force amphibie qui envahit les îles à l'aube du 2 avril. Allié de Washington dans la lutte contre les guérillas d'Amérique centrale, les militaires comptent sur la neutralité américaine et la passivité des autorités britanniques.

Mais à Londres, "la Dame de Fer", Margaret Thatcher, n'a aucune intention de trouver un compromis avec la junte. La première ministre britannique expédie une flotte pour chasser le contingent argentin, composé pour l'essentiel d'appelés sans expérience. La guerre dure 74 jours. Elle fait 649 morts argentins et 255 britanniques. La défaite de Buenos Aires précipite la chute du régime dictatorial l'année suivante tandis que de l'autre côté de l'Atlantique, la popularité de Margaret Thatcher grimpe en flèche.

Le pétrole ravive les tensions

Depuis, Buenos Aires n'a jamais lâché les Malouines dont les eaux poissonneuses, en particulier le calamar et le loup de mer, constituent la principale richesse des habitants de l'île. Mais c'est la découverte de pétrole en 2010 dans des fonds relativement peu profonds qui relance les tensions diplomatiques avec Londres.

La présidente Cristina Fernández de Kirchner fait de la souveraineté sur les îles Malouines une priorité absolue et multiplie les initiatives pour faire avancer la cause argentine auprès de l'ONU. Elle prend également des mesures de rétorsion et des sanctions contre des compagnies pétrolières exploitant les hydrocarbures autour de l'archipel.

Les nouvelles prétentions formulées par Javier Milei pourraient aussi être motivées par "des intérêts économiques", décrypte Hervé Amoric, le correspondant à Londres de France 24. "Il s'agit ici d'exploiter un champ pétrolifère énorme qui est situé à une centaine de miles [environ 160 kilomètres, NDLR] des îles Malouines". 

Situé au nord de l'archipel, le projet pétrolier offshore Sea Lion est mené par la compagnie britannique Rockhopper Exploration et l'israélienne Navitas Petroleum. Dans un premier temps, 55 000 barils par jour devraient être produits. Mais l'Argentine conteste la légalité du projet tandis qu'une association d'anciens combattants des Malouines et des défenseurs de l'environnement ont intenté une action en justice.

Discours fédérateur

Mais au-delà de l'appétit de Buenos Aires pour les ressources naturelles de l'archipel, les pouvoirs argentins successifs ont rarement manqué de jouer sur cette corde sensible de la mémoire du pays. Car la rhétorique nationaliste autour des Malouines fédère toutes les franges de l'échiquier politique argentin.

"Las Malvinas son Argentinas" est un slogan repris en choeur depuis des générations et que l'on retrouve dans les noms de municipalités, des rues, dans les manuels scolaires, sur des fresques murales ou même tatoué sur la peau. Lors de la dernière Coupe du monde de football, des joueurs argentins avaient déployé sur la pelouse une banderole proclamant que "les Malouines sont argentines", après leur victoire contre l'Angleterre. En 1986, Diego Maradona avait décrit son but inscrit de la main, ou "main de Dieu", comme une "une revanche symbolique contre les Anglais".

Selon les observateurs, Javier Milei, en baisse dans les sondages sur fond d'austérité budgétaire, tente ici faire oublier ses difficultés sur le plan intérieur en remettant sur la table une question qui fait consensus au sein de la société argentine.

"Javier Milei ravive évidement la mémoire d'une 'cause nationale' comme levier de 'consensus' et 'd'union nationale'. Cela a bien marché pendant la dernière dictature et il espère que cela marchera également aujourd'hui pour faire diversion au sujet des graves questions de politique interne, comme l'état de l'université publique, ou encore gommer l'ampleur de la contestation sociale actuelle", analyse la politologue Maria-Laura Moreno-Sainz, maîtresse de conférences à l'Université Catholique de Lyon.

"C'est un discours nationaliste d'extrême droite, qui avive le péril, la peur, l'émotion patriotique, et glorifie les forces armées argentines d'hier et d'aujourd'hui", conclut l'experte.

Un coup de pouce de Trump

Les déclarations de Javier Milei interviennent également quelques jours après des propos ambigus de Donald Trump. Interrogé sur la neutralité américaine sur ce dossier, le locataire de la Maison Blanche a dit ne pas exclure de "revoir" la position américaine. 

"Je passe toujours toutes les positions en revue. C'en est une parmi d'autres", a déclaré lundi le président américain, interrogé sur les Malouines, sans être plus explicite.

Suffisant pour galvaniser Buenos Aires même si en réalité, c'est surtout le Royaume-Uni qui est visé par l'imprévisible Donald Trump, rappelle Antoine Mariotti, chroniqueur international de France 24.

"Trump veut, par cette déclaration, faire pression sur le Royaume-Uni pour que le pays augmente ses dépenses militaires au sein de l'Otan. Il y aussi la question de la collaboration avec les Américains sur la guerre en Iran qui se poursuit dont il n'arrive pas à se dépêtrer. Est-ce que pour autant que Washington va changer son fusil d'épaule ? Il faut rester prudent mais cela n'est pas impossible".