
L’AfD est arrivée largement en tête lors de l’élection dans la Land de Saxe-Anhalt, dimanche. Son candidat, Ulrich Siegmund, est aux portes du pouvoir, mais l’AfD semble avoir raté de peu la majorité absolue espérée pour former un gouvernement sans avoir à trouver d’alliés. Si l’AfD surmonte ce dernier obstacle, ce serait un tremblement de terre politique sans précédent en Allemagne qui pourrait coûter cher au chancelier Friedrich Merz.
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RéessayerVainqueur mais pas encore tout à fait au pouvoir. Le parti d’extrême droite allemand Alternative für Deutschland (AfD) est arrivé largement en tête de l’élection dans le Land de Saxe- Anhalt, dimanche 6 septembre. Mais les résultats ne lui permettent pas de former un gouvernement sans le soutien d’un autre parti.
Avec 44 % des voix, l’AfD devance les chrétiens démocrates conservateurs de la CDU (18,5 % des voix). Le parti de gauche radical Die Linke occupe avec 9 % des voix la troisième marche de ce podium électoral régional au retentissement national sans précédent en Allemagne.
Majorité absolue ou pas ?
C’est en effet la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale qu’un parti d’extrême droite remporte un scrutin majeur. Une victoire qui pourrait lui offrir les clés du pouvoir dans cette région de l’ex-Allemagne de l’Est.
“C’est un moment historique pour nous”, s’est réjoui Alice Weidel, la présidente de l’AfD au niveau fédéral. En Saxe-Anhalt où la participation a atteint près de 80 % des inscrits, son parti a amélioré son score de plus de 23 % par rapport à la dernière élection régionale en 2021, tandis que la CDU a chuté de plus de 18 %. “C’est le début d’une nouvelle ère”, s’est félicité Ulrich Siegmund, la très médiatique tête de liste de l’AfD en Saxe-Anhalt.
“Ce soir, c’est l’un des socles du système politique allemand - à savoir, le consensus pour exclure l’extrême droite de toute participation gouvernementale - qui risque de s’effondrer”, assure Jan Niklas Reiche, politologue et spécialiste de l’extrême droite à la Martin Luther University Halle-Wittenberg, en Saxe-Anhalt.
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Réessayer
Ulrich Siegmund aimerait bien déjà se projeter à la tête du Land. Mais son score, aussi historique soit-il, ne lui garantit pas la majorité absolue au Parlement régional, selon les principales projections à 20 heures. Il ne manquerait qu’1 à 3 sièges pour atteindre la majorité absolue.
Un objectif raté d’un cheveu… Mais qui fait toute la différence. Avant le scrutin, Ulrich Siegmund assurait qu’il voulait diriger seul ou pas du tout. Autrement dit, la tête de liste de l’AfD semblait exclure tout alliance gouvernementale. “La logique était que l’AfD gagne à tous les coups : soit elle dirige seule, soit elle peut dénoncer un complot des autres partis qui ne seraient pas légitimes pour gouverner”, explique Ed Turner, spécialiste de la politique allemande à l'université Aston de Birmingham.
Quelle alternative face à l’AfD ?
Sauf que l’ampleur de la victoire de l’AfD - dont le résultat dépasse les prévisions des instituts de sondage avant le scrutin - semble avoir donné des envies pressantes de pouvoir aux instances fédérales. Alice Weidel a indiqué qu’elle était favorable à une recherche d’alliance au niveau régional, “et il semble que le comité directeur fédéral de l’AfD voudrait faire de la Saxe-Anhalt un ‘laboratoire’ pour évaluer sa capacité à exercer le pouvoir”, souligne Jan Niklas Reiche.
Il en va aussi des attentes des électeurs. Ulrich Siegmund “va avoir du mal à défendre auprès de son électorat l’idée qu’il reste dans l’opposition alors que son parti à une telle avance”, ajoute l’expert.
Surtout qu’en face, c’est un véritable casse-tête. La CDU ne peut espérer gouverner qu’en formant une alliance avec le SPD, les Verts et Die Linke. Problème : les chrétiens démocrates ont assuré avant le scrutin qu’il n’était pas question de gouverner avec les extrêmes… de droite comme de gauche. C’est-à-dire qu’une coalition où coexisteraient la CDU et Die Linke semble être exclue d’office.
Mais là encore, peut-être que les résultats du jour vont changer la donne. “Le discours de la CDU a connu ces derniers jours une évolution avec des responsables ayant souligné que le parti ne voulait pas gouverner avec des extrémistes, surtout de droite”, note Ed Turner.
Reste qu’un terrain d’entente va être difficile à trouver pour faire barrage à l’AfD. Ceci étant, le parti d'extrême droite va, de son côté, avoir du mal à séduire un partenaire de coalition. Sa meilleure chance s’appelle le BSW - Bündniss Sahra Wagenknecht, du nom de la responsable politique qui a formé ce parti en 2025 -, un tout jeune mouvement qui se veut de gauche, mais dont certaines positions, sur l’immigration ou la guerre en Ukraine, ne sont pas si éloignées de l’AfD.
“Le BSW pourrait être le parti le plus important de cette élection”, reconnaît Ed Turner. Sauf qu’à 21h, nul ne sait encore s’il sera représenté au Parlement régional ou pas. Certains instituts lui donnent plus de 5 % des voix, le minimum légal pour avoir des députés, tandis que d’autres ne lui accordent que 4,8 % des votes.
S’il ne dépasse pas ce seuil, dégager une majorité risque d’être très compliqué en Saxe-Anhalt. Mais si le BSW franchit les 5 %, la probabilité de voir l’AfD arriver au pouvoir pour la première fois dans un Land allemand gagnerait en crédibilité.
Le chancelier en sursis ?
Dans tous les scénarios, ce scrutin régional est une catastrophe nationale pour la CDU et son chef, le chancelier Friedrich Merz, d’après les experts interrogés. “Les sondages en Saxe-Anhalt montrent que le dirigeant local de la CDU, Sven Schulze, est plutôt apprécié, ce qui signifie que la chute du parti doit beaucoup à l’impopularité du chancelier”, souligne Jan Niklas Reiche.
“Friedrich Merz va aussi subir une fronde en interne car les militants et élus de la CDU craignent que si le gouvernement continue dans la même direction, le parti va perdre encore plus de terrain face à l’AfD”, estime Ed Turner.
Pour le chancelier, la déroute de son parti en Saxe-Anhalt représente peut -être le début de la fin. “La CDU risque de subir deux revers supplémentaires lors des élections dans le Land de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et à Berlin le 20 septembre”, souligne Jan Niklas Reiche.
Si c’est le cas, “Friedrich Merz va avoir beaucoup de mal à survivre politiquement”, prédit Ed Turner.
