
Des vidéos amateurs publiées sur les réseaux sociaux montrent la grue érigée par les autorités iraniennes sur la place Alikhani, à Ispahan, où ont eu lieu des exécutions publiques à l'aube du 28 juillet 2026. © @mamlekateh
Au petit matin, mardi 28 juillet, Abolfazl Sepahi, 23 ans et Amir Safari, 28 ans, ont été pendus devant la foule réunie place Alikhani, à Ispahan, au centre de l'Iran. Les deux hommes figuraient sur une liste d'au moins douze personnes reconnues coupables et condamnées à mort pour le meurtre de quatre policiers, lors des manifestations contre le régime à Ispahan, en janvier 2026. Deux autres personnes ont été exécutées en prison, le 19 juillet.
Le régime avait préparé ces exécutions publiques dès la veille au soir, érigeant une estrade et une grue mobile visible de tous sur cette place. Le lieu n'a pas été choisi par hasard car les autorités iraniennes affirment que les quatre policiers ont été tués à cet endroit précis par des manifestants, lors des rassemblements anti-régime de janvier 2026.
Les exécutions publiques restent rares dans les cas de condamnations politiques en Iran. La dernière pendaison publique à caractère politique remonte à 2022, celle de Majidreza Rahnavard, accusé d'avoir tué un membre des forces de sécurité à Machhad lors du mouvement "Femme, Vie, Liberté". D'après un décompte effectué par le quotidien indépendant Shargh, 88 personnes ont été pendues publiquement dans le pays entre 2011 et 2023.
Des vidéos de la foule scandant des slogans contre la police
En Iran, les autorités conçoivent ces exécutions comme des événements publics. Mais cette fois, elles n'ont pas obtenu l'effet escompté. Une foule en colère s'est rassemblée à l'aube et a commencé à scander des slogans contre la police, poussant les forces antiémeutes à intervenir.
Selon plusieurs témoins directs, la police a dispersé la foule et poursuivi les manifestants dans les rues avoisinantes, faisant usage de tasers, de gaz lacrymogène et de tirs de sommation. De courtes vidéos diffusées sur les réseaux sociaux corroborent ces témoignages.
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Accepter Gérer mes choixSur l'une, on peut voir les manifestants s'enfuir près de la place Alikhani, à Ispahan, tout en scandant "Honte à vous !" et d'autres slogans hostiles à la police.
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Accepter Gérer mes choixD'autres vidéos amateurs montrent des personnes rassemblées près de l'estrade des exécutions, huant des policiers à Ispahan.
Sur les réseaux sociaux, la pendaison d'Abolfazl Sepahi et Amir Safari a fait réagir. En l'espace d'une journée, une pétition en ligne contre la peine de mort a recueilli environ 500 000 signatures sur Instagram.

En dépit des risques qu'ils encourent, de nombreux Iraniens continuent de réclamer l'abolition de la peine de mort. Des détenus notamment ont protesté de manière pacifique dans le cadre d'une campagne intitulée : "Non aux exécutions".
Ils ont organisé un sit-in et une grève de la faim dans la prison de Ghezel Hesar, située à Karaj, au nord-ouest de Téhéran. Selon Amnesty International, l'Iran a exécuté au moins 2 159 personnes en 2025, principalement dans des affaires liées au trafic de stupéfiants.
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Accepter Gérer mes choixDepuis les soulèvements de masse qui ont secoué l'Iran en janvier 2026, le nombre d'exécutions à caractère politique menées par les autorités a augmenté.
Selon Amnesty International, "depuis le début de l'année, ils ont exécuté arbitrairement au moins 52 personnes condamnées pour des infractions en lien avec les manifestations de janvier 2026, à l'issue de procès manifestement inéquitables, menés par les tribunaux révolutionnaires." L'ONG n'exclut pas non plus le recours à la torture pour extorquer des aveux forcés.
"Nous ignorons même s'ils étaient directement impliqués"
"Kaveh" est un avocat et défenseur des droits humains en Iran. Nous avons choisi de cacher son identité pour des raisons de sécurité.
"Concernant cette affaire, nous ne savons rien de plus que ce qu'ont rapporté les agences de presse officielles. Celles-ci ont affirmé que, le 8 janvier 2026, quatre policiers avaient été tués par des manifestants sur la place Alikhani, à Ispahan.
Dans les jours qui ont suivi, la police a arrêté plusieurs personnes qu'elle a accusées d'être impliquées dans l'incident. Quelques mois plus tard, les tribunaux ont condamné douze d'entre elles à mort. Deux autres hommes ont déjà été exécutés le 19 juillet dans le cadre de cette même affaire.
Nous ignorons même s'ils étaient directement impliqués dans les faits ou s'ils étaient simplement présents lors de cette manifestation.
Nous ne savons pas non plus s'ils ont été autorisés à choisir leurs propres avocats, s'ils ont été représentés par des avocats commis d'office, ni si ces derniers ont assuré leur défense de manière effective."
Les chaînes de télévision publique ont diffusé, après les exécutions des 19 et 28 juillet, ce qu'elle a présenté comme les aveux des quatre jeunes hommes, lors desquels ceux-ci semblaient reconnaître leur implication dans la mort des quatre membres des forces de sécurité.
Le 27 juillet, un groupe d'experts des Nations unies en matière de droits humains a estimé que "les aveux obtenus sous la contrainte ne devraient jamais être admis comme éléments de preuve".
"Le 'facteur Trump' a accéléré les exécutions"
Des militants iraniens des droits humains estiment qu'un "facteur Trump" a pu encourager le régime à accélérer ses exécutions à caractère politique. Kaveh poursuit :
"La République islamique a adopté une loi spéciale pendant la guerre de 12 jours en juin 2025 et a depuis mis en place une nouvelle stratégie de répression des manifestants, en particulier ceux qui ont participé aux soulèvements de janvier 2026. Deux autres facteurs jouent également un rôle : le meurtre de policiers lors des manifestations et le facteur Trump.
Après que Donald Trump a affirmé avoir empêché des exécutions en Iran et que les Iraniens lui avaient promis de les arrêter, la République islamique a au contraire accéléré les exécutions. Elle considère la participation aux manifestations anti-régime de janvier 2026 comme une coopération directe avec un ennemi de l'État."
En janvier 2026, Trump avait affirmé que l'Iran avait arrêté l'exécution de centaines de manifestants à sa demande et avait même remercié les dirigeants iraniens.
Heba Morayef, directrice régionale d'Amnesty International pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, estime que le régime cherche à afficher sa force dans un contexte de guerre et d'instabilité :
"Les autorités iraniennes déclenchent une vague terrifiante d'exécutions et de condamnations à mort pour punir et réprimer la dissidence, et pour projeter une image de force et de contrôle absolu à la suite du soulèvement populaire de janvier et dans un contexte d'attaques continues menées par les forces américaines et israéliennes", déclare-t-elle.
"Bientôt, les gens retrouveront le courage de manifester à nouveau"
Kaveh ajoute :
"La manière dont ils ont organisé cette pendaison pose questions. En la maintenant publique, ils voulaient clairement que les gens voient ce qu'ils faisaient. Pourtant, ils ont ensuite commencé à repousser les personnes présentes, les empêchant de filmer l'exécution et les frappant.
Cela révèle le profond fossé entre ce que l'État veut projeter et la manière dont la population perçoit ses actions. Ce que l'État considère comme normal ne correspond pas à ce que la société souhaite, croit ou accepte comme norme.
En fin de compte, l'objectif principal est d'effrayer la population et les manifestants, tout en répondant aux demandes de vengeance de la base de soutien du régime."
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Accepter Gérer mes choix"Ces actes de violence d'État peuvent effrayer les gens pendant un certain temps. Mais comme nous l'avons vu au cours des cinq dernières décennies, ils retrouvent rapidement le courage de manifester encore et encore.
Les exécutions publiques et de masse n'ont rien de nouveau sous la République islamique. Elles ont commencé dès les premiers jours suivant sa création en 1979. À certaines périodes, elles avaient même lieu quotidiennement. Pourtant, 47 ans plus tard, les gens continuent de protester. Et les plus grandes manifestations contre le régime ont eu lieu il y a quelques mois de cela en janvier 2026."
Selon Amnesty International, au moins 60 autres personnes, dont trois Iraniens arrêtés alors qu'ils étaient encore mineurs, restent exposés à la peine de mort, pour des accusations en lien avec les soulèvements anti-régime de janvier 2026.
