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Incendie de la forêt de Fontainebleau : "On reste actifs pour ne pas pleurer"
Alors que plus de 8 % de la surface de la forêt de Fontainebleau ont déjà été consumés dans le pire incendie qu’ait connu la région parisienne depuis 1921, plusieurs habitants des communes avoisinantes, amoureux du lieu, ont accepté de témoigner pour France 24.
L'incendie en forêt de Fontainebleau, à Noisy-sur-École, en France, le 14 juillet 2026. © Dimitar Dilkoff, AFP

En trois jours, les incendies dans le massif de la forêt de Fontainebleau ont parcouru un peu plus de 2 000 hectares, selon un bilan donné par le préfet de Seine-et-Marne mardi 14 juillet. Parmi les lieux brûlés figurent des sites d'escalade aux rochers reconnus à travers le monde et des sentiers regorgeant d'arbres dits "remarquables".

Refusant de rester les bras croisés pendant que leur forêt brûle, des habitants des communes avoisinantes, amoureux du lieu et militants depuis des décennies pour sa préservation, se mobilisent. France 24 leur donne la parole.

Apolline Mazureck, 40 ans, éducatrice sportive : "Ce ne sera plus jamais pareil"

Il ne se passe pas un jour sans qu'Apolline mette le pied en forêt de Fontainebleau. Cette habitante de Bourron-Marlotte, commune située à une dizaine de kilomètres du foyer de l'incendie qui ravage la forêt, est éducatrice sportive et coach en marche nordique. En vélo, à pied, elle connaît la forêt par cœur. Jointe par téléphone, elle raconte ce lieu qu'elle aime depuis toujours. "Je suis quasiment née dans cette forêt. J'ai passé toute mon enfance à courir dans la grotte Beatrix, la Plaine Verte et à la Mare aux fées."

Apolline célébrait son quarantième anniversaire en famille quand elle a aperçu le panache de fumée s'élever dans le ciel en quittant son repas de fête, dans l'après-midi de dimanche.

"De part et d'autre d'Achères-la-Forêt, où ça a brûlé, se trouvent des coins majestueux, avec des points de vue sublimes. Des endroits où j'emmène régulièrement mes marcheurs nordiques, comme les sentiers bleus, tracés au début du siècle par un amoureux de la forêt, Sylvain Colinet. Ce chemin passe par tous les plus jolis rochers. Je pense qu'à cet endroit, malheureusement, on retrouvera sûrement les rochers, mais ce ne seront pas les mêmes", raconte-t-elle, avant de s'interrompre. Deux Canadair viennent de passer au-dessus de chez elle pour se ravitailler en eau dans la Seine, avant de retourner combattre les flammes. "Ce ne sera plus jamais pareil", déplore-t-elle.

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Le secteur qui a brûlé regorgeait d'arbres remarquables, poursuit celle qui connaît, comme elle le dit, "les secrets bien gardés" de cette forêt fréquentée par 15 à 18 millions de visiteurs par an. "Des arbres remarquables, ce sont des essences rares, de très vieux arbres ou qui ont poussé avec des formes particulières", décrit-elle. "Mais il y a aussi des gravures, des fresques, des peintures et bien sûr les coins à champignons."

Depuis dimanche, la sportive tourne en rond. Elle reste collée à son téléphone en cas de réquisition par le maire du village et bondit à chaque appel. "Je suis sur le pied de guerre comme tout le monde ici, mais on se sent inutiles quand on est civile." L'attente la rend nerveuse. À ses côtés, sa fille de 10 ans qu'elle a prénommée Flore – un hommage à la forêt –, entend sa mère parler au téléphone.

"Dis-lui, maman, que j'ai le cœur qui brûle", demande la fillette. Apolline s'éloigne et confie : "J'essaie d'être le plus relaxe possible, je ne veux pas transmettre mon anxiété, mais c'est dur."

Avec Flore, Apolline a prévu d'aller nettoyer les bords de route dès qu'il sera possible de retourner en forêt. "On s'est dit plusieurs fois déjà qu'il faudrait le faire. Cette fois, c'est certain, on va y aller. Il ne faut plus que ça arrive. Plus jamais ça."

Gaétane Potard, 48 ans, ancienne ingénieure de l'Office national des forêts (ONF) : "Je ne veux plus entendre le mot 'terrain de jeu'"

"On reste actifs pour ne pas pleurer", confie Gaétane, sur le pont depuis dimanche. "Quand j'ai vu le panache de fumée à 16 h, j'ai tout de suite appelé les pompiers."

Directrice d'un club d'escalade et secrétaire de l'association Respect Bleau qui sensibilise les grimpeurs aux bonnes pratiques environnementales, elle s'est rendue immédiatement au centre de secours improvisé à Milly-la-Forêt, après avoir mis ses enfants en sécurité. "C'était très stressant. On ne savait pas comment le vent tournait."

"Les gens sont venus très nombreux pour aider. Moi, j'ai dressé des listes", décrit-elle.

Depuis, le feu a encore progressé et, ce mardi, cette ancienne ingénieure spécialisée dans l'agroéconomie et l'environnement a rejoint ses anciens collègues de l'ONF pour leur prêter main forte. "La forêt est fermée, mais il y a quand même des gens qui viennent grimper, pique-niquer, même bivouaquer, malgré le danger". Gaétane se méfie aussi d'éventuels pyromanes tentés de profiter de la situation.

Pendant que les pompiers s'attèlent à atteindre les flammes, Gaétane et les membres de son association anticipent aussi l'après. Une cagnotte a été lancée pour financer les activités de restauration une fois le feu éteint. "Il va falloir beaucoup nettoyer, parce que les arbres vont être tombés, les ouvrages antiérosion vont avoir été abîmés… On va aussi devoir effectuer les suivis naturalistes pour savoir ce qui a été touché en termes de faune et de flore, et notamment les espèces protégées."

"Ça va durer longtemps, on n'a jamais vu ça", constate la militante épuisée. Heureusement, les soutiens affluent du monde entier. "La moitié des dons sont des dons internationaux. Il faut savoir que deux tiers des grimpeurs qui viennent dans cette forêt viennent du monde entier."

En temps normal, Gaétane devrait être en forêt avec des enfants. Elle y organise des stages en pleine nature. "Pour protéger quelque chose, il faut le connaître, le nommer, l'aimer. Et cela commence dès le plus jeune âge", explique-t-elle.

Incendie de la forêt de Fontainebleau : "On reste actifs pour ne pas pleurer"
La forêt des Trois Pignons, dans le massif forestier de Fontainebleau, que Gaétane affectionnait particulièrement et qui a brûlé. © Gaétane Potard

"Je ne veux plus entendre le mot 'terrain de jeu'", dit-elle. "Il faut que l'on change notre perspective en tant que sportifs sur les milieux naturels. Ce ne sont pas des terrains de sport. On peut être sportif et acteur de notre milieu naturel. Et on ne peut pas ignorer la question du changement climatique qui nous affecte tous."

Hugues, 42 ans, consultant : "Je ne pouvais pas dire si le feu était à 500 mètres ou à 10 kilomètres"

"J'avais fermé les volets pour protéger la maison du soleil dimanche après-midi lorsqu'un voisin m'a appelé pour me dire de les ouvrir. Il m'a dit qu'il pensait qu'il y avait un vrai problème. C'est à ce moment-là que j'ai vu d'immenses panaches de fumée."

Hugues vit à Milly-la-Forêt, une commune située à proximité de Fontainebleau, avec sa femme et leurs deux enfants. Leur maison se trouve à moins de 20 minutes en voiture des deux incendies qui ravagent la forêt historique.

"À ce moment-là, il y avait encore très peu d'informations et il était difficile de comprendre ce qui se passait. Je ne pouvais pas dire si le feu était à 500 mètres ou à 10 kilomètres."

Ce consultant de 42 ans a emménagé dans la région il y a cinq ans afin que ses enfants grandissent au plus près de la nature. Une fois installés, Hugues et sa famille ont rapidement rejoint des associations locales engagées dans la préservation de la forêt de Fontainebleau et de son environnement.

Lorsque l'antenne locale de l'ONF organise, plusieurs fois par an, des opérations de restauration à Fontainebleau, comme la réfection de sentiers, toute la famille participe.

"Il nous suffit de sortir de chez nous pour être dans les bois en quelques minutes. Nous y passons tous les week-ends en famille avec notre club d'escalade de blocs. Il est extrêmement rare qu'un week-end passe sans que je mette les pieds dans la forêt. Fontainebleau est magnifique. Le mélange des rochers et des arbres est une combinaison merveilleuse. Mais je n'ai pas été capable de regarder dans quel état elle est aujourd'hui. Depuis le début de l'incendie, j'évite de regarder les photos des dégâts."

Pour l'instant, Hugues et sa famille n'ont pas été évacués. Et leur maison est devenue un refuge pour les personnes les plus directement touchées par les incendies. "Nous avons aussi accueilli pendant quelques heures un bénévole épuisé, simplement pour lui permettre de penser à autre chose."

"Je n'ai pas encore eu de réaction émotionnelle face aux incendies. Mais je pense que cela viendra cet après-midi, lorsque je participerai aux opérations de surveillance. L'ONF a demandé à des bénévoles de prêter main-forte et nous serons répartis dans plusieurs secteurs qui n'ont pas encore brûlé. Je redoute de prendre la route jusqu'au point de rendez-vous et de découvrir les dégâts en chemin."

"Pour moi et pour mes enfants, Fontainebleau n'est pas seulement une source de beauté et de fraîcheur, c'est un terrain de jeu. Cette forêt est infinie. Mon seul souhait était que les 15 prochaines années continuent d'être un voyage de découverte. Aujourd'hui, je ne sais pas ce que l'avenir nous réserve."