
Verrou stratégique vers le nord du Mali, le village d'Anéfis a été le lieu d'importants combats pendant six jours. © Observateurs
Sur une vidéo publiée sur X le 4 juillet, des hommes armés à bord de pick-up s’engouffrent dans les rues du village d’Anéfis, dans le sud de la région de Kidal. Plus tôt dans la matinée, des obus et des drones se sont déjà abattus sur la base militaire située en bordure du village. Ce sont les premières images de l'offensive lancée par les jihadistes et les séparatistes à majorité touarègue du FLA.

Ce même jour, des attaques ont également lieu simultanément dans les villes de Gao, Sévaré et Kenioroba. Ces offensives secondaires permettent à la coalition composée des islamistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) et des séparatistes du FLA (Front de libération de l’Azawad (FLA) de disperser les drones des Forces armées maliennes (FAMa) et de leurs supplétifs russes d’Africa Corps, les successeurs du groupe Wagner au Mali.
À proximité de la base militaire d’Anéfis, aux mains de l’Africa Corps et des FAMa, des tirs d’armes légères se font entendre. Abrités derrière un muret, une quinzaine d’assaillants font feu en direction de la place forte où sont retranchés les défenseurs.

Au cours de l’assaut, les séparatistes du FLA font usage de blindés saisis lors de leur précédente offensive, qui leur a permis de reprendre le 25 avril la ville de Kidal, située au nord d’Anéfis.

Au cours de l'assaut, les séparatistes du FLA publient plusieurs vidéos de prisonniers des Forces armées maliennes, dont certains semblent gravement blessés. Il n’est pas possible d’estimer le nombre de prisonniers de façon indépendante.

De leur côté, les troupes russes diffusent des images de pick-up touchés par leurs drones kamikazes FPV.

"Un verrou stratégique qui ouvre les portes de la région de Kidal"
Selon le chercheur à l’Institut des mondes africains Charles Grémont, le village d’Anéfis est un point clé qui ouvre les portes de la région de Kidal :
Anéfis, en tamasheq [la langue parlée par les Touareg, NDLR], signifie "entonnoir". C'est exactement ce que représente cette localité. Il s'agit d'un verrou stratégique qui ouvre les portes de la région de Kidal. Anéfis est située à la confluence de deux oueds et à l'embranchement des routes RN 18 et RN 19, dont la première mène à Kidal et la seconde à Aguelhok.
En réalité, l'enjeu n'est pas la prise du village, mais bien celle de la base militaire. Anéfis n'a jamais été une zone densément peuplée ; c'est surtout un point de passage où l'on se ravitaille en carburant. C'est un espace pastoral avec des puits assez profonds, mais actuellement, le village est vide car les populations ont fui les violences. Le but de cette offensive est donc d'accéder à la base militaire.
Pour Africa Corps, il est capital de conserver le contrôle d'Anéfis afin d'empêcher que le FLA et le Jnim ne descendent vers Gao. Du côté de la coalition adverse, le but est de consolider la prise de Kidal effectuée le 25 avril et d'encercler la base d'Aguelhok, située plus au nord, qui est encore aux mains de leurs ennemis.

Une image satellite datée du 2 juin, consultée par la rédaction des Observateurs, montre le dispositif militaire alors déployé au sein de la base. On y voit de nombreux camions ainsi que plusieurs positions aménagées pour y placer des pièces d’artillerie.

Le 5 juillet, demi-tour du convoi russe et hélicoptère abattu
Au soir du 4 juillet, la localité d’Anéfis est aux mains des groupes rebelles, mais les hommes d’Africa Corps et les FAMa sont retranchés dans la base militaire.
Le lendemain, un convoi composé de mercenaires russes quitte Gao afin de rejoindre la base d’Anéfis encerclée, à environ 200 kilomètres. La colonne russe est alors prise en embuscade à proximité de la localité de Tabrichat. De violents combats éclatent. Contacté par la rédaction des Observateurs, un membre du FLA évoque la présence d’hélicoptères et d’avions de combat appuyant la colonne.
Après les combats, ce qu'il reste du convoi rebrousse chemin sans atteindre Anéfis. Selon RFI, le FLA revendique la destruction de sept véhicules qui composaient la colonne. Le groupe publie alors une vidéo montrant un officier qui livre un message devant un camion en feu.

Au cours des affrontements, un hélicoptère Mi-24P de fabrication russe s’est écrasé à proximité de la localité de Tabrichat. Une vidéo publiée dans la journée montre des séparatistes du FLA près de la carcasse encore fumante de l’hélicoptère. Ils revendiquent avoir neutralisé l’appareil, une affirmation que nous ne pouvons pas confirmer de façon indépendante.

Selon RFI, quatre autres hélicoptères auraient tenté d’atteindre le camp militaire d’Anéfis, mais ont dû rebrousser chemin à cause des tirs de la coalition du Jnim et du FLA.
Du 6 au 7 juillet, des frappes de drones et un siège à Anéfis
De lundi à mardi, la situation se fige dans la ville d’Anéfis. De chaque côté, les adversaires se toisent et multiplient les frappes de drones, chacun faisant usage de drones FPV.

Le 6 juillet, les rebelles du FLA publient une vidéo filmée par la caméra d’un drone FPV. L’engin vient s’écraser et explose sur un obusier D-30 de fabrication soviétique situé au milieu de la base militaire d’Anéfis.

De leur côté, les troupes russes d’Africa Corps ciblent les pick-up du FLA à proximité de la base d’Anéfis. Sur la vidéo filmée par le drone, six pick-up et des hommes armés sont visibles le long d’une tranchée.

Le 8 juillet, le Jnim et le FLA quittent Anéfis
Dans la nuit du 7 au 8 juillet, un imposant convoi des FAMa et d’Africa Corps quitte Gao en direction d’Anéfis. Composée d’une soixantaine de véhicules, la colonne comporte des camions-citernes, des blindés et des motos. Elle est escortée par des drones et des avions de combat. Selon des cadres du FLA interrogés par la rédaction de RFI, le convoi aurait parcouru une centaine de kilomètres en direction d’Anéfis à la mi-journée.
Les hommes du Jnim et du FLA ont quitté Anéfis dans la nuit. Au micro de RFI, un cadre du FLA affirme que le groupe se serait replié pour se concentrer sur l’interception du convoi. Selon une autre source sécuritaire malienne, le FLA aurait fui le village d’Anéfis par peur des bombardements.
Dans la journée, les hommes des Forces armées maliennes et d’Africa Corps effectuent une sortie afin de se ravitailler en eau. C’est pour eux l’occasion de se prendre en photo sur la place centrale du village.

Le 9 juillet, des combats d’une intensité rare
Mais dans la matinée du 9 juillet, le convoi parti la veille de Gao est pris à partie à proximité du village de Tin Araban. Sur les réseaux sociaux, les séparatistes du FLA se filment devant un camion incendié et des pick-up.

D’autres Touareg en armes se trouvent dans le convoi, mais ils ne se battent pas aux côtés des séparatistes du FLA, qui est un groupe à dominante touarègue mais également composé d’Arabes. Restés loyaux à la junte malienne, les membres du Mouvement pour le salut de l’Azawad (MSA) et du Groupe d’autodéfense touareg Imghad et alliés (Gatia) disent avoir neutralisé des véhicules du FLA qui tentaient de s’en prendre au convoi.

Après plusieurs heures d’intenses combats, le convoi aurait finalement atteint la localité d’Anéfis, actant la fin de l’offensive du Jnim et du FLA sur la ville. Sur les réseaux sociaux, des membres du FLA publient des images de carcasses de véhicules calcinées, témoignant de la violence des combats.
Sur Facebook, les combattants du FLA multiplient les hommages à leurs camarades tombés au combat. Il n’est cependant pas possible de dresser un bilan des pertes humaines du côté de la coalition rebelle.
Dans un communiqué publié le 10 juillet, les Forces armées maliennes disent avoir détruit, du 9 au 10 juillet, "12 véhicules de combat" et neutralisé "près d'une centaine de terroristes". Les FAMa ne donnent aucune précision sur les pertes humaines dans leur camp.
De leur côté, les troupes russes d’Africa Corps n’avaient pas communiqué sur leurs pertes à la publication de cet article.
