
Des photos de la journaliste assassinée Daphne Caruana Galizia lors d'un rassemblement organisé par sa famille devant le bureau du Premier ministre à La Valette, le 29 novembre 2019 à Malte. © AFP (archive)
Le procès de Yorgen Fenech, l'homme d'affaires soupçonné d'avoir orchestré l'assassinat en 2017 à Malte de la journaliste d'investigation Daphne Caruana Galizia, qui avait suscité l'indignation internationale, s'est ouvert mercredi 1er juillet sur l'île européenne.
"Neuf ans après le meurtre de ma mère, l'homme accusé d'en être le commanditaire comparaît devant le tribunal", a écrit sur X Paul Caruana Galizia, l'un des fils de la journaliste de 53 ans tuée dans l'explosion de sa voiture piégée le 16 octobre 2017 près de son domicile.
L'avocat de la famille, Jason Azzopardi, a confirmé à l'AFP l'ouverture du procès à La Valette.
L'homme d'affaires Yorgen Fenech, qui comparaît aux côtés de plusieurs autres accusés selon le quotidien Times of Malta, avait été arrêté fin 2019 à bord de son yacht alors qu'il tentait de quitter Malte.
L'accusé, qui s'est défendu d'avoir commandité le meurtre de la journaliste, avait remporté en 2013 un contrat de plusieurs millions d'euros avec l'État maltais pour la construction d'une centrale électrique au gaz.
Selon l'acte d'accusation, cité par le Times of Malta, l'homme d'affaires avait ordonné le meurtre de la journaliste parce qu'elle était sur le point de publier un article compromettant sur un de ses proches.
"Climat d'impunité"
Daphne Caruana Galizia avait creusé la partie maltaise de l'enquête journalistique sur les Panama Papers, et avait été à l'origine de révélations sur des scandales impliquant plusieurs proches du Premier ministre de l'époque, Joseph Muscat.
Accusé d'avoir interféré et protégé des collaborateurs dans l'enquête sur le meurtre de la journaliste, Joseph Muscat avait annoncé fin 2019 sa démission - effective début 2020 -, sous la pression de manifestations quotidiennes.

Une commission d'enquête publique a conclu, en 2021, que l'État maltais "devait assumer la responsabilité" de sa mort pour avoir créé un "climat d'impunité".
"L'espoir renaît aujourd'hui de voir enfin justice être rendue"
"Près de neuf ans après l'assassinat de Daphne Caruana Galizia, l'espoir renaît aujourd'hui de voir enfin justice être rendue. Ce procès historique doit faire éclater au grand jour la vérité (...) sur la succession d'événements mortels qui ont conduit à l'exécution d'une journaliste au sein de l'Union européenne", a réagi mercredi Pavol Szalai, un responsable de l'ONG Reporters sans Frontières (RSF).
En octobre 2022, deux frères avaient été condamnés à 40 ans de prison chacun pour l'assassinat de Daphne Caruana Galizia, reconnus coupables d'avoir fabriqué, posé et fait exploser la bombe ayant tué la journaliste près de son domicile.
Deux hommes ont en outre été condamnés l'an passé pour avoir fourni l'explosif.
La journaliste, qui dénonçait dans son blog Running Commentary la corruption endémique dans ce petit archipel méditerranéen, avait été tuée quelques heures seulement après avoir posté ce message : "Il y a des corrompus partout. La situation est désespérée".
Avec AFP
