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Pourquoi la France mise-t-elle sur Oman dans la crise d’Ormuz ?
Le président français, Emmanuel Macron, et le sultan d'Oman, Haïtham ben Tariq, ont plaidé lundi pour une "navigation libre, sans conditions ni restrictions" dans le détroit d'Ormuz, et convenu d'y mener des "opérations de déminage conjointes". Pourquoi la France s'allie-t-elle avec le petit sultanat dans la crise au Moyen-Orient ? Décryptage
Le président français Emmanuel Macron, à gauche, salue le sultan d'Oman, Haitham ben Tariq, avant une rencontre à l'Élysée, à Paris, le lundi 29 juin 2026. © Michel Euler, AP

Le président aux lunettes d'aviateur serre la main du souverain enturbanné : la France et le sultanat d'Oman vont travailler ensemble. C'est en tout cas la déclaration conjointe d'Emmanuel Macron et du sultan d'Oman, Haïtham ben Tariq, en visite à Paris pour la première fois, lundi 29 juin.

Ce désir de coopération renforcée s'est traduit par une série d'importants contrats pour des groupes français. "Je suis impatient de coopérer plus et de développer notre relation", s'est réjoui le président français.  Un appel auquel le sultan a répondu présent : "Nous ouvrons nos portes à tous les nouveaux partenaires d'affaires".

Pourquoi la France mise-t-elle sur Oman dans la crise d’Ormuz ?
Le président français Emmanuel Macron salue le sultan d'Oman, Haitham ben Tariq, avant une rencontre à l'Élysée, à Paris, lundi 29 juin 2026. © Michel Euler, AP

Le tout avec en toile de fond la réouverture du détroit d'Ormuz, paralysé depuis le 28 février, lors des premières frappes israélo-américaines sur l'Iran.

Emmanuel Macron et le sultan Haïtham ben Tariq ont tous deux plaidé pour une "navigation libre, sans conditions ni restrictions" dans ce passage maritime dont Oman et l'Iran revendiquent la souveraineté.

En temps de paix, 20 % du pétrole mondial transite quotidiennement et gratuitement par cette voie. Le régime iranien entend désormais taxer le passage des navires. Des "droits de redevance" que refusent les États-Unis, le détroit d'Ormuz étant une "voie navigable internationale".

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Des bateaux ancrés au large de la péninsule de Musandam, au nord d’Oman, près du détroit d’Ormuz, le 27 juin 2026. © AFP

Le détroit n'est "pas une propriété iranienne"

Mais le corridor, qui longe aussi les côtes omanaises, "n'est pas une propriété iranienne", a martelé mardi sur France 24, Nabil Hajlaoui, ambassadeur de France auprès du sultanat d'Oman.

Situé entre l’Iran, au nord, et Oman ainsi que les Émirats arabes unis, au sud, le détroit d’Ormuz constitue le seul accès maritime entre le golfe Arabo-Persique et la mer d’Oman. Depuis l’entrée en vigueur de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer en 1994, les deux pays exercent la souveraineté sur leurs espaces respectifs et assurent ensemble l’encadrement juridique de ce corridor maritime stratégique.

Pourquoi la France mise-t-elle sur Oman dans la crise d’Ormuz ?
Vue satellite du golfe d'Oman et du détroit d'Ormuz. © Nasa, AFP

Contourner le contrôle iranien, en naviguant dans la partie omanaise du passage — une trentaine de kilomètres de large — est "tout à fait possible", assurait l'ambassadeur.

"Le détroit est en effet partagé entre les eaux territoriales iraniennes et omanaises", mais "la réalité stratégique est différente", note Clément Therme, chercheur associé à l'Institut international d'études iraniennes. "Car l'Iran conserve une capacité militaire significative lui permettant d'influer sur la sécurité de toute la zone."

Paris - Mascate, opérations conjointes 

Au mois de mars, selon plusieurs sources américaines, l'Iran a commencé à miner ce passage stratégique pour le commerce mondial. Lors de la visite du sultan d'Oman, Mascate et Paris ont convenu de "mener des opérations de déminage conjointes" dans le détroit. 

Une proposition qui n'a pas été du goût de Téhéran. Le déminage "est effectué par l'Iran et aucun autre pays", a répondu le vice-ministre des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, appelant Paris à "ne pas compliquer davantage" la situation "avec ses provocations".

Ce rapprochement avec Oman permet à la France "d'exister encore un peu sur le plan économique et diplomatique", mais reflète "très bien la situation extrêmement fragile de l'influence de la France", commente Sébastien Boussois, chercheur en sciences politiques, directeur de l'Institut Géopolitique Européen (IGE).

Car Oman ne fait pas partie des acteurs qui pèsent sur la résolution de crise, estime le chercheur. Ce sont les "Iraniens, Américains, Pakistanais et surtout Qataris".

Oman apparaît ainsi comme un choix par défaut. Emmanuel Macron n'entretenant pas avec le Qatar de "relations extraordinaires", du fait de son rapprochement avec les Émirats arabes unis, ajoute Sébastien Boussois.

Malgré l'activisme diplomatique d'Emmanuel Macron, "la France ne pèse plus rien dans ce concert chaotique", tranche-t-il.

Le calcul français va au-delà d'Ormuz

En misant sur Mascate, Paris voit au-delà d'Ormuz, nuance Emmanuel Dupuy, président de l'Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE).

Forte de la deuxième zone économique exclusive mondiale et de ses territoires ultramarins, la France revendique le statut de puissance de l'Indo-Pacifique. Le 8 juin, elle a pris la présidence tournante de la Commission de l'océan Indien.

Or "Oman est avant tout une puissance de l'océan Indien, une pièce maîtresse dans la capacité de créer une nouvelle architecture de sécurité des pays riverains de l'océan Indien", explique Emmanuel Dupuy.

Mascate cumule un autre atout, ajoute le chercheur : bien moins touché que ses voisins par la dernière guerre, "le sultanat apparaît finalement comme une destination plus sûre".  Le géant français des services à l'environnement Suez a annoncé, lundi 29 juin, un contrat de 2 milliards d'euros pour la gestion de l'eau à Oman, l'un des plus gros de son histoire.

Le nœud irano-américain 

Reste l'atout diplomatique. Mascate "occupe une place particulière en raison de sa capacité à maintenir des relations de confiance à la fois avec les pays occidentaux, les monarchies du Golfe et l'Iran. Depuis plusieurs décennies, Oman joue régulièrement un rôle de médiateur dans les crises régionales, notamment entre Washington et Téhéran", ajoute Clément Therme.

"Mais aujourd'hui, la crédibilité du calcul français dépend de l'évolution de la relation entre les États-Unis et l'Iran", poursuit le chercheur.

"Un retour à la situation d'avant-guerre donnerait aux initiatives de Paris une vraie marge d'action. Si les tensions persistent, la France ne pourra guère aller au-delà des appels à la désescalade."