
À partir de l’offensive des États-Unis et Israël sur l’Iran, le 28 février, le Hezbollah, mouvement chiite libanais allié de Téhéran, a commencé à utiliser un nouveau type d’arme : les drones FPV, pour “first person view” (vue à la première personne), c’est-à-dire pilotés à distance avec une vue en immersion filmée par une caméra embarquée. © Les Observateurs
Contactée, l’armée israélienne déclare avoir recensé 645 attaques menées par des drones FPV du Hezbollah contre des cibles militaires et civiles dans le nord d'Israël et le sud du Liban depuis l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu partiel le 17 avril.
Ces petits appareils ont prouvé leur efficacité sur le terrain ukrainien. Ils sont difficiles à détecter et à abattre, mais redoutables contre les véhicules militaires, les positions et, surtout, les soldats.
Dôme de fer et leurres du dôme de fer
À partir du mois de juin, les canaux de propagande du Hezbollah ont commencé à publier des vidéos d’attaques menées à l’aide de drones FPV contre des cibles israéliennes, notamment des véhicules militaires, des chars, des garnisons et des soldats. Côté israélien, l’armée a déclaré que cinq soldats avaient été blessés le 17 juin par deux drones FPV, qui ont frappé à proximité d’un char dans le village de Kfar Tebnit, dans le sud du Liban.
Mais le Hezbollah affirme également que ses drones FPV ont touché les batteries de défense aérienne israéliennes qui sont partie du “Dôme de Fer”. Un système de défense antiaérienne en service depuis 2011. Il comprend un radar spécialement conçu pour détecter les roquettes, des armes que le Hezbollah utilise depuis des années, mais aussi des lanceurs portables capables chacun de tirer 20 missiles intercepteurs “Tamir”. Mais ce système n’a pas été conçu pour détecter de petits drones comme les FPV.
Le Hezbollah semble donc en avoir fait une cible privilégiée : le groupe a publié au moins dix vidéos sur Telegram, qui montrent selon lui des frappes de FPV contre des lanceurs du Dôme de fer. À ceci près… que dans ces vidéos, les FPV semblent majoritairement viser des leurres, c’est-à-dire des installations antimissiles imitant celles du Dôme de fer, justement dans le but de tromper les drones adverses. Neuf des dix vidéos publiées et analysées par la rédaction des Observateurs montrent en effet des drones frapper des imitations d'éléments du Dôme de fer.
Reconnaître le lanceur des leurres
Les lanceurs de missiles intercepteurs du Dôme de fer présentent un profil spécifique, avec quatre supports hydrauliques – deux verticaux et deux diagonaux – qui permettent d’orienter le lanceur vers la menace détectée par ses ordinateurs. On observe également une structure en forme de boîte sur le socle du lanceur, des câbles sortant de l'extrémité des tubes de lancement et un mât d'antenne télescopique.
Reconnaître des leurres…au détail près
Farzin Nadimi, analyste Défense et sécurité au Washington Institute, confirme qu’Israël utilise des leurres pour protéger ses véritables systèmes.
“Parmi toutes les vidéos publiées à ce jour par le Hezbollah, je ne vois qu’un seul cas où la cible touchée pourrait être un véritable système du Dôme de fer, même s’il est difficile de dire si ce système était opérationnel ou non. Tous les autres cas, ce sont des leurres.“
Les leurres utilisés par Israël sont réalistes, mais il leur manque plusieurs détails : ils sont dépourvus d’au moins deux entretoises hydrauliques internes et ne possèdent que deux entretoises externes sur les lance-missiles. La structure en forme de boîte située sur le socle des batteries est également absente.
Le Hezbollah accorde une grande importance à la propagande et à son image publique. Donc même s’il s’agit d’un leurre, il peut en tirer une vidéo de propagande dans laquelle il se vante d’avoir détruit un élément du Dôme de fer.

“Ces leurres sont bien conçus”
Farzin Nadimi poursuit :
Les drones FPV du Hezbollah sont une menace relativement nouvelle, apparue ces derniers mois, et qui démontre que l’armée israélienne n’était pas bien préparée à y faire face, comme en témoignent les pertes qu’elle a subies, notamment au niveau des chars.
Ces leurres sont bien conçus. Même dans les vidéos, il faut parfois mettre pause et revoir les images pour se rendre compte qu’il ne s’agit pas d’une véritable batterie, mais simplement d’un leurre.
Deux facteurs entrent ici en ligne de compte. Le premier est l’erreur humaine. Un opérateur de drone FPV du Hezbollah peut se rendre compte – s’il s’en rend compte – que le lanceur n’est en réalité qu’un leurre mais seulement à quelques mètres de l’impact, et à ce moment-là, il est déjà trop tard. Il faut également ajouter à l’équation le stress lié à une situation de combat réelle.
Selon Farzin Nadimi, il est probable que le Hezbollah sache que certains de ses drones FPV ont touché des leurres, mais qu’il a sciemment décidé de publier ces images à des fins de propagande.
Le Hezbollah accorde une grande importance à la propagande et à son image publique. Donc même s’il s’agit d’un leurre, il peut en tirer une vidéo de propagande dans laquelle il se vante d’avoir détruit un élément du Dôme de fer.
Combien de personnes y regarderont de près, ou disposeront de l’expertise nécessaire pour détecter qu’il ne s’agit pas d’une véritable batterie du Dôme de fer ?
J’ajoute qu’il ne s’agit pas d’une technique nouvelle. Depuis la Seconde Guerre mondiale, les pays utilisent des leurres – des chars gonflables, par exemple – pour induire en erreur les attaques aériennes. Même dans le récent conflit entre l’Iran, les États-Unis et Israël, Israël n’est pas le seul pays à avoir eu recours à des leurres.
Parmi les vidéos diffusées par le commandement central américain montrant des attaques contre des avions de chasse iraniens, certaines cibles n’étaient que des leurres. Nous savons qu’il existe, dans le sud de Téhéran, un atelier qui fabrique avec habileté des répliques à l’aide de composants quasi réels et aux dimensions identiques, lesquelles sont déployées dans diverses bases aériennes à travers l’Iran.
Israël “pleinement conscient” de la menace des drones
Contactée par la rédaction des Observateurs de France 24, l’armée israélienne se dit “pleinement consciente” de la menace que représentent les drones FPV du Hezbollah et qu’elle”s’efforce en permanence d’adapter sa réponse opérationnelle”, notamment grâce à des unités spéciales chargées de recueillir des renseignements sur les attaques de drones et à une formation continue sur le terrain pour les soldats déployés dans la région.
L'armée israélienne a refusé de répondre à nos questions concernant l'utilisation de leurres.”Pour des raisons opérationnelles, nous ne pouvons pas aborder les détails de l'incident” nous a-t-elle déclaré, ajoutant que “les publications révélant des informations sur les blessures subies par des soldats peuvent fournir des renseignements précieux à l'ennemi et mettre en danger la sécurité des soldats.”
Depuis mars 2026, au moins 37 soldats israéliens et deux civils israéliens ont été tués lors d’attaques menées par le Hezbollah. Selon le ministère libanais de la Santé, les attaques israéliennes ont fait 4 230 morts depuis le 2 mars et la reprise du conflit avec le Hezbollah.
