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Détroit d'Ormuz : les États-Unis ne veulent pas d'un accord avec l'Iran "à n'importe quel prix"
Alors que l'Iran réfléchit à l'imposition de "droits de redevance" dans le détroit d'Ormuz, près duquel un navire a été attaqué jeudi, le secrétaire d'État américain Marco Rubio a affirmé à Bahreïn ne pas vouloir "d'un accord à n'importe quel prix". Au Liban, le Hezbollah a de nouveau accusé Israël de "violation flagrante" du cessez-le-feu après qu'une frappe de drone a fait trois morts.
Le secrétaire d'État américain Marco Rubio avec le roi de Bahrein au palais Al-Sakhir, le 25 juin 2026. © Eric Lee, AFP (pool)

Un accord avec l'Iran ne doit pas se faire à "n'importe quel prix", a prévenu Washington, inquiet d'un "chaos total" si Téhéran rend payant le passage dans le détroit d'Ormuz, près duquel un cargo a été attaqué jeudi 25 juin.

Cette attaque, venue d'un projectile d'origine inconnue selon l'agence de sécurité maritime britannique UKMTO, a entraîné la suspension du plan d'évacuation lancé deux jours plus tôt pour évacuer quelque 600 navires bloqués dans le Golfe depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, a annoncé l'Organisation maritime internationale (OMI). Le cargo, qui transitait hors de ce dispositif, a été touché dans le golfe d'Oman, après avoir franchi le stratégique détroit.

En tournée dans les pays du Golfe alliés des États-Unis, le secrétaire d'État américain Marco Rubio s'est employé à les rassurer, alors que Téhéran et Washington ont débuté la semaine dernière des discussions en Suisse en vue d'un règlement durable de leur conflit, après la signature le 17 juin d'un protocole d'accord.

"Même si nous voulons un accord, nous ne voulons pas d'un accord à n'importe quel prix", a-t-il lancé jeudi à Bahreïn, devant ses pairs du Conseil de coopération du Golfe (CCG). Il faisait notamment référence à la situation dans le détroit d'Ormuz, point de contentieux majeur : l'Iran réfléchit à l'imposition de "droits de redevance", qui n'existaient pas avant la guerre et auxquels Washington s'oppose.

Un péage au détroit d'Ormuz se propagerait "comme une épidémie"

Ce passage large d'une trentaine de kilomètres entre l'Iran et Oman, est ultra-stratégique : 20 % du commerce mondial d'hydrocarbures y transitait avant la guerre.

"Si nous acceptons qu'on puisse faire payer l'utilisation d'une voie navigable internationale parce qu'elle se trouve à proximité de son espace territorial, cela se propagerait à travers le monde comme une épidémie", a averti Marco Rubio.

La situation semble aussi se tendre entre l'Iran et son voisin omanais, situé sur l'autre rive du détroit. Oman a annoncé qu'aucun "frais de passage" n'était prévu dans les futurs arrangements relatifs au détroit, évoquant en outre l'ouverture d'un "corridor maritime temporaire", présenté comme une initiative concertée avec l'ONU. Mais les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, ont menacé de répondre par des "mesures appropriées" à toute tentative de traversée sans leur autorisation préalable.

Outre Ormuz, les pays du Golfe, largement ciblés par Téhéran pendant la guerre, s'inquiètent de son programme balistique et de son soutien à des groupes armés dans la région, qu'ils voudraient voir abordés dans les pourparlers irano-américains.

Les critiques se multiplient aux États-Unis

"Une paix et une sécurité régionales durables exigent de répondre à l'ensemble des menaces iraniennes", incluant ces questions, ont écrit les chefs de la diplomatie du CCG dans un communiqué. Ces sujets ne figurent pas dans le protocole d'accord. "Nous voulons nous assurer qu'aucune partie de cet accord ne porte atteinte (...) à la sécurité, à la stabilité ou à la prospérité de l'un de nos partenaires de la région du Golfe", a insisté Marco Rubio.

L'arrêt des hostilités a permis une reprise marquée du trafic à Ormuz : 70 passages ont été recensés mercredi par la plateforme de suivi Kpler - un rythme cependant moitié moins élevé qu'en temps normal.

Avec l'attaque d'un navire jeudi, les cours du pétrole ont finalement rebondi après être tombés à des niveaux d'avant-guerre.

Le protocole d'accord ouvre la voie à soixante jours de négociations en vue d'un règlement durable. Selon Marco Rubio, une réunion technique avec la délégation iranienne est prévue le 29 ou le 30 juin en Suisse.

Aux États-Unis, les critiques se multiplient sur les concessions accordées par Donald Trump, soucieux de mettre un terme à cette guerre impopulaire. Et la Maison Blanche a demandé aux parlementaires une rallonge budgétaire de près de 88 milliards de dollars (77 milliards d'euros), notamment pour reconstituer les stocks américains de munitions.

Des divergences subsistent aussi sur l'épineux dossier du nucléaire iranien. Téhéran défend son droit à une filière civile complète et a toujours nié vouloir se doter de la bombe atomique, ce que craignent les Occidentaux.

Concernant le Liban, où Israël affronte le Hezbollah pro-iranien et a mobilisé des troupes dans le sud, l'Iran a imposé qu'il soit inclus dans le protocole d'accord. La formation chiite a de nouveau accusé jeudi Israël de "violation flagrante" du cessez-le-feu après qu'une frappe de drone a fait trois morts. L'armée israélienne a affirmé avoir tué des combattants du Hezbollah.

Et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a répété jeudi qu'elle resterait déployée "aussi longtemps que nécessaire". En parallèle, une cinquième session de discussions directes entre le Liban et Israël doit s'achever jeudi à Washington.

Avec AFP