
Le nettoyage du bassin réfléchissant à Washington risque de devenir un scandale politique pour Donald Trump. © Studio graphique France Médias Monde
En 1963, Martin Luther King Jr prononçait, devant le bassin réfléchissant du Lincoln Memorial, à Washington, son fameux "I have a dream…". Plus de 60 ans plus tard, ces eaux chargées d'histoire sont au cœur d'une improbable et néanmoins féroce bataille politique entre le camp pro-Trump et les détracteurs du président américain quant à la couleur du bassin et la facture des travaux de "nettoyage".
Au moins cinq personnes ont été arrêtées pour ce que Donald Trump a appelé des "actes de vandalisme" contre le bassin réfléchissant, a comptabilisé NBC News dans un article publié lundi 22 mai.
La faute aux algues
Dans le camp d'en face, c'est Donald Trump qu'on blâme. Tout en pointant l'absence de preuves apportées quant à d'éventuels actes de vandalisme, Chuck Schumer, le leader démocrate au Sénat, a estimé que "Donald Trump vient de donner aux Américains une image parfaite de sa présidence : les familles se noient sous les factures, et Trump noie le bassin réfléchissant sous les algues".
Car oui, le scandale politique du moment aux États-Unis porte sur un lit d'algues tapissant le fond d'un bassin long de 618 mètres et de moins d'un mètre de profondeur. La couleur verdâtre donnée à l'eau par ces plantes attire tout le monde. Les "envoyés spéciaux" des principales chaînes nationales sont dépêchés sur place pour interroger à tout-va les curieux venus "admirer" le résultat discutable d'un "nettoyage" du bassin ordonné à grand frais par Donald Trump.
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Et gare à ceux qui mettraient ne serait-ce qu'un doigt dans cette eau. Un geste qui peut conduire à leur arrestation, comme en a fait l'amère expérience le cycliste et ancien athlète olympique David Hearn, interpellé vendredi 19 juin par les autorités pour "vandalisme" après avoir trempé sa main dans l'eau du bassin. Il est en attente de jugement.
Difficile d'imaginer que l'affaire du bassin réfléchissant prendrait de telles dimensions lorsque Donald Trump a annoncé son intention d'en nettoyer les eaux le 9 avril. "Le président des États-Unis n'avait nullement besoin de s'occuper de ce genre de détail. Toute la crise qui en découle est à 100 % de son fait", souligne Rene Lindstaedt, spécialiste de la politique américaine à l'université de Birmingham.
Pour Donald Trump, l'occasion était trop belle. Le président voulait pouvoir exhiber une eau parfaite dans ce bassin à l'occasion de sa grande fête organisée pour les 250 ans des États-Unis, prévue le 4 juillet, date de la fête nationale. Moins célèbre que le Lincoln Memorial lui-même, ce bassin dans lequel doit se réfléchir la statue du célèbre 16e président des États-Unis "reste un site touristique à part entière", assure Rene Lindstaedt.
Accusations de népotisme
Ce chantier est d'autant plus important aux yeux de Donald Trump qu'un autre président y avait ordonné des travaux : Barack Obama. L'actuel président et ancien magnat de l'immobilier, qui a répété à plusieurs reprises avoir supervisé la construction "de multiples piscines" dans ses complexes hôteliers, avait l'opportunité de "faire mieux" que son ennemi politique juré.
Sauf que dès le début, ce "nettoyage" a accumulé les controverses. "C'est un cas d'école de projet pour satisfaire l'ego de Donald Trump qui tourne mal", affirme Scott Lucas, spécialiste de la politique américaine à l'université de Dublin.
Donald Trump a commencé par "outrepasser les procédures gouvernementales pour choisir l'entreprise qu'il voulait pour faire les travaux", souligne Dafydd Townley, politologue et spécialiste des États-Unis à l'université de Portsmouth.
Il a opté pour un généreux donateur de sa campagne, l'entrepreneur de Floride J.J. Cafaro dont la société s'appelle – ironie de l'histoire – Greenwater Services. Des accusations de népotisme et de corruption n'ont pas tardé à être proférées.
Donald Trump ne voulait pas verdir cette eau. Son objectif était de lui donner une teinte "bleu patriotique", identique à la couleur utilisée pour le drapeau américain. C'était déjà un problème en soi, car "cette nuance empêchait le bassin réfléchissant de remplir sa mission de miroir de la statue de Lincoln", souligne Scott Lucas.
La facture des travaux a ensuite explosé passant d'un peu plus d'un million de dollars à près de 15 millions. Tout ça pour quoi ? Au final, une fois le nettoyage accompli et l'eau changée, une algue s'est installée dans le bassin et l'ensemble est devenu vert marécageux.
Une remise en cause de l'entrepreneur Trump
L'entrepreneur a tenté de se débarrasser de l'algue en utilisant un produit…qui a surtout décapé la couche de peinture "bleu patriotique" recouvrant le fond du bassin.
C'est alors que la machine à théories du complot du camp Maga s'est mise en branle. Grant Stinchfield, podcasteur d'extrême droite, a accusé en premier des "gauchistes antipatriotiques" d'avoir détérioré le travail de nettoyage fait par l'administration Trump. Un son de cloche repris par le président lui-même et qui a permis de justifier les arrestations de ces derniers jours.
Impossible pour Donald Trump de ne pas chercher de bouc émissaire. "C'est en effet un scandale qui touche à sa compétence fondamentale, celle sur laquelle il a bâti sa carrière : son savoir-faire en matière de travaux immobiliers", assure Dafydd Townley. "S'il est incapable de prouver sa capacité à réussir dans son métier 'historique', tout peut être remis en cause", ajoute Rene Lindstaedt.
Mais le président se retrouve dans "une situation presque inédite, où il ne peut pas faire porter le chapeau à ses subordonnés car il s'est trop investi personnellement dans cette histoire", souligne Dafydd Townley. Il doit donc reprendre le refrain des complotistes.
Et ce n'est "pas seulement une question d'ego. Ce scandale peut avoir un impact politique", estime Scott Lucas. En effet, les revers s'accumulent à Washington avant les célébrations du 250e anniversaire. La nouvelle salle de bal de la Maison Blanche se heurte à des problèmes d'ordre judiciaire et financier, la justice a ordonné que le nom de Donald Trump soit ôté du Kennedy Center à Washington, et le grand concert que le président avait prévu risque de se transformer en rallye politique, faute d'artistes désireux d'y participer.
"Personne n'aime les perdants en politique. Et pour l'instant, Donald Trump apparaît comme ayant échoué à remporter la guerre en Iran et est en difficulté sur les dossiers économiques. Si en plus, il ne parvient pas à nettoyer un bassin, son image va sérieusement être encore plus écornée", détaille Scott Lucas.
Pour Rene Lindstaedt, "nul doute que les démocrates vont utiliser les images du bassin réfléchissant tout vert et du chantier en cours à la Maison-Blanche pour attaquer les républicains lors des élections de mi-mandat en novembre". Une chose est sûre, la gestion douteuse de ce projet contrarié par des algues tenaces ont de quoi rendre Donald Trump… vert de rage.
