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Iran : comment des femmes arrêtées par le régime ont été accusées à tort d'être "générées par IA"
Le 21 avril, le président américain Donald Trump a affirmé, en relayant leurs portraits, que huit femmes arrêtées par le régime iranien étaient sur le point d'être exécutées. Des comptes pro-iraniens soutiennent que ces photos ont été "générées par IA". Mais l'identité des manifestantes a été confirmée par deux ONG. En revanche, une seule a été condamnée à mort.
A gauche, portraits de plusieurs femmes arrêtées lors des manifestations en Iran de janvier et février 2026. L'ambassade d'Iran en Afrique du Sud soutient à tort que ces personnes sont "générées par IA" (à droite). © Montage Les Observateurs

C’est sur son réseau social Truth Social que Donald Trump a annoncé que huit femmes iraniennes, arrêtées par le régime iranien lors des manifestations fortement réprimées tenues en janvier 2026, étaient menacées d'exécutions. 

Son message, qui demandait directement aux autorités iraniennes de libérer ces prisonnières, s'accompagnait d'une galerie de portraits montrant huit visages, déjà relayée en ligne par plusieurs comptes sur X.

Publication de Donald Trump sur Truth Social, relayée par la Maison Blanche sur X. Dans cette publication, Donald Trump publie le portrait des huit femmes pour lesquelles il demande leur libération. © White House / X

"Trump a sauvé huit personnes générées par IA"

Mais dans les heures qui ont suivi, plusieurs comptes, souvent des soutiens au régime iranien, ont affirmé que ces femmes n'existaient pas, et que leurs portraits avaient été créés par intelligence artificielle (IA). "Trump supplie les leaders iraniens de ne pas exécuter huit femmes générées par IA", a prétendu un compte anti-israélien, dont la publication sur X a été vue plus de deux millions de fois.

Cette version a même été soutenue par les autorités iraniennes le 22 avril : après que Donald Trump a prétendu au lendemain de sa première publication que les huit femmes n'avaient finalement pas été condamnées à mort grâce à sa demande, l'ambassade d'Iran en Afrique du Sud lui a répondu en affirmant qu'il venait de "sauver huit personnes générées par IA".

Iran : comment des femmes arrêtées par le régime ont été accusées à tort d'être "générées par IA"
A gauche, publication vue plus de deux millions de fois sur X d'un compte se disant pro-palestinien, qui affirme que Donald Trump a "supplié les leaders iraniens de ne pas exécuter huit femmes générées par IA". À droite, publication de l'ambassade d'Iran en Afrique du Sud qui moque Donald Trump d'avoir "sauvé huit personnes générées par IA". © X / Jvnior / IraninSA

Des manifestantes réelles, dont une condamnée à mort

Dans cette bataille informationnelle, Donald Trump et l'ambassade iranienne en Afrique du Sud ont tous les deux partagé de fausses informations : d'un côté, les huit femmes existent bien. De l'autre, seule une d'entre elle risque la peine de mort.

Ces huit femmes ont toutes été identifiées par les deux principales ONG qui ont recensé les morts et arrestations lors des manifestations de décembre 2025 et janvier 2026 en Iran, Human Rights activist in Iran (HRA) et Iran Human Rights (IHR), sur la base de sources de terrain.

Contactée par notre rédaction, la directrice adjointe de HRA, Skylar Thomson, a confirmé que ces femmes sont "réelles" et ont été arrêtées lors de manifestations, mais précise qu'une seule d'entre elles, Bita Hemmati, a été condamnée à mort selon les informations de son ONG. Celles-ci concordent avec celles de Iran Human Rights, contactée par le média de vérification Lead Stories.

La condamnation à mort de Bita Hemmati a par ailleurs déjà été largement relayée dans de nombreux médias ces derniers jours, et d'autres photos d'elle concordent avec son portrait relayé par Donald Trump. 

Iran : comment des femmes arrêtées par le régime ont été accusées à tort d'être "générées par IA"
De gauche à droite et de haut en bas : Panah Movahedi, Bita Hemmati, Mahboubeh Shabani, Ensieh Nejati, Venus Hosseinnejad, Golnaz Naraghi, Diana Taherabadi et Venus Hosseinnejad. D'autres photos de Bita Hemmati (en rouge) ont circulé depuis sa condamnation à mort, comme ici dans le média Le Parisien le 20 avril 2026. © Montage Les Observateurs.

Qu'en est-il des sept autres manifestantes ? Les deux ONG s'accordent sur le fait que Mahboubeh Shabani a été arrêtée le 2 février et emprisonnée à la prison de Mashhad. L'IHR affirme également qu'elle est, elle aussi, menacée par une condamnation à mort, tout comme Diana Taher Abadi, adolescente de 16 ans arrêtée en janvier

HRA et IHR confirment également la disparition de la manifestante Panah Movahedi à la suite des manifestations les plus violemment réprimées le 9 janvier. Selon l’IHR, l'urgentiste de 37 ans Golnaz Naraghi et Venus Hosseinnejad auraient été relâchées, contrairement à Ensieh Nejati, toujours en prison selon HRA. Le sort de l'adolescente de 16 ans Ghazal Ghalandari, arrêtée à Yasuj le 20 janvier, est de son côté incertain. HRA indique en tout cas ne pas avoir d'informations sur une peine de mort éventuelle.

Pour ces manifestantes, des photos d'elles en ligne concordent également avec leur portrait diffusé par Donald Trump.

Contradictions entre ambassades

L'ambassade d'Iran en Afrique du Sud semble en tout cas avoir voulu surfer sur des accusations devenues virales en ligne, tout en sachant que ces femmes existaient. Car près d'une heure avant la publication accusant Donald Trump de parler de personnes générées par IA, l'ambassade iranienne au Sierra Leone avait répondu sur X au chef d’Etat en affirmant cette fois-ci que "quatre des huit femmes" avaient été "libérées depuis des semaines", confirmant de fait l'existence de ces personnes. 

Une contradiction qui symbolise la bataille informationnelle en ligne menée par le régime iranien contre les États-Unis, quitte à jouer avec la réalité.

Iran : comment des femmes arrêtées par le régime ont été accusées à tort d'être "générées par IA"
A gauche, publication sur X de l'ambassade d'Iran en Afrique du Sud qui affirme que les manifestantes sont des personnes générées par IA. À droite, publication sur X de l'ambassade du Sierra Leone qui affirme que quatre des huit manifestantes ont été libérées, confirmant de fait leur existence. © X / IraninSA / IraninSalone