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Blocus américain du détroit d'Ormuz : une mise en place incertaine et un trafic presque à l'arrêt
Le blocus du détroit d’Ormuz ordonné dimanche par Donald Trump est entré en vigueur lundi à 14 h GMT. Celui-ci est censé empêcher des navires de quitter les ports iraniens, mais les données montrent que plusieurs pétroliers ont pu passer le détroit dans la nuit.
Le porte-avions de la marine américaine USS Dwight D. Eisenhower transitant par le détroit d’Ormuz, le 26 novembre 2023. © Ruskin Naval, ministère américain de la Défense via AFP

Le détroit d’Ormuz représente un enjeu majeur depuis le début de la guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l'Iran le 28 février. Alors que les Iraniens empêchent la plupart des navires de le franchir depuis un mois et demi, entraînant des perturbations sur le marché de l’énergie et l’économie mondiale, Donald Trump a décidé d’intervenir dans cette zone stratégique. Au lendemain de l’échec des négociations entre Téhéran et Washington, dimanche 12 avril, le président des États-Unis a annoncé un blocus des ports iraniens, mais au moins trois pétroliers sous sanctions américaines ont pu passer le détroit depuis le début du blocus américain. Voici ce que l'on sait.

· Donald Trump ordonne un blocus naval du détroit d’Ormuz

Dans le sillage de pourparlers organisés au cours du week-end au Pakistan – médiateur entre les deux camps – et n'ayant pas permis d’avancée majeure vers un accord entre Washington et Téhéran, Donald Trump a annoncé dimanche le blocus naval du détroit d’Ormuz.

"À compter de maintenant, la marine américaine, la meilleure au monde, entamera le processus de BLOCUS de tous les navires tentant d'entrer ou de sortir du détroit d'Ormuz", a-t-il écrit sur son réseau Truth Social.

Dans deux longs messages, le président américain a averti : "Tout Iranien qui nous tire dessus, ou qui tire sur des navires pacifiques, sera PULVÉRISÉ !", laissant entendre que "d'autres pays" seraient impliqués dans l'effort de blocus, sans toutefois les nommer.

"On peut supposer que l'intention de Trump est d'essayer de priver l'Iran de ses revenus d'exportation et d'obliger ses principaux importateurs de pétrole, particulièrement la Chine, à faire pression sur Téhéran pour qu'il lève son blocage du détroit" d'Ormuz, analyse le centre de réflexion américain The Soufan Center.

· L’armée américaine précise qu’il s’agit d’un blocus des ports iraniens

L'armée américaine a précisé quelques heures plus tard qu’il s’agissait d’un blocus des ports iraniens, celui-ci devant débuter à partir de lundi 14 h GMT, selon le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (CentCom).

"Ce blocus sera appliqué de manière impartiale à l'encontre des navires de toutes nationalités entrant ou sortant des ports et zones côtières iraniens, y compris des ports iraniens situés dans le golfe d'Arabie [nom utilisé par l'administration américaine pour désigner le Golfe, NDLR] et dans le golfe d'Oman", a détaillé le CentCom dans un communiqué.

Le CentCom a par ailleurs précisé que l'armée américaine autoriserait la circulation des navires ne partant pas ou ne se dirigeant pas vers l'Iran à travers le détroit d'Ormuz, passage stratégique pour le commerce mondial et l'approvisionnement en pétrole.

Donald Trump a menacé lundi de "destruction" tout "navire d'attaque rapide" iranien forçant le blocus des ports de l'Iran.

Dénonçant un acte "illégal" de "piraterie", l'Iran a averti qu'il s'en prendrait aux ports de ses voisins du Golfe si "la sécurité des ports de la République islamique (...) était menacée".

· Comment la marine américaine s’y prend-elle concrètement ?

Ni la Maison Blanche, ni l’armée américaine n’ont communiqué sur les moyens mis en place pour contrôler les ports iraniens. La Navy pourrait observer les mouvements de navires des ports iraniens grâce aux radars de ses destroyers, mais cela nécessiterait de nombreux bateaux de la flotte américaine pour couvrir toute la côte iranienne, indique le New York Times.

Elle pourrait donc préférer utiliser des drones de surveillance pour contrôler les ports, tout en positionnant des destroyers de chaque côté du détroit d’Ormuz pour intercepter les navires suspects, selon le quotidien américain.

Le New York Times rappelle que la marine des États-Unis a déjà opéré un blocus similaire avec l’Irak après la guerre du Golfe de 1991, lorsque le régime de Saddam Hussein avait été soumis à des sanctions économiques, puis durant le programme "pétrole contre nourriture" mis en place entre 1996 et 2003.

À (re)lire De la menace d'anéantissement au cessez-le-feu : comment Donald Trump sème le chaos face à l'Iran

· Trois pétroliers sous sanctions américaines traversent le détroit

Malgré le début du blocus naval américain, des données de LSEG, MarineTraffic et Kpler montrent qu'un pétrolier détenu par un groupe chinois visé ​par des sanctions des États-Unis a traversé le détroit d'Ormuz dans la nuit de lundi à mardi.

Le Rich Starry, dont l'équipage est chinois, selon ces mêmes données, est devenu le premier navire à ​quitter le Golfe depuis le début du blocus opéré lundi par l'armée américaine.

Le pétrolier est détenu par Shanghai Xuanrun Shipping Company Limited. Tous deux sont visés par des sanctions des États-Unis pour avoir fait affaire ​avec l'Iran. Aucun commentaire n'a pu être obtenu dans l'immédiat auprès du transporteur chinois.

D'après les données, le pétrolier Rich Starry transporte environ 250 000 barils ​de méthanol, qu'il a chargés lorsqu'il était amarré dans le port de Hamriyah aux Émirats arabes unis.

Deux autres bateaux ont depuis franchi le détroit d'Ormuz : un navire battant pavillon panaméen, le pétrolier Peace Gulf, est entré dans le détroit ‌et se dirige vers le port de Hamriyah, selon les données maritimes de LSEG ; le pétrolier Murlikishan se dirige de son côté vers l'Irak pour charger du fioul, selon les données de Kpler.

· Quelles conséquences pour les flux pétroliers ?

Le blocage des exportations iraniennes couperait une source importante d’approvisionnement du marché mondial. L'Iran a exporté 1,84 million de barils par jour (bpj) de brut en mars et 1,71 million de bpj jusqu'à présent en avril, contre une moyenne annuelle de 1,68 million de bpj en 2025, selon les données de Kpler.

Cependant, une forte hausse de ‌la production iranienne avant le début de la guerre le 28 février a conduit à des niveaux quasi records de pétrole iranien chargé sur des navires, avec plus de 180 millions de barils en mer au début de ce ​mois, selon Kpler.

Le reste des flux est quasiment à l’arrêt malgré l’accord de cessez-le-feu de deux semaines conclu la semaine dernière entre Washington et Téhéran.

Dimanche, deux ​pétroliers battant pavillon pakistanais, le Shalamar et le Khairpur, sont entrés dans le golfe Persique pour charger des cargaisons aux Émirats arabes unis et au Koweït. ​Un troisième navire, le superpétrolier (VLCC) Mombasa B battant pavillon libérien, a également traversé le détroit d'Ormuz plus tôt dimanche et ​se trouvait en phase de ballastage dans le Golfe.

Un autre superpétrolier VLCC, Agios Fanourios I, a fait demi-tour et s'est ancré près du golfe d'Oman après une tentative de traversée du détroit d'Ormuz. Battant pavillon maltais et en route vers ​l’Irak, le navire avait tenté dimanche de franchir le détroit pour charger du pétrole brut irakien à destination du Vietnam.

Samedi, trois superpétroliers à pleine charge ont traversé le détroit d'Ormuz, devenant les premiers navires à quitter le Golfe depuis l'accord de cessez-le-feu entre les États-Unis et l'Iran.

Environ 187 pétroliers chargés et transportant 172 millions de barils de brut et de produits raffinés se trouvaient dans le Golfe mardi dernier, selon Kpler.

Avec AFP et Reuters