
Viktor Orban entouré de plusieurs leaders de partis d'extrême droite européens, dont Marine Le Pen et Matteo Salvini, le 23 mars 2026, à Budapest. © Marton Monus, Reuters
Coup d’arrêt pour les extrêmes droites européennes. La défaite de Viktor Orban face à Péter Magyar aux élections législatives hongroises, dimanche 12 avril, est une mauvaise nouvelle pour les partis nationalistes et populistes européens. Ils perdent celui qui faisait figure de leader du mouvement de démocratie illibérale en Europe.
Du vice-président des États-Unis J.D. Vance aux leaders des partis du groupe Patriotes pour l’Europe au Parlement européen, Viktor Orban a reçu dans les semaines précédant le scrutin le soutien de nombreuses personnalités d’extrême droite.
La patronne des députés Rassemblement national Marine Le Pen, le leader de la Ligue italienne Matteo Salvini, le patron du Parti pour la liberté néerlandais Geert Wilders, le chef du parti espagnol Vox Santiago Abascal et le président du parti belge Vlaams Belang Tom Van Grieken s’étaient ainsi tous rendus à Budapest le 23 mars pour soutenir Viktor Orban en participant à la première "Assemblée des Patriotes".
"Viktor Orban est un visionnaire et surtout un pionnier", a déclaré ce jour-là Marine Le Pen, qui avait obtenu en 2022 un prêt de plus de 10 millions d’euros d’une banque hongroise pour financer sa campagne présidentielle.
"Vous tous, électeurs hongrois, le 12 avril, vous allez aussi être ces pionniers. Vous êtes les premiers à voter dans ce qui s’annonce comme un bouleversement électoral de notre continent en 2027. L’an prochain, des États européens majeurs par leur population vont voter : la France en avril, l’Espagne en août, la Pologne en octobre, l’Italie en décembre", listait l’ancienne candidate à l’élection présidentielle française (2012, 2017, 2022), qui sera fixée sur son avenir judiciaire et politique le 7 juillet.
"Marine Le Pen espérait que la Hongrie soit le premier domino d’une série de victoires qui devait permettre aux nationaux-populistes de constituer non plus seulement une minorité de blocage au niveau européen, mais une vraie coalition puissante. On peut dire que ça démarre mal. Cette défaite de Viktor Orban est un vrai coup dur", affirme Jean-Yves Camus, directeur de l’Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean Jaurès, spécialiste des extrêmes droites européennes.
Inspirateur du modèle illibéral
Viktor Orban occupait en effet une place particulière en Europe. Son concept de démocratie illibérale a inspiré plusieurs dirigeants, dont Robert Fico en Slovaquie, Janez Jansa en Slovénie ou encore Jaroslaw Kaczynski en Pologne. Durant ses seize années au pouvoir, le leader du parti Fidesz a progressivement détricoté l’État de droit en Hongrie, multipliant les attaques contre l'indépendance de la justice, de la presse et des institutions, et les atteintes aux libertés individuelles, dont celles de la communauté LGBT+.
"Depuis des années en Europe, la Hongrie est devenue un emblème : celui de la résistance d’un peuple fier et souverain à l’oppression", affirmait encore Marine Le Pen le 23 mars à Budapest. "En matière d’immigration, d’identité, de souveraineté, contre vents et marées, il n’a jamais rien abandonné", poursuivait-elle, faisant référence aux nombreuses frictions de l’ancien Premier ministre hongrois avec l'Union européenne, qui en réponse a gelé des milliards de fonds destinés à la Hongrie.
Mais cette pratique du pouvoir, également faite de clientélisme économique, a fini par se retourner contre Viktor Orban. "Il y a eu un sursaut de participation très notable qui montre que les partis d’extrême droite, qui ne peuvent pas instaurer une véritable dictature dans les démocraties européennes, ne sont pas à l’abri d’un retour de bâton. À un moment donné, vous ne pouvez pas étouffer autant de libertés, les citoyens ne se retrouvent plus dans ce modèle de démocratie illibérale", analyse Jean-Yves Camus, pour qui les extrêmes droites européennes vont devoir tenir compte de ce résultat.
Plusieurs leaders politiques européens ont applaudi la défaite de Viktor Orban, voulant y voir le signe que la montée de l’extrême droite n’est pas inéluctable.
"Le populisme de droite" a subi en Hongrie "une lourde défaite", a estimé le chancelier allemand Friedrich Merz, qui s'est dit "soulagé" par ce résultat. "De la Hongrie émane un signal très clair contre le populisme de droite du monde entier", a-t-il ajouté.
Le monde n'est "pas condamné à avoir des gouvernements corrompus et autoritaires", a déclaré de son côté le chef du gouvernement proeuropéen polonais Donald Tusk. "Tout le monde craignait qu'il y ait une tendance inévitable, que l'époque soit aux régimes autoritaires et corrompus. Non, ce n'est pas le cas", a-t-il affirmé.
Attention toutefois à ne pas tirer de conclusions trop hâtives. La situation de Viktor Orban et celles d’autres leaders n’ayant pas encore conquis le pouvoir, à l’image de Marine Le Pen et Jordan Bardella en France, est "très différente", prévient Jean-Yves Camus. "Orban vient de passer 16 ans au pouvoir quand le Rassemblement national ne l’a encore jamais occupé. La dynamique n’est pas du tout la même."
