
Le pape Léon XIV et Mgr Jean-Paul Vesco en janvier 2026. © Archevêché Alger
Premier pape à se rendre en Algérie, Léon XIV va effectuer deux journées de visite à partir du 13 avril. Sa première prise de parole publique est prévue au pied du Monument des Martyrs, sur les hauteurs d'Alger, avant une rencontre avec les hautes autorités du pays au centre des conférences de la Grande Mosquée.
Pendant sa visite historique en Algérie, le pape se recueillera aussi en privé dans la chapelle des 19 "martyrs d'Algérie", des prêtres et religieuses assassinés pendant la décennie noire de guerre civile (1992-2002), notamment les moines de Tibhirine. À l'initiative de ce séjour, Mgr Jean-Paul Vesco, archevêque et cardinal d'Alger, a accepté de répondre aux questions de France 24. Né à Lyon en 1962, il est arrivé en Algérie en 2002 et a été naturalisé en 2023.
France 24 : Quels sont, selon vous, les objectifs de la visite du pape Léon XIV ?
Mgr Jean-Paul Vesco : Je pense qu'une visite d'un pape a quelque chose de particulier. Quand un pape arrive dans un pays, il n'a pas forcément un agenda. C'est sa force. Il n'a rien à vendre. Il vient rencontrer une Église. La spécificité en Algérie, c’est qu’il s’agit d’une toute petite Église au sein d’un peuple musulman. Et donc, il vient rencontrer ce peuple aussi.
Lors de son premier déplacement, qui le ramenait du Liban, il avait annoncé que le prochain serait en Afrique et qu’il souhaitait aller en Algérie pour continuer à construire des ponts entre le monde musulman et le monde chrétien. Il avait aussi ajouté que la figure de Saint-Augustin (né en 354, dans le nord-est de l’actuelle Algérie, NDLR) est une belle figure pour le faire.
J’aimerais ajouter que je l’ai invité le jour de son élection. Il m’a immédiatement répondu qu’il viendrait avec plaisir. J’ai de bonnes raisons de penser que c’est le premier pays qu’il a pensé visiter. C’est le premier pape à se rendre en Algérie. Ce n’est pas rien. Il s’agit d’un pays avec une immense majorité musulmane et dans lequel l’Église représente très peu de choses. Cela fait sens. C’est le pays de Saint-Augustin, mais aussi des 19 bienheureux d’Algérie, tués pendant la décennie noire et qui sont restés au côté du peuple.

Comment ce voyage a-t-il été rendu possible ? Est-ce surtout sous votre impulsion ou celle du président Tebboune ?
Je pense qu'il y avait une vraie volonté de l'Algérie de recevoir un pape. Il sera très bien accueilli. J’ai depuis longtemps ce souhait qu’un pape vienne en Algérie. Le pape François m'avait dit qu'il voulait venir, mais il est tombé malade. C’était quelque chose qui était déjà dans l’air du temps. Il se trouve que Léon XIV a été élu le 8 mai 2025, qui est le jour où l’Église célèbre les 19 martyrs d’Algérie. Je lui ai donc dit qu’ayant été élu à cette date, il devait être le premier pape à venir.
Quel est l'intérêt de l'Algérie, un pays majoritairement musulman, de recevoir le pape ?
Pour moi, il y a trois niveaux. Je pense tout d’abord qu'aucun pays du monde n'a pas envie de recevoir le pape. L'Algérie est heureuse et honorée d'accueillir un pape et le fera le mieux possible. Je pense que c'est aussi un pays qui souffre d'une image aussi sur le plan international et d'un passé qui est encore douloureux. Il y a bien entendu un intérêt politique de le recevoir, mais c’est comme pour tous les pays, comme Monaco récemment. L’Algérie veut lancer un message d'ouverture.

S’agit-il d’une ouverture religieuse ?
Depuis l’origine, l'Algérie est travaillée à la fois par un idéal de laïcité et le fait d'être d’avoir construit son indépendance sur une appartenance religieuse. C’est donc compliqué. D’autre part, le pays est multiple. Je fais partie de ceux qui n’aiment la voir enfermée dans des clichés. On a tendance à la réduire. L’Algérie est infiniment plus complexe que la façon dont elle est perçue depuis la France pour certains. Elle a une histoire ancienne. Le fait que le pape vienne aussi pour Saint-Augustin redonne une profondeur à cette histoire. Il y a une histoire chrétienne, pré-chrétienne, pré-islamique et pré-colonisation, Tout cela est dans l'âme des Algériens.
Peut-on dire que le pape vient en Algérie sur les traces de Saint-Augustin ?
Il fait partie d'une congrégation qui a été créée au XIIIᵉ siècle, donc neuf siècles après la mort d'Augustin. Pour lui, Saint-Augustin est très important. Il le cite beaucoup. Il est déjà venu deux fois en Algérie quand il était supérieur général de cet ordre. Il connaît ces lieux, mais il ne vient pas pour faire son pèlerinage, même si c'est une figure qui le touche à titre personnel.
Cela va bien au-delà. Il dit qu’il veut continuer à construire des ponts entre le monde musulman et le monde chrétien. Commencer son voyage sur le continent africain par l’Algérie, c’est s’inscrire aussi un peu dans la suite du pape François, même s’il a le caractère qui est le sien. Il est intéressant de noter que son premier voyage a été effectué en Turquie, un pays musulman, puis au Liban, un pays à majorité musulmane aussi. Cela dit quelque chose de l’universalité de son message.
