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Plus de 1 800 civils tués depuis 2023 par l'armée burkinabè, ses supplétifs et des jihadistes, selon HRW
Selon un rapport publié jeudi par Human Rights Watch, l'armée burkinabè et les VDP (Volontaires pour la défense de la patrie) ont tué au moins 1 255 civils depuis 2023, tandis que le Jnim, affilié à Al-Qaïda, est responsable de la mort d'au moins 582 autres civils. Ces "exactions" constituent "des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité", accuse l'ONG.
Une fresque murale à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, le 1er mars 2023. © AP

L'armée burkinabè, ses supplétifs civils ainsi que la branche sahélienne d'Al-Qaïda ont tué plus de 1 800 civils depuis 2023, des faits de "crimes de guerre et de crimes contre l'humanité", indique l'ONG de défense des droits humains Human Rights Watch (HRW) dans un nouveau rapport publié jeudi 2 avril.

L'ONG attribue à l'armée burkinabè et aux VDP (les Volontaires pour la défense de la patrie, des civils recrutés pour aider les forces de défense et de sécurité dans la lutte antijihadiste) 1 255 civils tués, dont 193 enfants, entre janvier 2023 et avril 2025, et impute au Jnim (Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans, affilié à Al-Qaïda) la mort de 582 civils, dont 15 enfants, entre janvier 2023 et août 2025. Soit un total d'"au moins 1 837 civils dans 11 régions" lors de "57 incidents".

"Crimes de guerre et crimes contre l'humanité"

HRW dit s'être appuyée sur des sources ouvertes et avoir interrogé plus de 450 personnes à distance et physiquement au Burkina Faso, au Bénin, en Côte d'Ivoire, au Ghana et au Mali afin de documenter ces "exactions".

La junte burkinabè, dirigée par le capitaine Ibrahim Traoré depuis un coup d'État en septembre 2022, n'arrive pas à endiguer les violences de groupes jihadistes affiliés à Al-Qaïda et à l'organisation État islamique qui ont fait des milliers de morts depuis une décennie.

"Les exactions commises par les forces gouvernementales, y compris les VDP, et par le Jnim constituent des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité", précise HRW, appelant la Cour pénale internationale à ouvrir un examen préliminaire sur la "situation au Burkina".

"Assurez-vous que personne ne respire encore avant de partir"

Pendant l'une des attaques les plus meurtrières, l'armée burkinabè et des VDP "ont tué plus de 400 civils en décembre 2023 dans une quinzaine de villages près de la ville septentrionale de Djibo", relève HRW.

"Mes deux filles sont mortes sur le coup", a déclaré une femme de 35 ans à HRW, ajoutant avoir entendu un VDP dire : "Assurez-vous que personne ne respire encore avant de partir."

Les civils semblent être pris en étau entre l'armée, ses supplétifs et les jihadistes, selon le rapport de l'ONG. Ainsi, HRW accuse aussi le Jnim d'avoir ciblé les civils qui refusaient de se soumettre à son autorité ou qu'il accusait de soutenir les forces gouvernementales.

Le 24 août 2024, le groupe a par exemple "tué au moins 133 civils, dont des dizaines d'enfants, dans la ville de Barsalogho, au centre du pays, accusant l'ensemble de la communauté de soutenir les VDP", selon l'ONG. "Les gens tombaient comme des mouches. Ils sont venus pour nous exterminer. Ils n'ont épargné personne", a dit à HRW un homme de 39 ans.

Demande d'"enquêtes impartiales"

L'ONG conclut que le capitaine Ibrahim Traoré, en sa qualité de "président de la transition et de commandant suprême des forces armées" burkinabè, devrait faire l'objet d'une "enquête impartiale" pour établir sa responsabilité pénale, au titre de la responsabilité du commandement, dans les graves crimes de droit international imputés à l'armée et aux VDP.

Six autres hauts gradés, dont le général Kassoum Coulibaly, ambassadeur du Burkina Faso à Washington et ex-ministre de la Défense, le général Célestin Simporé, actuel ministre de la Défense, et le général Moussa Diallo, chef d'état-major général des armées, devraient eux aussi être inquiétés afin d'établir leur responsabilité pénale dans les exactions documentées, selon HRW.

Par ailleurs, Iyad Ag Ghaly et Amadou Kouffa, dirigeants du Jnim, ainsi que Jafar Dicko, Ousmane Dicko et Abou Hanifa, des chefs locaux, devraient aussi faire l'objet "d'enquêtes impartiales" afin d'établir leur responsabilité pénale, au titre de la responsabilité du commandement, pour les crimes internationaux graves documentés, selon l'ONG.

Human Rights Watch appelle enfin les partenaires du Burkina Faso à imposer des sanctions et à s'abstenir de coopérer avec l'armée burkinabè.

Avec AFP