
Un barrage tenu par des miliciens du Bassidj à Téhéran, le 29 mars 2026. © Vahid Salemi, AP
Sur l'affiche, un adolescent se tient au côté d'un milicien bassidji en treillis, la main sur le cœur. Son pays, l'Iran, est visé depuis un mois par des frappes israélo-américaines. Selon l'agence de presse iranienne ANA et le site en persan Iranwire, un adjoint du commandement des gardiens de la révolution pour le Grand Téhéran, Rahim Nadali, a annoncé à la télévision d'État, jeudi 26 mars, le lancement d'un plan visant à recruter des citoyens "âgées de 12 ans et plus" pour devenir "combattants volontaires" et "défendre la patrie".

Cette campagne de recrutement s'adresse aux garçons et aux filles. D'après ANA, les jeunes recrues pourraient participer à des opérations de renseignement, "à des contrôles d'identité et à des patrouilles opérationnelles", mais aussi effectuer des tâches logistiques comme la préparations des repas, la distribution "d'articles nécessaires" aux combattants.
Pour afficher ce contenu Instagram, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.
Accepter Gérer mes choixMais d'après plusieurs ONG, des enfants sont déjà utilisés dans des missions opérationnelles sur le terrain, y compris aux postes de contrôle, en pleine guerre, ce qui les expose à des risques mortels.
La mort tragique du jeune Alireza Ja'fari, âgé de 11 ans, illustre cette réalité. Il a été tué le le 11 mars lors d'une attaque de drone israélienne visant les forces de sécurité iraniennes sur un check-point de l'autoroute Artesh à Téhéran.
Pour afficher ce contenu Instagram, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.
Accepter Gérer mes choixDans une interview avec le quotidien iranien Hamshahri publiée le 15 mars, Sadaf Manfard, la mère de l'enfant a expliqué que la nuit de l'attaque, le père d'Alireza lui avait expliqué qu'en raison d'un "manque de personnel", il devait emmener son fils avec lui afin qu'il soit "préparé pour les jours à venir". Le père est mort lui aussi dans cette attaque.
Sadaf Manfard précise aussi que des adolescents de 16 et 17 ans participent régulièrement depuis le déclenchement de guerre, le 28 février, aux brigades de rue des bassidjis, une force paramilitaire composée de volontaires. Cette milice aux branches multiples est particulièrement implantée localement. Elle organise fréquemment des activités éducatives, religieuses et sociales, auprès des plus jeunes, notamment dans les quartiers les plus défavorisés, pour recruter dans ses rangs.
Une des branches des bassidjs, l'Organisation Bassidj Farhangian , a affirmé que le jeune garçon avait été tué "alors qu'il était en service", rapporte Hengaw, une ONG basée en Norvège.
En mars, un habitant de Téhéran joint par France 24 avait fait part de son effroi devant la militarisation dans les rues de la capitale. Il disait aussi avoir vu sur un check-point un "garçon posté avec une arme et qui n'avait même pas encore de moustache".
Un crime de guerre
Les ONG de défense des droits humains, comme Hengaw, rappellent que le recrutement ou le recours aux enfants de moins de 15 ans dans les forces armées ou les hostilités constituent un crime de guerre.
Selon la Convention de Genève, les enfants sont considérés comme des civils ayant droit à une protection spéciale et leur mobilisation dans les conflits armés est interdite. Ces organisations demandent à l'ONU et à l'Unicef d'intensifier les pressions juridiques et diplomatiques pour empêcher la poursuite de cette pratique.
L'exploitation de mineurs par des organes militaires iraniens n'est pas nouvelle. En février 2024, l'ONG Human right activists in Iran (Hrana), basée aux États-Unis, avait enquêté sur le recrutement de populations vulnérables, notamment de mineurs afghans, au sein de la division Fatemiyoun, un groupe paramilitaire combattant en Syrie sous l'égide du Corps des Gardiens de la révolution.
S'appuyant également sur des témoignages d'anciens enfants-soldats, l'enquête mettait en lumière un schéma de manipulation inquiétant : "Des mineurs et des personnes en situation irrégulière sont contraints de participer aux combats sous la menace de violences ou de mort. Les promesses de compensation financière et de régularisation sont systématiquement bafouées."
En 2018, les États-Unis avaient imposé des sanctions au réseau Bonyad Taavon Basij, accusé d'encourager ces pratiques. Plusieurs entreprises et institutions avaient alors été visées pour avoir fourni "l'infrastructure financière nécessaire aux efforts du Bassidj pour recruter, former et endoctriner des enfants-soldats contraints de combattre sous la direction du Corps des gardiens de la révolution islamique".
Le recours à des enfants-soldats a également été signalé en 2011, lorsque des unités du Bassidj avaient recruté des adolescents de 14 à 16 ans pour aider à réprimer des manifestations antigouvernementales en Iran.
Envoyés au front durant la guerre Iran-Irak
Le régime iranien glorifie depuis longtemps le sacrifice et le martyr, même pour les mineurs. Pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988), des enfants ont été utilisés dans des "vagues humaines" envoyées se faire exploser sur des champs de mines sur le front, afin de permettre le passage des troupes. En échange, leurs familles recevaient une compensation financière pour chaque enfant tué, ainsi qu'une carte de martyr leur donnant droit à de la nourriture et à d'autres privilèges.
Les garçonnets étaient endoctrinés dès le plus jeune âge pour participer aux combats. Ils recevaient une "clé du paradis", avec la promesse qu'ils iraient directement au ciel s'ils mouraient en martyrs contre l'ennemi irakien. Le documentaire de la BBC "Frontline Children" témoigne de cette réalité glaçante.
À l'automne 1982, l'ayatollah Khomeini déclara même que l'autorisation parentale n'était pas nécessaire pour ceux qui partaient au front, que le volontariat militaire était une obligation religieuse et que le service dans les forces armées primait sur toute autre forme de travail ou d'études.
Pour afficher ce contenu , il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.
Accepter Gérer mes choixIl n'est pas rare de voir aujourd'hui encore en Iran des fresques glorifiant la mort de ces enfants-soldats. À Téhéran, une célèbre peinture murale rend hommage à l'un d'entre eux, Mohammad Fahmideh représenté aux côté de l'ayatollah Khomeini. À 13 ans, il a sauté sous un char irakien et a fait exploser sa ceinture de grenades.
Pour afficher ce contenu Instagram, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.
Accepter Gérer mes choixUne partie des Gardiens qui exercent aujourd'hui leur autorités sur le pays sont les héritiers directs de ces pratiques militaires et idéologiques. Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien, devenu l'un des personnages les plus influents du régime depuis la mort d'Ali Larijani, n'avait que 19 ans, lorsqu'il a rejoint le front irakien dans les années 80. Il a ensuite gravi les échelons, devenant l'un des commandants des forces des Gardiens de la révolution lui permettant d'entamer une longue carrière politique au sommet de l'État iranien.
Aujourd'hui, près de 40 ans après la fin de guerre contre l'Irak, l'Iran est replongé dans un conflit majeur depuis le début des frappes israélo-américaines. Et force est de constater que le discours officiel n'a pas changé :le sacrifice des enfants continue d'être célébré, toujours dans le déni le plus total du droit international.
