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Le commandant d’un pétrolier de la flotte fantôme russe condamné à un an de prison ferme
La justice française a condamné lundi à un an de prison ferme et 150 000 euros d’amende le commandant du Boracay, pétrolier arraisonné en septembre au large de la Bretagne. Ce navire appartient à la flotte fantôme russe utilisée pour contourner les sanctions occidentales contre les ventes de pétrole. Il vogue actuellement en Asie sous un autre nom. 
Une photo aérienne prise le 2 octobre 2025 au large du port de Saint-Nazaire, dans l'ouest de la France, montre le pétrolier Boracay, appartenant à la "flotte fantôme" russe. © Mathieu Pattier, AP

La peine maximale d'un an de prison et 150 000 euros d'amende a été prononcée, lundi 30 mars, par la justice française à l'encontre du commandant du Boracay, pétrolier de la flotte fantôme russe arraisonné en septembre par la marine française, au large de la Bretagne.

Conformément aux réquisitions du parquet, le tribunal correctionnel de Brest a assorti la peine d'un mandat d'arrêt à l'encontre de Chen Zhangjie, de nationalité chinoise et âgé de 39 ans, qui n'était pas présent lors de la lecture du jugement.

L'avocat de Chen Zhangjie, Me Henri de Richemont, a immédiatement annoncé son intention de faire appel de cette condamnation qu'il a qualifiée d'"absolument incompréhensible".

"Je ne m'attendais pas à une peine aussi sévère", a déclaré l'avocat, qui avait plaidé la "relaxe pure et simple" pour son client, qui était lundi en mer sur un autre navire.

Un lien avec les drones qui ont survolé Copenhague ? 

Le commandant du Boracay était poursuivi pour avoir refusé d'obtempérer, le 27 septembre 2025, lorsque la marine française avait voulu inspecter son navire de 244 mètres de long, alors qu'il naviguait dans les eaux internationales.

Le navire, qui a changé de nombreuses fois de nom et de pavillon, était alors suspecté d'être impliqué dans les survols de drones qui ont perturbé le trafic aérien danois en septembre - un volet dont la justice n'était pas saisie. 

Appartenant à la flotte fantôme russe, utilisée par Moscou pour contourner les sanctions occidentales contre ses ventes de pétrole, le bateau se trouvait alors au large de l'île d'Ouessant (Finistère), avec une cargaison de pétrole russe à destination de l'Inde, sans pavillon visible.

"Il pleuvait et on ne met pas de pavillon quand il pleut", avait expliqué Chen Zhangjie, lors de sa garde à vue.

Une heure après avoir été approché par la frégate L'Auvergne, l'équipage avait fini par hisser le drapeau du Bénin. Mais les autorités de Cotonou avaient déjà indiqué à la France qu'aucun pétrolier n'était immatriculé dans leur pays.

Un commandant pris "entre deux feux"

Relancé à de nombreuses reprises par la marine française, le commandant du Boracay indique alors qu'il attend l'autorisation de son armateur pour les laisser monter à bord. Au bout d'une heure et demi de palabres, les commandos marine finissent par arraisonner le navire, sans rencontrer d'opposition de l'équipage. 

"Le commandant était pris entre deux feux, entre la marine et son armateur", a souligné son avocat à l'AFP, assurant qu'il n'avait à aucun moment refusé d'obtempérer.

Pour le parquet, au contraire, les militaires français "ont fait face à une particulière mauvaise volonté du capitaine", ce qui les a contraint à effectuer "une manœuvre dangereuse, de nature à engendrer un accident", selon les mots du substitut du procureur Gabriel Rollin, lors de l'audience du 23 février dernier.

Ses réquisitions ont été suivies à la lettre par le tribunal. Il a notamment rejeté les arguments de la défense qui avait plaidé que la justice française n'était pas compétente pour juger de ces faits.

"Je ferai respecter le droit international"

"Appliquer le droit français dans les eaux internationales, ça n'a aucun sens", a redit lundi Me Henri de Richemont. "Et le droit international ne donne pas compétence aux juridictions françaises".

Selon l'avocat, c'est la convention de Montego Bay sur le droit de la mer qui aurait dû s'appliquer au cas d'espèce, ce qui aurait conduit l'affaire à être renvoyée devant un tribunal chinois.

"S'il le faut, on ira devant la Cour de cassation. Mais je ferai respecter le droit international", a-t-il dit.

Aujourd'hui dénommé Phoenix, l'ex-Boracay arbore désormais un pavillon russe. Il naviguait lundi dans le détroit de Malacca, entre la Malaisie et l'île de Sumatra (Indonésie).

Lors de son arraisonnement par la marine française, le pétrolier avait à son bord deux employés d'une société de sécurité privée russe chargés de surveiller l'équipage et de collecter du renseignement.

Avec AFP