
Un nouvel indice "Taco" tente d'offrir un outil aux investisseurs pour mieux prédire les changements de directions politiques de Donald Trump. © Studio graphique France Médias Monde
Donald Trump peut-il être réduit à une équation ? Les marchés financiers cherchent à déterminer une formule permettant de mieux prédire les décisions du président américain en ces temps de forts remous géopolitiques. Des analystes de la Deutsche Bank ont publié un nouvel indice "Taco", censé permettre d’anticiper quand Donald Trump change d’avis, ont rapporté plusieurs médias financiers mercredi 25 mars.
"Taco" est devenu un acronyme très populaire dans les milieux financiers. Inventé il y a près d’un an par un éditorialiste du Financial Times, il signifie littéralement que "Trump se dégonfle toujours" (Trump Always Chicken Out).
"Lost in Trumplation"
À l’origine, "Taco" avait une dimension moqueuse, suggérant que le président finissait toujours par revenir sur ses décisions - comme les droits de douanes - si les conséquences étaient trop négatives.
Mais le contexte n’était pas aussi guerrier qu’aujourd’hui, et les virages à 180° du président américain n'avaient pas autant d'impact financier potentiellement dévastateur. "Dans toute ma carrière dans la finance, je n'ai jamais connu de période où les événements géopolitiques et les décisions qui les entraînent ont un tel effet en profondeur sur les marchés financiers", assure Alex Dryden, spécialiste des marchés financiers à l’université de Londres, qui a travaillé auparavant pour la banque d’investissement JP Morgan.
D’où l’effort des analystes de la Deutsche Bank. Face à des investisseurs "Lost in Trumplation", le nouvel indice "Taco" est censé "apporter quelque chose de rationnel et de quantifiable à un environnement et des comportements du président américain qui pourraient apparaître comme irrationnels", assure David McMillan, économiste spécialiste de finance internationale à l’université de Stirling, au Royaume-Uni.
L’indice "Taco" prend en compte quatre critères pour évaluer la probabilité que Donald Trump change d’avis. Il mélange les projections d’inflation sur un an, la cote de popularité du président américain, la performance de l’indice boursier S&P 500 (les 500 principales entreprises cotées à Wall Street), et l’évolution du taux d’intérêt sur les obligations du Trésor (les emprunts émis par l’administration américaine). Plus le résultat est élevé, plus la chance de voir Donald Trump faire machine arrière est forte. Actuellement, il est à son plus haut niveau depuis le retour à la Maison Blanche du milliardaire. D’où son insistance à pousser l’Iran vers la table des négociations ?
"Ce sont des critères que les analystes boursiers analysaient déjà de manière séparée, et il est donc plutôt sensé de les rassembler en un indice pour évaluer le seuil de douleur politique et économique que Donald Trump est susceptible de supporter", souligne Alexandre Baradez, analyste pour le courtier IG France.
Le premier président qui nécessite un indicateur boursier
Ces critères sont "les mêmes que Donald Trump utilise souvent pour mesurer son succès politique, comme sa cote de popularité ou le cours de la Bourse [trajectoire du S&P 500, NDLR]", ajoute David McMillan. Il est donc normal d’estimer qu’il les suit et réagit à leurs soubresauts.
Il n’empêche que l’existence même d’un tel indice interroge. En effet, "il n’y a pas eu d’autres présidents pour lesquels les marchés financiers ont ressenti le besoin d’établir des indices pour anticiper leurs décisions car ils étaient beaucoup plus prévisibles et cohérents dans leur communication", note David McMillan.
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La guerre au Moyen-Orient et son impact économique ont démultiplié le risque associé au fait que Donald Trump représente une forme de boîte noire pour les acteurs financiers, estiment les experts interrogés. "Il peut littéralement affirmer une chose et son contraire en moins d’une minute. Dire que la guerre est gagnée et annoncer dans la foulée l’envoi de troupes supplémentaires. Alors cette imprévisibilité peut être utile pour maintenir l’adversaire dans le noir quant à ses intentions, mais ça ne marche pas avec les marchés financiers qui ont besoin d’un message clair et concis", déplore Alex Dryden.
C’est d’autant plus problématique que "Donald Trump est l’un des présidents américains dont les paroles et les actes ont le plus grand impact sur les marchés financiers. Impossible, par exemple, d’ignorer ce qu’il dit sur les réseaux sociaux si on ne veut pas être pris de court en tant qu’investisseur", assure Alexandre Baradez.
Conséquence : la volatilité domine les marchés financiers pour le moment car personne ne sait dans quel sens miser. "Les analystes financiers sont très forts pour modéliser et prendre en compte toute forme de risque. Mais lorsqu’il s’agit d’incertitude, on ne sait pas faire", explique Alex Dryden.
Des dangers de vouloir prédire l'imprévisible
À ce titre, l’indice "Taco" "correspond bien à la tendance des marchés de vouloir tout réduire à des chiffres et des équations", estime cet expert. Ce nouvel outil "représente bien à quel point aujourd’hui le politique et la géopolitique influent sur le monde financier et qu’il faut penser à un moyen de le prendre en compte", poursuit-il.
C’est "un indice intéressant à considérer de la même manière que les indicateurs de sentiment sur les réseaux sociaux peuvent servir aux investisseurs", estime Alexandre Baradez.
L’indice "Taco" reste néanmoins à manier avec des pincettes. "C’est un indicateur qui a été construit à rebours pour coller au mieux aux moments où Donald Trump s’est effectivement dégonflé. Mais est-ce qu’il peut prédire comment le président va se comporter. C’est beaucoup plus discutable et il faudrait davantage de moments "Taco" pour constater son efficacité réelle", avertit Peter Tillmann, spécialiste de politique monétaire et financière à l’université de Giessen, en Allemagne.
Pour lui, c’est aussi "un non-sens de vouloir prédire l’imprévisible". À ses yeux, les marchés financiers "ne devraient pas tenter de rationaliser les comportements d’un président qui semble n’agir que par intérêt personnel, pour s’enrichir".
Le risque est de faire des erreurs. "Chercher à tout réduire à des statistiques ou des équations peut être dangereux. En 2008, lors de la crise financière, les investisseurs disposaient des modèles pour évaluer les risques qui se sont tous trompés. Je ne parierais, en tout cas, pas ma maison sur le seul compte de cet indice 'Taco'", conclut David McMillan.
