
Dégâts à l'intérieur de l'hôpital Gandhi, touché le 1er mars lorsqu'un projectile a frappé une tour de communication de la télévision d'État et des bâtiments voisins situés de l'autre côté de la rue. © Atta Kenatr, AFP
Alors que la guerre au Moyen-Orient est entrée mercredi dans son dix-neuvième jour, les pénuries de médicaments importés se font sentir en Iran, mettant en danger la vie de millions de patients.
Mitra, une habitante de Téhéran, doit fêter ses 40 ans dans quelques semaines, mais aussi les 16 ans de son rein transplanté. Cette mère de famille a toujours réussi à prendre soin de cet organe qu’elle sait précieux, respectant à la lettre les ordonnances des médecins et la prise de sept médicaments quotidiens.
Mais depuis le début de la guerre, l’un de ces médicaments, indispensable pour prévenir le rejet du greffon, manque à l’appel. Les ampoules, fabriquées à l'étranger et rationnées par le Croissant-Rouge iranien, ne sont plus disponibles.
Médecin iranien et militant des droits humains installé à Vienne (Autriche), le docteur Hamid Hematpour alerte sur le risque d’une crise humanitaire, déjà en cours selon lui pour les malades chroniques. Alors que le ministère iranien de la Santé affirme disposer de "réserves stratégiques" de médicaments, le médecin pointe, dans une interview à la Deutsche Welle, que la non-distribution de ces médicaments aux familles indique soit un mensonge des autorités, soit l'impossibilité de les acheminer.
Avec la guerre, les médicaments destinés aux maladies rares ou spécifiques, souvent importés de l’étranger, sont particulièrement difficiles à trouver. Or, une absence de traitement peut entraîner en quelques semaines des conséquences irréversibles pour les patients.
Inquiète, Mitra a mobilisé tous ses contacts pour essayer d'obtenir le médicament anti-rejet qui lui manque. En cas d'échec, elle envisage de quitter le pays par voie terrestre pour se faire soigner à l’étranger. Un cas loin d’être isolé.
Cancer, sclérose en plaques, diabète, hémophilie... Les malades chroniques et ceux souffrant de maladies graves apparaissent ainsi comme les victimes silencieuses du conflit en cours, qui a fait au moins 1 354 victimes civiles en Iran, dont 207 enfants, selon le dernier bilan de l’ONG Human Rights Activists (Hrana), basée aux États-Unis.
Des établissements de santé pris pour cible
Les pénuries de médicaments ne sont pas les seuls défis posés aux patients. En Iran, comme dans le reste du Moyen-Orient, les installations médicales ne sont pas épargnées par les bombardements, déplore l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Selon elle, des explosions survenues près de l’hôpital Motahari le 1er mars à Téhéran ont endommagé des parties du bâtiment et forcé les autorités à évacuer patients et personnel soignant.
D’autres structures ont été touchées ailleurs en Iran. Deux centres médicaux d’urgence à Sarab, dans le nord-ouest, et à Hamedan, dans l’ouest, ont subi des dégâts.

Au total, l'OMS a recensé 18 attaques contre des services de santé ayant entraîné la mort de huit membres du personnel soignant.
Manque de médecins
La Deutsche Welle rapporte que de nombreuses cliniques et centres médicaux privés ont dû fermer leurs portes, que certains médecins ont quitté les villes touchées par les attaques en cours et que les hôpitaux sont submergés par un afflux de blessés.
Certains soignants de la capitale se sont réfugiés à la campagne ou dans le nord de l’Iran, au bord de la mer Caspienne, où les Téhéranais les plus aisés possèdent des résidences secondaires
Par ailleurs, la répression de début janvier, la plus sanglante de l’histoire des soulèvements en Iran depuis l’instauration de la République islamique, a entraîné une vague d’émigration à l’étranger de soignants iraniens, pris pour cibles par les forces de sécurité.
En conséquence, dans les hôpitaux, les interventions chirurgicales programmées sont reportées et des services essentiels tels que les vaccinations ou le traitement des maladies chroniques sont interrompus.
Selon le Dr Hematpour, si le conflit se prolonge et que les hôpitaux deviennent hors d’usage, l’intervention d’organisations internationales sera indispensable. Une nécessaire intervention extérieure qui se heurterait certainement à la méfiance des autorités iraniennes, qui voient souvent les travailleurs étrangers comme des "espions", comme le rappelle le médecin.
