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Dans les poils de l'ornithorynque, une nouvelle bizarrerie le rapprochant des oiseaux
Des réservoirs de mélanine normalement destinés aux oiseaux ? C'est la nouvelle surprise que recèle l'ornithorynque dans ses poils, selon une étude publiée mercredi par la British Royal Society. Ce mammifère issu d'Australie et de Tasmanie n'en finit plus de dérouter le monde scientifique. 
Photo non datée d'un ornithorynque fournie par le zoo de Taronga, le 4 mars 2021 à Sydney, en Australie. © Rick Stevens, Zoo de Taronga, AFP

Son bec de canard, sa queue de castor, ses pattes de loutres et l'aiguillon venimeux porté par les mâles sur leurs pattes postérieures faisaient déjà de lui l'un des animaux les plus étonnants qui soient.

Au point de ne pas y croire : quand un spécimen naturalisé d'ornithorynque fut ramené pour la première fois d'Australie, en 1799, les naturalistes européens commencèrent par chercher les coutures, persuadés d'avoir affaire à un canular de taxidermiste. 

Sans parler du fait qu'il est l'un des cinq représentants au monde de l'ordre des monotrèmes, les seuls mammifères à pondre des œufs... Et pourtant, l'ornithorynque réserve encore quelques surprises.

Une étude publiée mercredi 18 mars dans les Biology Letters de la British Royal Society révèle en effet une nouvelle bizarrerie chez ce petit animal endémique de la côté est de l'Australie et de la Tasmanie : ses mélanosomes – cellules contenant les pigments responsables de la couleur de sa peau et de ses poils – n'ont pas la forme attendue pour ce genre d'espèce animale. Certains de ses mélanosomes sont même creux, comme ceux des oiseaux.

Une raison inconnue 

La couleur des animaux est fortement corrélée à la forme de leurs mélanosomes.

L'eumélanine, qui donne des teintes noires, grises et brunes foncées, se trouve généralement dans des mélanosomes allongés. La phéomélanine, qui génère des couleurs rousses, rouges et certaines nuances d'orange/jaune, est contenue dans des mélanosomes sphériques.

Par ailleurs, chez les mammifères ces mélanosomes sont toujours pleins. Au contraire des oiseaux, chez qui certains mélanosomes allongés peuvent être creux ou aplatis, seulement enveloppés d'une fine couche de mélanine, ce qui améliore leur capacité à produire des gammes de couleurs différentes. Organisés en nanostructures, ils produisent notamment des couleurs iridescentes, qui interagissent avec la lumière, comme les plumes du paon.

C'est en constituant une base de données sur ces mélanosomes chez les mammifères, que des chercheurs ont fait une découverte "extrêmement surprenante et enthousiasmante", confie à l'AFP Jessica Leigh Dobson, biologiste à l'Université de Gand (Belgique) et première autrice de l'étude.

Les mélanosomes de l'ornithorynque sont pour la plupart sphériques, ce qui devrait logiquement donner à l'animal des poils roux/orangés. Or l'ornithorynque est brun foncé.

Surtout, certains de ses mélanosomes sont creux comme ceux des oiseaux.

"Nous avons également vérifié chez de nombreux autres mammifères (...) : des échidnés, des marsupiaux, des rongeurs, des carnivores, des primates et bien d'autres. À notre connaissance, c'est le seul exemple de mélanosomes creux chez les mammifères", raconte Jessica Leigh Dobson.

Répartis "aléatoirement dans le cortex du poil", ils ne produisent aucune iridescence, et "des recherches supplémentaires seront clairement nécessaires pour comprendre la raison de leur présence", estime la chercheuse.

La question de leur origine est elle aussi ouverte.

Dans les poils de l'ornithorynque, une nouvelle bizarrerie le rapprochant des oiseaux
Les premiers jumeaux ornithorynques nés en captivité, au zoo de Taronga à Sydney, le 28 mars 2003 en Australie. © Torsten Blackwood, AFP

Adaptation à un mode de vie aquatique ?

Les ancêtres de l'ornithorynque et des échidnés étaient probablement des animaux aquatiques fouisseurs, et les mélanosomes creux pourraient avoir été une adaptation à un mode de vie aquatique, en améliorant l'isolation thermique.

"Les échidnés modernes étant aujourd'hui terrestres, cette transition aurait pu entraîner la perte des mélanosomes creux chez eux, alors qu'ils seraient restés chez l'ornithorynque, toujours semi-aquatique", avance Jessica Leigh Dobson.

Une hypothèse qui soulève cependant une question supplémentaire, conclut l'étude : si c'est le cas, "pourquoi ce trait n'est-il pas plus répandu parmi les mammifères aquatiques ?".

Avec AFP

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