
Les violences sexuelles et psychologiques ont percuté la campagne des principaux candidats à la mairie de Paris. © Studio graphique FMM
Mettre fin aux violences sexuelles, physiques et psychologiques à l’encontre des enfants durant les temps périscolaires : le sujet s’est imposé ces derniers mois dans la bataille pour les municipales à Paris (15 et 22 mars) après la multiplication des témoignages de parents d’abus en tous genres sur leurs enfants durant ces moments qui précèdent et succèdent les heures de classe.
En novembre dernier, la cheffe du parquet des mineurs de Paris, Lisa-Lou Wipf, expliquait dans une interview à Libération qu’il y avait une “augmentation très significative” des signalements à ce sujet dans la capitale, donnant le chiffre de 15 enquêtes ouvertes entre le début de l'année 2025 et le 22 novembre pour des agressions sexuelles dans des écoles maternelles. Par ailleurs, l’AFP recense une quarantaine d'animateurs suspendus à Paris sur l’ensemble de l’année, dont 20 pour suspicion de faits à caractère sexuel.
Des chiffres qui illustrent l’ampleur du phénomène, même s’ils sont à rapporter aux quelque 15 000 animateurs prenant en charge les 110 000 enfants des 620 écoles parisiennes pendant les temps périscolaires. Toujours est-il que la parole se libère de plus en plus sur le sujet, notamment par la voix du collectif SOS Périscolaire qui recueille depuis 2021 des témoignages d’abus sexuels et physiques sur des enfants.
Les premières dénonciations remontent à la fin de l’année 2018 dans l’école maternelle Paul-Dubois (3e arrondissement de Paris) et se sont, depuis, multipliées dans la capitale. Une enquête diffusée dans Cash investigation sur France 2, fin janvier, a aussi mis en lumière plusieurs dysfonctionnements structurels dans le périscolaire de la capitale.
Emmanuel Grégoire attaqué de toutes parts sur le périscolaire
Parmi les candidats à la mairie, les critiques se sont principalement abattues sur Emmanuel Grégoire, adjoint (2014-2018) d’Anne Hidalgo lors de son premier mandat, puis premier adjoint lors du second (2018-2024). “Nous avons notre part de responsabilité”, a admis le 8 janvier le candidat de l’union de la gauche hors France insoumise (LFI), qui avait confié en novembre avoir été lui-même victime, enfant, d’abus sexuels lors de temps périscolaires.
"Si j'étais maire de Paris, j'aurais démissionné et viré les membres de l'exécutif et d'administration qui ont failli. Ils ont failli et à un moment donné, il y a une éthique de responsabilité", a notamment dénoncé fin janvier sur franceinfo Pierre-Yves Bournazel (Horizons). Sophia Chikirou (La France insoumise) a, pour sa part, estimé que "la ville a fait n'importe quoi avec le recrutement dans le périscolaire", pointant la "responsabilité" d'Emmanuel Grégoire en tant qu'ancien adjoint à l'Hôtel de ville.
L’ancienne ministre de la Culture et candidate de la droite, Rachida Dati, n’a, elle aussi, pas manqué d’égratigner sur X le candidat de la municipalité sortante, l’accusant d’être “responsable du recrutement de pédocriminels dans le périscolaire”. Emmanuel Grégoire a répondu vouloir porter plainte contre elle pour diffamation, dénonçant notamment “un langage trumpiste”.
Le sujet n’en est pas moins un caillou dans la chaussure d’Anne Hidalgo et, par ricochet, dans celle du candidat à sa succession. La maire socialiste sortante a d’ailleurs dû reconnaître “des erreurs” dans la gestion de ce dossier. “Il y a des efforts à faire, c'est ce que nous faisons", a-t-elle déclaré sur France Inter le 18 février, se sentant en partie responsable “puisqu'en tant que maire de Paris (elle) dirige une administration”. La première édile a aussi fustigé la droite parisienne, qui “se saisit du sujet pour demander la fin du périscolaire à Paris.”
La municipalité, sous pression sur ce sujet en cette fin de mandat, a multiplié les annonces ces dernières semaines : annonce d'un plan de lutte contre les violences sexuelles à la mi-novembre, suspensions d'agents mis en cause désormais "immédiates", ou encore création d’un poste de Défenseur des enfants de la Ville de Paris. En à peine un mois et demi à ce poste, Dominique Versini a déclaré, fin janvier, sur franceinfo avoir reçu "150 saisines" concernant "particulièrement le périscolaire".
“Binômes imposés”, personnels titulaires, “grands-parents”...
Dans la dernière ligne droite avant les municipales, les programmes électoraux des principaux candidats à la mairie de Paris regorgent de propositions pour corriger le tir. À commencer par Emmanuel Grégoire, qui promet de “refonder” l’enseignement périscolaire. Dans son programme, il affirme notamment qu'“aucun enfant ne sera jamais laissé seul avec un adulte” et s’engage à mettre en place des dispositifs de recueil de la parole dans chaque établissement, ou encore à ce que les animateurs soient formés à “la bientraitance” des enfants “avant toute prise de poste”.
Rachida Dati a, pour sa part, fait de ce sujet un axe majeur de sa campagne. Comme son concurrent de gauche, la candidate de la droite s’engage à ce que “plus aucun enfant ne se retrouve seul avec un adulte sur le temps périscolaire”, privilégiant des “binômes imposés en permanence”. L’accompagnement à l’hygiène sera, lui, “assuré par des personnels dédiés.” En cas d’élection, la maire du 7e arrondissement de Paris promet aussi de lancer “un contrôle de l’ensemble du personnel en charge du périscolaire sur la base de tous les fichiers de police et avec enquête de personne.”
Une proposition que l’on retrouve aussi dans le programme de Pierre-Yves Bournazel. Entre autres mesures, le candidat de centre-droit entend “instaurer un screening systématique et obligatoire des références et du casier judiciaire” avant tout recrutement. Il veut aussi créer “une inspection municipale” du périscolaire chargé de contrôler tous les établissements chaque année. Il veut, enfin, recourir à “des personnels titulaires” pour gérer les activités périscolaires - ce secteur est actuellement composé en majorité de vacataires à Paris.

Une pérennisation de l’emploi que souhaite aussi la candidate Sophia Chikirou (La France insoumise). Cette dernière veut "refonder le service public d'éducation communale" en recrutant notamment 2 000 animateurs du périscolaire supplémentaires et en titularisant les postes actuellement vacataires. Enfin, la candidate d’extrême droite Sarah Knafo (Une ville heureuse/Reconquête) propose notamment de “recruter des grands-parents” pour la garde et l’éducation des enfants durant les temps périscolaires, avec un système de rémunération de ces seniors “à la vacation”.
Cet éventail de propositions, tous bords politiques confondus, suffira-t-il pour autant à endiguer le phénomène de violences dans le périscolaire parisien ? Tous les parents n’en sont pas convaincus, à l’image de Nathalie (prénom d’emprunt), qui a déploré auprès de l’AFP : “On reçoit la propagande de la mairie, alors que Mme Hidalgo ne s'est pas préoccupée du sujet avant, et de l'autre, on voit Mme Dati se faire la part belle. C'est un peu écœurant". Elle est maman d’un enfant de l'école Paul-Dubois, où des parents attendent toujours une décision de la justice, sept ans après.
Avec AFP
