
De la fumée s'élève dans le ciel après des explosions à Manama, au Bahreïn, le 28 février 2026. © Reuters
Israël et les États-Unis ont-ils ouvert la boîte de Pandore ? Avec le lancement de l'opération "Fureur épique" contre l'Iran, samedi 28 février, d'aucuns redoutent désormais de lourdes conséquences pour tout le Moyen-Orient.
En cas de frappes américaines, "l'Iran répliquera et la crise s'étendra dans toute la région, avec blocage du détroit d'Ormuz et actions des proxys, même affaiblis. Le chaos en Iran affecterait la Turquie et l'Union européenne avec un possible afflux massif de réfugiés", avait résumé pour l'AFP une source diplomatique d'un pays frontalier de l'Iran, avant le déclenchement de l'attaque israélo-américaine.
"Ils risquent de provoquer un effet inverse"
Si le pouvoir en place est éliminé par une action armée, sans transition vers une autre forme politique stable, l'Iran pourrait devenir dans le pire des cas une zone de chaos, déchirée entre minorités et refuge de groupes violents.
"Si changement de régime il doit y avoir, il doit venir de l'intérieur du pays", met en garde un haut responsable d'un service de renseignement européen. "Si les Américains ou les Israéliens veulent forcer un changement de régime, ils risquent de provoquer un effet inverse", comme en Libye, souligne Pierre Razoux, directeur des études de la Fondation méditerranéenne d'études stratégiques (FMES), en référence au chaos meurtrier qui a suivi le renversement de Mouammar Kadhafi en 2011, lors d'un soulèvement appuyé par l'Otan.
Un éclatement du pays, comme en Libye, est toutefois peu probable, tempère-t-il : "L'Iran est un pays homogène. Même s'il y a des minorités, malgré tout, le sentiment national iranien est fort."
L'affaiblissement du pays risquerait aussi d'être mis à profit par des groupes hostiles à ses voisins, comme la Turquie ou le Pakistan.
"Lors des précédents mouvements de contestation, la Turquie craignait qu'en cas de chute du régime, les groupes kurdes en profitent pour créer des problèmes en Turquie", rappelait en janvier Gonul Tol, du Middle East Institute. "Les groupes liés (aux combattants du mouvement kurde) PKK deviendraient plus actifs", estime-t-elle.
Les enjeux sont similaires pour Islamabad, en plein conflit par ailleurs avec l'Afghanistan.
Des frappes américaines "auraient des conséquences déstabilisatrices pour toute la région, et le Pakistan risque d'être particulièrement affecté", jugeait en janvier l'analyste et ancienne diplomate Maleeha Lodhi. "Tout espace non gouverné près des frontières renforcerait les activistes de la province instable du Balouchistan et constituerait une grave menace pour sa sécurité."
Possible afflux de réfugiés
Certains voisins craignent d'importants déplacements de population ou un afflux de réfugiés, comme la Turquie l'a connu lors de la guerre civile en Syrie.
"Le choc serait sans doute beaucoup plus fort, compte tenu de la taille du pays, sa population, l'hétérogénéité" de l'Iran, géant de près de 90 millions d'habitants issus de multiples communautés, observait en janvier Sinan Ülgen, chercheur associé au centre Carnegie Europe.
La Turquie, l'Azerbaïdjan, l'Arménie s'inquiètent particulièrement "parce qu'ils seraient des pays de destination", fait valoir l'analyste russe Nikita Smagin, basé à Bakou.
Craintes d'une crise pétrolière
Les pétro-États de la région "sont préoccupés par des frappes contre les infrastructures énergétiques et par un éventuel blocage des flux" dans le goulet d'étranglement du détroit d'Ormuz, relevait mi-janvier Cinzia Bianco, chercheuse sur le Golfe pour le centre de recherche européen Europen Council on Foreign Relations (ECFR).
Or ces pays du Golfe sont engagés dans des agendas politiques coûteux : changement de modèle économique, grands travaux, transitions énergétiques.
"Tout serait plus compliqué avec une crise pétrolière. Avoir à gérer les conséquences sécuritaires d'un changement de régime en Iran ajouterait une couche de complexité", expliquait Cinzia Bianco.
De plus, ajoute Pierre Razoux, un tel scénario risquerait de pousser la Chine, grande acheteuse de pétrole du Golfe, à vouloir réduire ses liens avec la région, alors même que les monarchies du Golfe, de leur côté, tentent de diminuer leur dépendance commerciale aux États-Unis.
Avec AFP
