
Photo d'archives - Des manifestants brandissent une banderole en hommage à la conseillère municipale Marielle Franco, icône de la cause noire et LGBT+, assassinée en 2018, le 7 septembre 2019. AP - Silvia Izquierdo
Deux responsables politiques seront-ils reconnus coupables, huit ans après ce crime qui a bouleversé le Brésil ? La Cour suprême examine depuis mardi le rôle des commanditaires présumés de l'assassinat de Marielle Franco, figure de la gauche, militante noire et LGBT+, tuée en mars 2018 en plein centre de Rio de Janeiro.
Quatre juges doivent se prononcer mercredi 25 février pour une condamnation ou un acquittement de deux anciens responsables politiques, accusés d'être les "cerveaux présumés". Déjà condamnés en 2024, le tireur et son chauffeur ont écopé de lourdes peines. Mais la question centrale restait en suspens : qui a commandité l'assassinat ?
Le parquet accuse l'ancien député Chiquinho Brazao et son frère Domingos Brazao, ex-conseiller de la Cour des comptes de Rio, d'avoir orchestré le meurtre. Selon l'accusation, Marielle Franco s'opposait, au sein du conseil municipal, à des propositions défendues par les deux frères facilitant l'accaparement de terres par des milices qui sèment la terreur à Rio.
À l'audience, le vice-procureur Hindenburgo Chateaubriand a estimé qu'il n'y avait "aucun doute" quant à la "paternité criminelle" des deux frères. En cas de condamnation, ils risquent plusieurs décennies de prison. La défense, elle, rejette toute implication et conteste la validité de l'accord de collaboration conclu par le tireur avec la justice, dénonçant un récit "construit de toutes pièces".
Une exécution en plein centre-ville
En 2018, Marielle Franco a 38 ans. Elle est conseillère municipale de Rio de Janeiro sous l'étiquette du Parti du socialisme et de la liberté (PSOL, gauche). Elle-même issue de l'une des plus grandes favelas de la ville et l’une des plus violentes, située dans le nord de la ville, l'élue de gauche défend alors ardemment les droits des habitants des quartiers pauvres, notamment les jeunes Noirs, les femmes et les membres de la communauté LGBT+.
Elle dénonce sans relâche le pouvoir parallèle constitué à Rio de Janeiro par les milices, ces groupes armés qui prennent le contrôle de favelas, souvent après que les trafiquants de drogue en sont chassés par la police.
Le 14 mars 2018, après avoir participé à un rassemblement en faveur des femmes noires, la conseillère municipale est prise en chasse. Sa voiture est criblée de balles. Touchée à la tête, elle meurt sur le coup. Son chauffeur, Anderson Gomes, succombe lui aussi à ses blessures.
La brutalité de l'attaque déclenche une onde de choc. Des milliers de Brésiliens descendent dans la rue à travers tout le pays, pour réclamer justice. Le nom de Marielle Franco devient un symbole de résistance.
Des assassins déjà condamnés
En octobre 2024, un jury populaire a condamné le tireur Ronnie Lessa à 78 ans de prison. Son complice qui conduisait la voiture, Elcio Queiroz, a été condamné à 59 ans de réclusion.
Lors de son procès, Ronnie Lessa a reconnu les faits, affirmant avoir été "aveuglé" par la somme de plusieurs millions de dollars offerte pour commettre le crime.
Arrêtés en mars 2024, les frères Brazao ont toujours nié les faits qui leur sont reprochés, remettant en cause notamment la validité d'un accord de collaboration noué par le tireur avec la justice pour passer aux aveux. La confession de Ronnie Lessa est une "histoire construite de toutes pièces", a soutenu mardi Marcio Palma, avocat de Domingos Brazao.
Avec AFP
