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Municipales 2026 : crash-test avant la présidentielle pour La France insoumise
La France insoumise, qui présente pour la première fois de nombreux candidats aux municipales (15 et 22 mars), a vu sa campagne percutée par la mort du jeune nationaliste Quentin Deranque. Alors que les insoumis misaient sur ce scrutin pour préparer la présidentielle 2027, l’impact de cet événement sur le choix des électeurs reste difficile à appréhender.
Le leader de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, le 31 janvier 2026, lors d'un meeting en soutien au candidat David Guiraud à Roubaix. © Sameer al-Doumy, AFP

La campagne des municipales a pris un virage inattendu pour les insoumis. Avec la mort du jeune nationaliste Quentin Deranque, samedi 14 février, La France insoumise (LFI) est entrée dans une zone de turbulences, contrainte de s’expliquer sur ses liens avec le groupe antifasciste La Jeune Garde plutôt que de convaincre les électeurs de voter pour ses listes les 15 et 22 mars.

Depuis le drame, le siège du mouvement de Jean-Luc Mélenchon a été évacué pour une fausse alerte à la bombe, plusieurs permanences de candidats insoumis ont été vandalisées et, de l’aveu de militants rencontrés dans la banlieue lyonnaise, "un climat pesant" s’est installé dans cette campagne.

Une semaine après les faits ayant abouti à la mort de Quentin Deranque, sept personnes ont été mises en examen pour homicide volontaire et complicité, dont deux anciens assistants parlementaires du député LFI Raphaël Arnault, par ailleurs fondateur de La Jeune Garde, dissous en juin 2025 par Bruno Retailleau, alors ministre de l’Intérieur.

Les insoumis sont accusés par leurs adversaires d'avoir un lien indirect avec cette agression mortelle, ce qu'ils rejettent en bloc. Déjà diabolisés par l’extrême droite, la droite, le centre et une partie de la gauche, les voici encore davantage mis au ban de "l’arc républicain".

Le 18 février, la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, appelait ainsi à ce qu'il n'y ait "plus jamais un député LFI" élu aux prochaines législatives, tandis que le patron du Rassemblement national, Jordan Bardella, demandait "à mettre en place un cordon sanitaire" contre LFI "en vue des futures élections" municipales.

Implantation locale

Les attaques viennent aussi de la gauche. "Pour les scrutins municipaux, il ne peut pas y avoir d'alliance entre les socialistes ou les formations de la gauche réformiste et LFI au deuxième tour, c'est clair", a déclaré l'ancien président socialiste François Hollande. Il est "impensable" que la gauche "cultive le moindre doute" sur une "possible alliance avec La France insoumise" à l'élection présidentielle de 2027, a pour sa part estimé l'eurodéputé Place Publique Raphaël Glucksmann.

Alors que La France insoumise a fait le choix de se lancer pleinement dans la bataille des municipales avec environ 500 listes présentées, ce scrutin fait office de crash-test. En 2020, les dirigeants insoumis avaient préféré contourner les élections, préférant souvent soutenir des listes citoyennes. Cette fois-ci, les municipales 2026 sont considérées comme un objectif prioritaire.

Le but n’est pas de remporter de nombreuses villes – seule Roubaix et quelques villes de Seine-Saint-Denis semblent gagnables –, mais de s’implanter localement. La victoire sera d'abord de "faire rentrer plusieurs centaines de personnes dans les conseils municipaux" pour "travailler au développement du mouvement et se crédibiliser", a expliqué à l'AFP le coordinateur de LFI, Manuel Bompard.

Comme pour le Rassemblement national, les élections sénatoriales du mois de septembre sont en ligne de mire. "Faire notre entrée au Sénat serait une belle réussite", reconnaît le stratège insoumis, qui lorgne surtout les métropoles de Lyon et Toulouse en vue du renouvellement de la moitié des sièges à la chambre haute.

Les insoumis feront-ils perdre la gauche à Paris et Marseille ?

La France insoumise, qui s'est longtemps focalisée sur la présidentielle, ne compte aucun élu au Sénat et a mal vécu de n'a pas avoir été incluse dans les accords entre les autres forces de gauche aux précédentes sénatoriales, en 2023.

Désormais, ce sont les insoumis qui laissent planer le doute sur leurs intentions vis-à-vis du reste de la gauche. Dans les grandes villes comme Paris, Marseille ou Toulouse, le maintien de leur candidat au second tour pourrait bien faire perdre la gauche au profit de la droite. C’est notamment le cas dans la capitale française, où la candidate insoumise, Sophia Chikirou, pourrait obtenir au moins 10 % des voix et ainsi se maintenir. "Il ne faut pas qu’un socialiste soit maire de Paris", disait-elle en novembre, annonçant dès l’automne la tonalité d’une campagne principalement dirigée contre le Parti socialiste, dont la victoire du candidat Emmanuel Grégoire dépend a minima du retrait de la liste LFI.

Les insoumis affirment toutefois qu’ils "proposeront le rassemblement" aux autres listes de gauche dans les villes où ils sortiront en tête au premier tour – ce qui ne devrait pas arriver souvent – et que le reste de la gauche devra faire de même dans les villes où ses listes seront devant celles de LFI. Mais les socialistes, qui étaient déjà peu disposés à nouer des alliances de second tour avec les insoumis, le sont encore moins depuis les derniers événements.

Au-delà des municipales et des sénatoriales, la stratégie initiale de La France insoumise consiste surtout à préparer 2027. Les municipales sont ainsi vues comme "une étape importante de maillage du réseau militant pour se préparer à la présidentielle", reconnaît sans détour Manuel Bompard.

Une stratégie qui a vu ces dernières semaines Jean-Luc Mélenchon tenter de prendre de la hauteur en intervenant sur des sujets économiques et internationaux, tout en multipliant les meetings de soutien à ses candidats. La mort de Quentin Deranque est venue perturber ce plan de bataille.