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RéessayerIls s'appellent Oleksandr, Sofiia, Bohdan ou Angelina, ont entre 18 et 28 ans, et sont Ukrainiens, vivant en Ukraine. Le 24 février 2022, avec l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie, leur vie a basculé. Et avec elle, leurs plans et leurs rêves pour l'avenir.
"Tout a changé dans les premiers jours de la guerre", se remémore Angelina, 26 ans. Cette étudiante en sciences politiques a vu son frère partir défendre Marioupol. Informée de sa mort, puis, en réalité, de sa capture par la Russie, elle n'a plus de nouvelles depuis quatre ans. "Je ne suis même pas sûre qu'il soit encore vivant", confie-t-elle, la voix tremblante. Elle qui se rêvait entourée "d'une grande famille" s'occupe donc de son neveu, Kyrylas, aujourd'hui âgé de 11 ans.
Oleksandr, lui, habitait à Izmaïl, dans la région d'Odessa. Ce photographe de 28 ans développait sa propre marque de vêtements quand la guerre a éclaté. Alors qu'il rêvait de "succès" professionnel, de "fonder une famille" et de "construire [sa] propre maison", il est désormais engagé dans les forces armées ukrainiennes.
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De son côté, Bohdan peut être satisfait. Lui qui espérait travailler dans la tech est aujourd'hui, à 24 ans, chef de produit dans ce domaine – le seul "qui permet de gagner correctement sa vie en Ukraine actuellement", selon les dires. Des objectifs "plutôt standards" pour ce résident de Kiev, qui n'imaginait pas les événements du 24 février 2022 en Ukraine, où "rien ne semble vraiment changer".
Sofiia, la plus jeune du groupe, a 18 ans. Étudiante à Kiev, venue de Ternopil, dans l'ouest de l'Ukraine, elle se prédestinait à devenir avocate dans son pays. Mais la guerre a provoqué chez elle un changement de direction. "Aujourd'hui, je pense plutôt devenir avocate en droit international. Je veux attirer davantage l'attention sur la situation en Ukraine, sur les crimes de la Russie contre l'Ukraine", assume-t-elle avec assurance.
"Continuer à avancer"
Car la guerre en Ukraine a suscité un fort sentiment d'engagement chez ces jeunes. Angelina se présente comme Tatare de Crimée. Une identité que revendique celle qui souhaite devenir avocate des droits humains pour cette minorité. "Ma famille a été déportée deux fois : mon frère est actuellement en Sibérie, et ma grand-mère, il y a 65 ans, était aussi en Sibérie", raconte-t-elle, émue, affirmant vouloir "briser ce cercle".
Bohdan, qui étudie aussi le cinéma, pose un regard artistique sur la situation. "Toutes ces peurs, tous ces moments difficiles, créent ces expériences uniques dont nous pouvons créer de belles œuvres", juge-t-il. Un propos qui résonne particulièrement avec son propre avenir : à 25 ans, il sera mobilisé. "J'ai peur de mourir", lâche-t-il avec un rire nerveux. Le jeune homme se veut optimiste, mais reste réaliste : "Parfois, je m'interroge : 'Si je vais sur le champ de bataille, est-ce que cela apportera de la matière à mon expérience ?' Mais cela reste vraiment effrayant."
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Oleksandr, lui, garde les yeux rivés sur l'avenir et la fin de la guerre. "Ce sont précisément mes rêves et mes objectifs qui m'ont motivé, qui m'ont donné l'énergie et la foi de continuer à avancer", assure-t-il, toujours serré contre son chat, mascotte de son compte TikTok.
Une chose est sûre : aucun d'entre eux ne voit les relations avec la Russie revenir à la normale. "C'est dangereux pour l'Ukraine", estime Bohdan. "Je vois beaucoup de personnes être plus amicaux envers la Russie, comme si ce n'était pas un agresseur", abonde Sofiia, qui "ne comprend pas" ce choix. Elle rêve d'une Ukraine "absolument indépendante" dans laquelle "l'identité ukrainienne" serait enfin comprise et revendiquée. "Notre relation avec la Russie ne sera plus jamais la même", juge enfin Oleksandr, car "la Russie nous a fait trop de mal".
"Nous voulons vivre maintenant"
Reste que tous imaginent le futur sous un angle positif, et prévoient de rester en Ukraine. "J'aime mon pays, et j'aimerais vraiment y vivre, y travailler et y construire mon avenir", comme le reste de la jeunesse ukrainienne "habituée à cette situation", liste Sofiia. Idem pour Bohdan : "mon pays n'est pas parfait, les Ukrainiens ne sont pas parfaits, mais je les aime", explique-t-il.
"Les Ukrainiens sont un peuple très optimiste. Nous avons toujours pensé – et nous continuerons à penser – que seul un avenir radieux nous attend", ajoute Oleksandr. Si le militaire espère que la guerre sera terminée "d'ici un an", Bohdan se montre plus réservé. Une paix d'ici un an, c'est improbable, estime-t-il. Lui se veut pragmatique : "d'ici dix ans", peut-être. Et au prix d'une partie du territoire ukrainien, car il lui semble "peu plausible" de récupérer les terres conquises. Mais il voit une Ukraine "plus unie" par l'expérience de la guerre. "Quand la guerre a débuté, c'était comme une grande explosion d'empathie", se souvient-il. "Les gens ont commencé à s'intéresser aux autres. J'espère que nous garderons cette empathie."
Un avenir dans lequel la jeunesse jouera un rôle de premier plan. "Les adolescents sont leur seul avenir que nous avons, car ils sont plus sensibles, et prennent parfois la situation plus au sérieux" que leurs aînés, analyse Sofiia. Les plus jeunes sont "plus engagés politiquement" et "ont toujours une opinion sur tout, ce qui est positif", sourit-elle.
Car la reconstruction de l'Ukraine, loin de n'être qu'une affaire matérielle, est aussi un problème humain. "Je vois des jeunes qui passent leurs nuits à emballer de l'aide humanitaire, puis qui vont à l'université le matin", témoigne Angelina. "Je crois vraiment que nous pouvons rebâtir notre pays, particulièrement grâce à la jeune génération. Pas seulement les bâtiments, mais aussi les institutions et notre foi en l'avenir", déclare-t-elle. Et de conclure : "Nous n'attendons rien. Nous voulons vivre maintenant."
