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Paul Seixas, prodige du cyclisme français, peut il devenir le nouveau Pogacar ?
À seulement 19 ans, Paul Seixas vient de remporter sur le Tour de l'Algarve sa première victoire professionnelle. Devant des cadors du peloton, le Lyonnais a confirmé son statut de phénomène de précocité et de potentiel vainqueur futur du Tour de France. Décryptage
La première victoire professionnelle de Paul Seixas sur le Tour de l'Algarve. © Joao Matos, AFP

Une première victoire pour l'Histoire. Le Français Paul Seixas, 19 ans, 4 mois et 25 jours, a remporté, jeudi 19 février, sa première victoire chez les professionnels lors de la deuxième étape du Tour de l'Algarve, au sommet de l'Alto da Foia.

Dis-moi qui tu bats et je te dirai qui tu es, a-t-on coutume de dire dans le cyclisme. Or, pour son premier succès, le coureur de la formation Decathlon CMA CGM a surpassé avec la manière l'Espagnol Juan Ayuso (Lidl-Trek) et le Portugais Joao Almeida (UAE Team Emirates), deux des stars du peloton.

Annoncé comme l'"élu" du cyclisme français, celui qui ramènera le Tour de France dans le giron tricolore pour la première fois depuis Bernard Hinault en 1985, Paul Seixas continue, course après course, de confirmer tout son potentiel. Mais pourquoi le Lyonnais suscite-t-il autant d'enthousiasme ?

Une précocité au service de l'histoire : des records déjà battus

"Aux âmes bien nées la valeur n'attend pas le nombre des années." La maxime de Corneille, remasterisée en "Moi, tu me parles pas d'âge" par Kylian Mbappé, s'applique également à Paul Seixas. Il est désormais le plus jeune vainqueur de course professionnelle français depuis Jacques Anquetil en 1953, quintuple vainqueur du Tour de France par la suite.

Annoncé comme un crack depuis son adolescence, Paul Seixas a paraphé son premier contrat pro au sein de l'équipe Decathlon dès septembre 2024, sans passer par la formation "développement". Il faut dire que cette année-là, pour sa dernière année dans le circuit junior, il a multiplié les exploits, remportant notamment Liège-Bastogne-Liège et le Giro della Lunigiana (classement général, par points et celui de la montagne).

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Et, pour sa première saison chez les pros en 2025, il a également fait tomber plus d'un record de précocité. Après sa performance au Dauphiné, il est désormais le plus jeune coureur depuis 1962 à terminer dans le top 10 d'une épreuve World Tour. Avec le Tour de Lombardie, il est également le plus jeune coureur depuis 1917 à terminer dans le top 10 d'un Monument

Sur le podium derrière Evenepoel et Pogacar 

Outre ces records de précocité, Paul Seixas s'est également fait remarquer à de multiples reprises, et dans le bon sens du terme. En août, il a remporté le Tour de l'Avenir, une version miniature du Tour de France à destination des espoirs. Cette course prestigieuse compte parmi ses anciens vainqueurs : Egan Bernal, Tadej Pogacar, Nairo Quintana, Isaac del Toro…

Pour ses premières sélections en équipe de France seniors, il a successivement terminé 13e des Mondiaux au Rwanda, sur ce qui reste un des parcours les plus durs de l'histoire, puis 3e des championnats d'Europe, derrière Tadej Pogacar et Remco Evenepoel.

"C'est une troisième place, ce n'est pas une victoire, je le sais très bien, mais elle avait un peu un goût de victoire quand tu vois les deux mecs devant", avait-il déclaré après cette performance hors norme à 19 ans.

Sa victoire jeudi à l'Alto da Foia peut aussi être vue comme un signe pour les plus superstitieux : c'est au même endroit que Tadej Pogacar avait remporté son premier bouquet chez les pros en 2019, à l'âge de 20 ans.

Le mental d'un vétéran dans un corps d'adolescent

Sa première victoire chez les pros témoigne aussi d'une certaine science de la course. Il n'a pas réagi aux provocations d'Almeida qui, à l'expérience, tentait de l'intimider pour prendre la roue d'Ayuso. Paul Seixas a fait le dos rond, lui laissant la place et laissant les deux hommes s'expliquer. Profitant du retour d'un coéquipier, il a suivi le tempo puis a réglé le groupe au sprint en coupant le virage à 150 m de la ligne d'arrivée au bon endroit.

Loin de l'insouciance prêtée à la jeunesse, Paul Seixas frappe par une discipline quasi monacale qui détonne dans le peloton. Là où beaucoup de néo-pros découvrent la rigueur du haut niveau, le Lyonnais semble l’avoir intégrée depuis l'enfance : nutrition, travail des données, charges d'entraînement massives… Il encaisse tout cela avec la rigueur d'un vétéran.

Et, face à un pays prompt à s'enflammer pour un éventuel successeur de Bernard Hinault, il accueille son étiquette de "messie" du cyclisme français avec un flegme déconcertant, tout en assumant son statut.

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Malgré son très jeune âge, il est déjà leader dans le collectif Decathlon et sait se faire des amis. En effet, sa première victoire aurait pu intervenir bien plus tôt, le 25 avril 2025 au Tour des Alpes. Ce jour-là, à Lienz en Autriche, il se retrouve seul en tête aux côtés de son coéquipier Nicolas Prodhomme. Et le jeune gamin a préféré laisser la victoire à son aîné âgé de 28 ans pour le remercier du travail accompli : "C’est tellement beau. Nicolas mérite, il a tellement bossé toute la semaine. C’est une immense fierté. J’en ai parlé à Nico, l’équipe voulait que je gagne mais j’ai dit non. Nico la méritait plus que moi ! Je sais que je vais encore progresser, j’aurai sans doute d’autres occasions d’aller en chercher", avait promis Paul Seixas.

En offrant sa première victoire à son aîné, il s'est sans doute offert un lieutenant pour la vie.

Montagne, contre-la-montre, leader : un coureur complet

Si Paul Seixas suscite autant d'enthousiasme, c'est qu'il coche toutes les cases qui en font un futur vainqueur de grands tours. Outre ses qualités de leader déjà explicitées, il a déjà montré qu'il était un grimpeur et un rouleur hors pair.

En effet, avec 1,84 m pour 61 kg, il présente le profil idéal pour performer en montagne, condition sine qua non pour aller à la conquête des podiums sur un Grand Tour. Que ce soit sur le Dauphiné Libéré, le Tour de Lombardie ou les championnats d'Europe, il a démontré qu'il rivalisait déjà avec les plus grands malgré son énorme marge de progression.

Cependant, là où il se distingue de la génération précédente, c'est que cela se double d'indéniables qualités de rouleur. Contrairement à un Romain Bardet qui était peu à l'aise dans l'exercice, il excelle aussi dans les contre-la-montre.

Le Tour de France, objectif 2020 pour Decathlon

"Rivaliser avec Visma-Lease a Bike et UAE Team Emirates ? C’est l’objectif, c’est l’ambition. C’est une vraie construction, on voit que d’année en année, l’équipe a fortement évolué. Et dans le plan stratégique, dès 2026, on va avoir des ambitions qu’on présentera ultérieurement parce qu’elles seront assez novatrices. Mais surtout, l’objectif 2030, c’est de gagner le Tour de France."

Quand Dominique Serieys, le patron de Decathlon-CMA CGM, fait cette déclaration en juillet 2025, c'est en pensant à son talent brut qui aura la charge de porter l'ambitieuse formation française dans les prochaines années, avec en couronnement un Tour de France d'ici 2030.

Mais au-delà de son équipe, Paul Seixas risque de se retrouver propulsé tête de gondole d'une nouvelle génération française qui a les crocs : Paul Magnier sur les sprints, le charismatique Kevin Vauquelin, le puncheur Romain Grégoire, le grimpeur de poche Lenny Martinez… Tous ont moins de 25 ans et ont faim de victoires.