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Menacée d’asphyxie par les États-Unis, Cuba s'en remet à la solidarité internationale
Le président Donald Trump et son administration misent sur la chute du régime cubain, qui doit faire face à une crise économique inédite avec l’arrêt des livraisons de pétrole. La Havane espère que la Russie pourra une nouvelle fois lui venir en aide, tandis que des initiatives humanitaires voient le jour pour nourrir la population.
Le président russe Vladimir Poutine reçoit le ministre cubain des Affaires étrangères Bruno Rodriguez, le 18 février 2026 au Kremlin à Moscou. © Pavel Bednyakov, Reuters

"Le secrétaire général [de l’ONU] suit de très près la situation à Cuba, et je peux vous dire qu’il est très inquiet face à la situation qui ne cesse de s’aggraver, à l’image des besoins en pétrole qui ne sont pas satisfaits." Porte-parole d'Antonio Guterres, Stéphane Dujarric s’est chargé cette semaine de relayer auprès des médias la préoccupation grandissante d’une partie de la communauté internationale face à une situation humanitaire de plus en plus alarmante.

L'île de 9,6 millions d'habitants est confrontée à d'importantes pénuries de carburant et à des coupures d'électricité récurrentes depuis l'arrêt, sous la pression américaine, des livraisons de pétrole du Venezuela et des menaces de Washington de frapper de droits de douane tout pays lui vendant du carburant.

Ces nouvelles restrictions se traduisent par la mise à l’arrêt de l’économie locale. Le blocus énergétique menace d'asséner un coup fatal au tourisme, la deuxième source de devises. Ce secteur, qui emploie environ 300 000 Cubains, a déjà été affaibli ces dernières années par la pandémie et les sanctions américaines (-70 % de revenus entre 2019 et 2025, selon des estimations reposant sur les chiffres officiels). La production de cigares, produit emblématique de l’île, est également sévèrement touchée.

Habituée depuis des décennies à s’adapter aux pénuries, la population locale doit désormais faire face à de nouvelles contraintes ou menaces. L’accumulation de déchets dans les rues des grandes villes en fait partie, les camions poubelles ne pouvant plus passer en raison du manque de carburant. "À Cuba, on vit une situation terrible", déclarait récemment sur France 24 Otto Vaillant Frias, ambassadeur de Cuba en France, pour qui les États-Unis "n’ont pas le droit de faire vivre aux Cubains" la situation actuelle.

La Russie exprime sa solidarité

Le gouvernement cubain se tourne vers ses anciens de longue date pour tenter d’obtenir de l’aide, à commencer par la Russie. Le ministre des Affaires étrangères Bruno Rodriguez s’est ainsi rendu à Moscou où il a rencontré, mercredi 18 février, le président Vladimir Poutine. Ce dernier a dénoncé "l’embargo pétrolier américain qui asphyxie Cuba" et a rappelé que son pays "avait toujours été aux côtés de Cuba dans sa lutte pour l'indépendance". Une position répétée par le ministre russe Serguei Lavrov, qui a souligné "la pleine solidarité" de la Russie, sans pour autant dévoiler de mesures concrètes.

Des médias russes avaient pourtant fait état la semaine dernière d'un possible envoi de pétrole en tant qu'"aide humanitaire". Des livraisons qui n'ont pas été officialisées par les différentes personnalités rencontrées par le ministre Rodriguez dans la capitale russe. Le quotidien officiel Gramma ne s’en fait en tout cas pas l’écho, se contentant de dresser l’agenda moscovite du chef de la diplomatie cubaine.

Tout approvisionnement en pétrole ne pourra se faire qu'avec l’assentiment des États-Unis, qui ne cachent pas leur volonté d’asphyxier l’île située à 150 kilomètres de leurs côtes. "Cuba est actuellement une nation en faillite", a déclaré cette semaine le président américain Donald Trump. Sa stratégie consiste à laisser l’île sombrer peu à peu, en empêchant toute aide massive extérieure. Car pour Washington, le régime cubain ne peut rien faire et sa chute est inéluctable.

Le soutien de Greta Thunberg

L’aide humanitaire devrait tout de même réussir à passer à travers le blocus. Le Mexique, qui a également renoncé à exporter du pétrole à Cuba, a ainsi envoyé le 12 février 800 tonnes de produits alimentaires et d’hygiène.

D’autres pays s’apprêtent à faire de même, tandis qu’un "convoi coordonné par voie aérienne, terrestre et maritime" doit converger à La Havane le 21 mars. Le convoi "Nuestra América" ("Notre Amérique") a été lancé par "une coalition internationale de mouvements, de syndicalistes, de députés, d'organisations humanitaires et de figures publiques". Ses organisateurs ont précisé qu’il acheminera vers l'île "des aliments, des médicaments, du matériel médical et des biens de première nécessité".

La militante suédoise pour le climat Greta Thunberg, qui a participé en 2025 à la Flottille globale Sumud, organisée pour acheminer de l'aide à Gaza en défiant le blocus maritime israélien, a confirmé son soutien, sans toutefois préciser si elle participerait à l'initiative. Et pour le militant politique américain de gauche David Adler, un des organisateurs de ce convoi, le projet poursuit le même objectif que la flottille à destination de Gaza : "défier un blocus qui affamait la population civile".

Avec AFP