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Fin de vie : la proposition de loi sur l'aide à mourir rejetée par le Sénat
Par 181 voix contre et seulement 122 voix pour, le Sénat a rejeté, mercredi, la proposition de loi sur l'aide à mourir, dont certaines mesures phares avaient été supprimées. La version adoptée par les députés en mai dernier sera discutée en deuxième lecture à l'Assemblée nationale le 16 février.
Le Sénat français lors de l'examen de la proposition de loi sur l'aide à mourir, à Paris, le 20 janvier 2026. © Alain Jocard, AFP

Retour à la case départ ou presque. Le Sénat français a rejeté, mercredi 28 janvier, une proposition de loi sur l'aide à mourir déjà vidée de sa substance par les opposants à cette réforme sociétale majeure soutenue par l'exécutif. Le texte du député Olivier Falorni, qui avait recueilli une majorité à l'Assemblée nationale au printemps 2025, sera discuté en deuxième lecture au Palais Bourbon dès le 16 février.

Les députés seront saisis de leur propre version adoptée il y a près d'un an. Ils pourront y apporter des modifications s'ils le souhaitent.

Promesse présidentielle du second quinquennat d'Emmanuel Macron, la proposition de loi prévoit la création d'un dispositif encadré de suicide assisté et d'euthanasie, même si ces deux termes, dont la connotation est jugée négativement, n'y sont pas mentionnés noir sur blanc.

Le débat sur la fin de vie, qui se voulait apaisé et serein, a finalement tourné au vinaigre au Sénat. L'aile la plus conservatrice de la droite et des centristes, incarnée notamment par le patron des Républicains Bruno Retailleau, s'est très largement mobilisée lors de la discussion de ce texte pour en supprimer certaines mesures phares. Résultat : la proposition de loi a été totalement vidée de sa substance. Un "texte fantôme", "caricatural", "un puzzle sans modèle" voire "une forme de sabordage collectif", selon plusieurs sénateurs.

Au final, ce texte sans cohérence a été rejeté dans sa globalité au Sénat, par la combinaison des voix de la gauche, qui militait pour un retour au texte voté à l'Assemblée nationale, et d'une part non négligeable d'élus centristes et Les Républicains (LR), très insatisfaits par l'issue des débats. Seulement 122 sénateurs ont voté pour, contre 181 oppositions.

Certains ont notamment redouté que ce texte ainsi modifié, s'il avait été adopté, vienne affaiblir la loi Claeys-Léonetti actuellement en vigueur, qui autorise notamment la "sédation profonde et continue jusqu'au décès" pour certains patients en fin de vie.

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Fin de vie : la proposition de loi sur l'aide à mourir rejetée par le Sénat
Focus © France 24
05:46

"Une forme d'abandon démocratique"

"Rejeter le texte, c'est finalement n'offrir qu'un silence en réponse aux travaux de l'Assemblée", a regretté la sénatrice LR Frédérique Puissat, pour qui la rédaction du Sénat offrait une "piste équilibrée".

De nombreux sénateurs ont au contraire fait part de leur malaise face à cette copie sans ossature. "Ce que nous avons vécu ici ressemble à une forme d'abandon démocratique, abandon du débat, abandon de la nuance. Nous avons collectivement échoué", a regretté le sénateur Renaissance Xavier Iacovelli.

Les dissensions qui traversent le Sénat sur cette réforme risquent en tout cas de mettre la Chambre haute hors jeu dans ce débat sociétal d'importance, car le gouvernement pourra donner la décision finale aux députés en cas de désaccord persistant.

"Le principe constitutionnel, c'est le dernier mot à l'Assemblée", a prévenu mercredi sur Public Sénat le ministre des Relations avec le Parlement, Laurent Panifous. La présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, s'est elle dite convaincue que le texte pourrait y être adopté définitivement "avant l'été".

"La navette parlementaire va se poursuivre (...) dans le respect des convictions de chacun", a réagi la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, qui a conservé une certaine distance tout au long d'une discussion décousue au Sénat.

Si cette réforme sociétale majeure aboutissait, la France rejoindrait d'autres pays ayant légiféré sur la question, comme les Pays-Bas, la Belgique, la Suisse, le Canada.

Le président de la République a aussi envisagé un référendum sur le sujet si les blocages persistaient. Une option désormais moins probable : selon la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon, il n'y a pas d'"enlisement parlementaire".

Un autre texte sur les soins palliatifs, passé au second plan mais examiné en parallèle et adopté très largement au Sénat, pourrait lui faire l'objet d'un accord entre les deux chambres du Parlement, au vu de son caractère bien plus consensuel. Il prévoit notamment l'instauration d'une stratégie nationale de déploiement de ces soins, ainsi que la création de "maisons d'accompagnement et de soins palliatifs" dans les territoires.

Avec AFP