
Des dizaines de corps dans des sacs mortuaires exposés à la vue des familles dans la cour du Centre de diagnostic et de laboratoire médico-légal de la province de Téhéran à Kahrizak, en Iran. Capture d'écran d'une vidéo UGC du 12 janvier 2026. © Bakr Alkasem, AFP
Que se passe-t-il en Iran ?
L'Iran est secoué depuis le 28 décembre par des mobilisations dans ses rues organisées au départ pour dénoncer la vie chère. Les manifestations sont ensuite rapidement devenues une occasion de protester contre le régime : après les commerçants, la colère a gagné les universités et pris un tournant politique, avec des slogans adressés au pouvoir en place tels que "Ni Gaza, ni le Liban, que ma vie soit sacrifiée pour l'Iran", "N'ayons pas peur, nous sommes tous ensemble !" ou encore "Cette année sera celle du sang, Seyed-Ali [Khamenei] sera renversé !"
Plus de 500 manifestations ont eu lieu dans les 31 provinces iraniennes, a rapporté lundi 12 janvier au matin l’agence américaine Human Rights Activists News Agency. Ces manifestations sont les plus importantes en Iran depuis celles ayant eu lieu après la mort de Mahsa Amini en 2022. Face aux grandes manifestations observées ces derniers jours, les autorités ont appelé à des contre-manifestations lundi en soutien à la République islamique, confrontée à l'un de ses plus grands défis depuis sa proclamation en 1979.
Coupure d'Internet et des réseaux téléphoniques
Confrontées à une vague de contestation à travers le pays, les autorités iraniennes ont isolé en grande partie le pays du monde extérieur à partir de vendredi en décidant de couper Internet et les réseaux téléphoniques. Les appels de l'étranger n'aboutissaient pas, des liaisons aériennes ont été annulées et les sites iraniens d'information en ligne n'étaient mis à jour que de façon erratique.
"Couper l'accès à Internet tout en réprimant violemment les protestations révèle un régime qui a peur de son propre peuple"; a notamment dénoncé la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas. Le haut-commissaire des Nations unies pour les droits de l'Homme, Volker Türk, s'est lui aussi inquiété de la coupure d'Internet en Iran, déclarant : "De telles actions sapent la liberté d'expression et l'accès à l'information et affectent le travail de ceux qui documentent les violations des droits humains, ainsi que l'accès aux services essentiels et d'urgence."
Internet demeurait inaccessible en Iran lundi, d'après l'ONG de surveillance de la cybersécurité NetBlocks.
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Accepter Gérer mes choixAu moins 192 morts dus à la répression
Malgré ces coupures décidées par les autorités, des images ont tout de même pu filtrer depuis Téhéran et d'autres villes – probablement par le biais de moyens satellitaires. Les vidéos disponibles montrent de grandes mobilisations ces derniers soirs, comme sur cette vidéo à Téhéran vraisemblablement filmée le 10 janvier où on peut voir des milliers de personnes manifester dans la rue de nuit.
Sur une autre vidéo, authentifiée par l'AFP, on voit des dizaines de corps enveloppés dans des sacs noirs devant une morgue de Kahrizak, au sud de la capitale iranienne. On aperçoit aussi des Iraniens qui semblent à la recherche de leurs proches disparus. Pour l’ONG Iran Human Rights, basée en Norvège, ces images "montrent un grand nombre de personnes tuées lors des manifestations nationales en Iran".
Cette même ONG a déclaré dimanche avoir confirmé la mort d'au moins 192 manifestants depuis le 28 décembre, mais elle a averti que le bilan pourrait être beaucoup plus lourd et dénoncé un "massacre". "Des informations non vérifiées indiquent qu'au moins plusieurs centaines, voire plus de 2 000 personnes selon certaines sources, auraient été tuées", a souligné sur X Iran Human Rights, qui a indiqué par ailleurs qu'il y aurait eu plus de 2 600 arrestations à ce jour.
D'autres estimations notamment relayées par le magazine américain Time chiffreraient le bilan humain actuel à au moins 6 000 morts, selon des données compilées par un groupe informel d'universitaires et de professionnels expatriés. Le Centre pour les droits humains en Iran, dont le siège est à New York, a affirmé pour sa part dimanche que les hôpitaux étaient "débordés" par l'afflux de manifestants blessés et que les réserves de sang diminuaient.
"Ce dont on est certain, c'est que les armes de guerre ont été utilisées avec des scènes de massacre dans les rues pour réprimer les manifestants", a affirmé lundi matin sur franceinfo Chirinne Ardakani, avocate franco-iranienne de Narges Mohammadi, prix Nobel de la paix 2023. Elle a aussi parlé de "milices surarmées" utilisant "des mitraillettes" contre les manifestants.
Selon l'avocate, "il y a un amoncellement des corps véritablement dans les morgues". Les médecins, d’après leurs témoignages, "n’étaient pas en capacité de traiter tous les blessés qui arrivaient massivement dans les hôpitaux".
Les médias officiels iraniens ont affirmé, de leur côté, que des dizaines de membres des forces de sécurité avaient été tués.
Un canal de communication "ouvert" entre Téhéran et Washington
Après des menaces répétées d'une intervention militaire des États-Unis, le président américain a affirmé dimanche que les dirigeants iraniens voulaient "négocier" et qu'une réunion était "en cours de préparation", sans toutefois écarter l'option militaire. Washington avait déjà mené en juin des frappes contre les installations nucléaires iraniennes, en soutien à Israël.
"Nous pourrions devoir agir avant une rencontre", a affirmé Donald Trump, ajoutant que l'armée américaine étudiait des "options très fortes".
"La République islamique d'Iran ne cherche pas la guerre, mais est tout à fait préparée pour la guerre", a répondu lundi le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi. "Nous sommes également prêts à des négociations, mais ces négociations doivent être équitables (...) et fondées sur le respect mutuel."
Le ministère des Affaires étrangères a aussi déclaré qu'un canal de communication était "ouvert" entre l'Iran et l'émissaire américain pour le Moyen-Orient. Mais le président du Parlement iranien a menacé d'infliger à Donald Trump une leçon "inoubliable" en cas d'attaque américaine.
Par ailleurs, l'UE a dit envisager lundi de nouvelles sanctions contre l'Iran : "Nous sommes prêts à proposer de nouvelles sanctions, plus sévères, à la suite de la répression à l'encontre des manifestants", a déclaré Anouar El Anouni, porte-parole du service diplomatique.
Avec agences
