
Une femme sort d'un isoloir avant de voter lors du premier tour des élections législatives au Touquet, le 30 juin 2024, dans le nord-ouest de la France. © Ludovic Marin, AFP
Dernier scrutin avant la course à l’Élysée, les élections municipales des 15 et 22 mars 2026 vont faire figure de test pour les forces politiques françaises, qui chercheront à tirer des enseignements au niveau national de ce scrutin local. Le Rassemblement national parviendra-t-il à s'emparer de Toulon, Calais, Narbonne ou Lens ? La France insoumise réussira-t-elle à s'implanter localement ? Le Parti socialiste conservera-t-il Paris, Lille ou Nantes tout en reprenant des villes à la droite ? Comme l'a affirmé le leader insoumis Jean-Luc Mélenchon, ces municipales seront comme "un galop d'essai" avant l'élection présidentielle.
Les douze derniers mois ont vu s’opérer plusieurs bascules dans le paysage politique. Largement en tête des intentions de vote pour la présidentielle 2027, le Rassemblement national (RN) s’est installé comme parti dominant. À gauche, la fin du Nouveau Front populaire a été actée, symbolisée par la rupture entre La France insoumise (LFI) et le Parti socialiste (PS). À droite, le parti Les Républicains (LR) a opéré un retour au premier plan avant de s’effacer, tandis que les différents partis du centre et de centre-droit de la macronie apparaissent plus divisés que jamais.
Duel à distance entre RN et LFI
Les municipales de 2026 vont-elles accélérer ce mouvement ou rebattre les cartes ? Les deux formations qui ont le vent en poupe depuis les dernières municipales de 2020, le Rassemblement national et La France insoumise, misent beaucoup sur ce scrutin pour conforter leur dynamique et se lancer dans la foulée dans la bataille présidentielle.
Le RN n’était pas parvenu en 2020 à briser son plafond de verre au niveau local, ne réussissant qu’à conserver ses bastions et à s’emparer de Perpignan. La formation de Jordan Bardella espère cette fois-ci ravir plusieurs villes détenues par Les Républicains.
Quant à LFI, qui avait fait l’impasse sur les municipales en 2020, c’est le contraire cette fois-ci avec plusieurs députés qui se lancent, notamment à la conquête de villes actuellement aux mains des socialistes. C’est le cas de Sophia Chikirou à Paris ou de Sébastien Delogu à Marseille. Au-delà des victoires, le but est également de s’implanter localement en obtenant des conseillers municipaux.
Le PS veut valider sa stratégie
Pour le Parti socialiste, il s’agit en 2026 de voir si le choix de rompre avec La France insoumise au cours de l’année écoulée était le bon. Sa stratégie de recentrage couplée à des alliances avec Les Écologistes pourrait lui permettre de conserver certaines grandes villes comme Paris ou Marseille, mais ces municipales ne seront considérées comme un succès que si le PS fait mieux qu’en 2020.
Il faudra donc reprendre des villes perdues à la droite il y a six ans comme Metz ou Auxerre, mais aussi des villes qui avaient basculé en 2014 comme Toulouse, Reims, Saint-Étienne ou Limoges. Les voix gagnées au centre-gauche y seront décisives, mais ce recentrage du PS pourrait dans le même temps lui en faire perdre sur sa gauche.
LR et le "bloc central" veulent limiter la casse
Comme le PS, le parti Les Républicains verra quel bilan il peut tirer de son année 2025 commencée dans la lumière et terminée dans l’ombre. Les maires LR seront essentiellement menacés par les candidats du Rassemblement national. La tentation sera alors forte pour certains de faire alliance avec l’extrême droite. De quoi préfigurer la fameuse "union des droites" récemment remise dans le débat par Nicolas Sarkozy pour 2027 ?
Le "bloc central" part quant à lui en ordre dispersé à ce scrutin : parfois alliés, parfois adversaires, Renaissance, MoDem et Horizons tenteront eux aussi de limiter la casse. Après l’échec de 2020, la stratégie du parti présidentiel se rapproche même cette fois-ci davantage du refus d’obstacle, avec de nombreux soutiens à d’autres candidats dès le premier tour comme Pierre-Yves Bournazel (Horizons) à Paris, Martine Vassal (ex-LR) à Marseille ou Jean-Michel Aulas (divers droite) à Lyon.
Au-delà des résultats locaux, les élections municipales de 2026 vont donc apporter un certain nombre d’enseignements sur le plan national, d’autant que se tiendront en septembre des sénatoriales dont l’issue dépendra directement des résultats du scrutin de mars. Mais c’est bien la présidentielle de 2027 qui occupera surtout les esprits. Certaines formations politiques bénéficieront après les municipales d’une dynamique positive, tandis que d’autres pourraient avoir du mal à repartir de l’avant. Rarement des élections locales ont été annoncées comme étant aussi importantes sur le plan national.
