
Quatre jours après le second tour des élections législatives, le camp présidentiel au bord de l'implosion ? Arrivé deuxième derrière le Nouveau Front populaire, le mouvement Ensemble doit aujourd'hui répondre à une question de taille : comment se positionner dans une nouvelle Assemblée nationale privée de majorité absolue, et, surtout, à qui tendre la main pour gouverner avec cette nouvelle donne politique ?
Pour l'instant, le président de la République semble vouloir prendre tout son temps. Il "attendra la structuration de la nouvelle Assemblée nationale pour prendre les décisions nécessaires", faisait savoir l’Élysée dès dimanche, peu après l'annonce des résultats. Le lendemain, c’est dans la même optique qu’il refusait la démission de Gabriel Attal, demandant à son Premier ministre de rester en poste "pour le moment".
Emmanuel Macron balayait ainsi d'un revers de main les appels insistants du Nouveau Front populaire, qui, revendiquant la victoire aux élections, réclame de voir rapidement un Premier ministre nommé dans leurs rangs. Il a de nouveau écarté cette aspiration de la gauche, au moins temporairement, mercredi. "Personne ne l'a emporté", a-t-il assuré, sortant de son silence à travers une lettre publiée par la presse quotidienne régionale. "Aucune force politique n’obtient seule une majorité suffisante et les blocs ou coalitions qui ressortent de ces élections sont tous minoritaires."
"Seules les forces républicaines représentent une majorité absolue", poursuit alors le chef de l’État, qui leur demande "d’engager un dialogue sincère et loyal pour bâtir une majorité solide, nécessairement plurielle, pour le pays."
En filigrane, donc, Emmanuel Macron plaide pour un gouvernement "d'union nationale, "allant des sociaux-démocrates à la droite de gouvernement". Une idée cependant vivement rejetée par la gauche à plusieurs reprises, à l'exception de l'eurodéputé de Place publique Raphaël Glucksmann.
"Le Premier ministre devra sans doute être issu de LR"
Dans les rangs macronistes, une autre option flotte pourtant dans l'air : s'allier avec Les Républicains. Mathématiquement, leurs 163 sièges additionnés aux 66 de LR leur permettraient en effet de supplanter les 180 sièges du NFP, sans pour autant s'assurer une majorité absolue de 289 députés.
Sans surprise, c'est la solution privilégiée par Horizons, le parti d'Édouard Philippe. "On peut réunir de LR à Renaissance un bloc qui permet d’avoir une majorité relative", a expliqué l'ancien Premier ministre mardi soir, sur TF1, appelant à la signature d'un "accord technique" avec Les Républicains, en vue "d'avancer et de gérer les affaires du pays pendant au moins un an".
"Les LR ne sont pas très loin de moi, sur plein d'idées", a abondé mercredi à l'Assemblée nationale Laurent Marcangeli, qui dirigeait le groupe parlementaire Horizons avant la dissolution.
Dans l'aile droite de groupe Renaissance aussi, l'idée séduit. "Est-ce qu'on arrive à s'accorder sur l'essentiel avec les députés LR, ou est-ce que le NFP reste la première force à l'Assemblée, avec toutes les conséquences que cela aurait ?", a soutenu Maud Bregeon mardi. "Je souhaite qu'on travaille avec Les Républicains si on veut entendre la demande d'autorité, de renforcement du régalien, de sécurité, qui a été exprimée par les Français depuis plusieurs années", a de son côté fait valoir le député Benjamin Haddad, sur BFMTV.
Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin est même allé plus loin en suggérant de laisser un membre des Républicains s'installer à Matignon. "Il peut y avoir un Premier ministre de droite, ça ne me gênerait en rien", a-t-il expliqué sur Europe 1.
Pour appuyer leur projet, les partisans de cette alliance soutiennent le même argument : un gouvernement de gauche serait immédiatement renversé par une motion de censure. "Un membre LFI au gouvernement constituerait une 'ligne rouge absolue' déclenchant une motion de censure", a ainsi fait insisté Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes.
Sécession de l'aile gauche
Au sein du groupe présidentiel, l'idée est cependant très loin de faire l'unanimité. "On ne peut pas faire un gouvernement d'union nationale avec un seul camp", a dénoncé le patron du MoDem, François Bayrou, plaidant pour la désignation d'un Premier ministre capable de "rassembler", sans s'exclure lui-même de ce scénario. "S’il y avait juste une alliance avec LR, je serais très mal à l’aise", a de son côté réagi le président sortant de son groupe parlementaire, Jean-Paul Mattei.
Dans une recherche de compromis, le secrétaire général du parti Stéphane Séjourné à quant à lui publié, mardi, une tribune dans le journal Le Monde, s'adressant "aux leaders de la gauche républicaine". "Le bloc central est prêt à discuter avec tous les membres de l’arc républicain – des écologistes aux Républicains", y écrit-il, précisant exclure "Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise de l'équation gouvernementale."
De cette discorde naît par ailleurs un risque pour le groupe Renaissance : celui de voir certains de ses membres faire sécession. Mercredi matin, selon Le Monde, seuls 33 élus s’étaient rattachés au groupe. D'autres, ont exprimé leur désir de faire bande à part. Parmi eux, Sacha Houlié, marcheur de la première heure et ex-président de la commission des Lois, a annoncé qu'il ne "siégera pas" au groupe Renaissance, préférant tenter de créer un groupe "qui aille de la droite sociale à la gauche socialiste".
"Notre sensibilité de centre gauche a besoin d'être visible et lisible. Ça passe par un groupe, qui s'inscrit toujours dans une logique de cohérence et de cohésion", a abondé Stella Dupont, autre membre de l'aile gauche, élue du Maine-et-Loire.
"Le seul message que nous sommes nombreux à défendre, c'est : 'LR, seul, on n'en veut pas, ça ne marchera pas !'", insiste Ludovic Mendes, député de Moselle, qui menace de suivre Sacha Houlié.
Convaincre LR
Reste un autre obstacle de taille avant d'aller de pair avec la droite : convaincre LR. Certes, certains sont déjà ralliés à la cause. "Si on veut mettre un coup d’arrêt à LFI, il nous faut un gouvernement d’union nationale avec LR et le camp d'Emmanuel Macron", a ainsi affirmé Xavier Bertrand, le président de la région Hauts-de-France, fixant cependant comme condition que le Premier ministre soit issu de son parti.
Plus surprenant, le président sortant du groupe LR à l’Assemblée nationale, Olivier Marleix, a revendiqué la même ligne dans Le Figaro. "Le chef de l’État doit nommer un premier ministre LR et rassembler ceux qui se réclament de la droite, du centre et des valeurs républicaines", a-t-il fait valoir.
Mais, en face, le nouveau président du groupe LR à l'Assemblée, Laurent Wauquiez, lui, refuse de pactiser avec Emmanuel Macron. "Nous ne participerons pas à des coalitions gouvernementales", a-t-il assuré. Il a toutefois ouvert la voie à un " pacte législatif" – "la possibilité pour les deux camps de s'allier autour de propositions de loi pour répondre aux problèmes du pays sans attendre".
En attendant, à gauche, la colère gronde. Selon Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron "refuse de reconnaître le résultat des urnes qui a placé le Nouveau Front populaire en tête" et "prétend donner du temps pour former une autre coalition par magouilles après les élections".
