
En octobre 2022, les températures étaient en moyenne 3,5 °C au-dessus de la normale dans l'hexagone, faisant de ce mois d'octobre le plus chaud jamais enregistré en France, a annoncé Météo-France mardi.
C'est un nouveau signal alarmant du dérèglement climatique, à cinq jours de l'ouverture de la COP27 en Égypte. Octobre 2022 a été le mois d'octobre le plus chaud en France depuis 1900. La température moyenne a atteint 17,2 °C, soit 3,5 °C supérieure à la normale, a indiqué mardi 1er novembre Météo-France sur Twitter.
Il a par ailleurs été bien plus chaud qu'octobre 2001 qui détenait le précédent record avec 16,3 °C de température moyenne et 2,6 °C de plus que la normale, précise l'établissement public.
📊 #Octobre 2022 🇫🇷
🌡️ T°C moy : 17.2°C
🔻Anomalie : +3.5
🔻Nouveau record devant octobre 2001 et octobre 2006.
🔻9 ème mois consécutif avec une anomalie positive
🌧️ Cumul précip. moy : ~ 58 mm
Déficit ~ 37% pic.twitter.com/l8eZhMAoqg
Un "épisode de chaleur tardive inédit"
"Normalement à partir de la mi-octobre les températures commencent à chuter et là, c'est l'inverse", avait récemment expliqué à l'AFP Christine Berne, climatologue chez Météo-France.
En cause : un "épisode de chaleur tardive inédit" qui s'est installé sur le pays et a duré particulièrement longtemps, avec des "nuits tropicales" (températures ne descendant pas sous les 20 degrés) dans le sud du pays, explique Météo France. Celui-ci a été provoqué par une vaste dépression venue de l'Atlantique, faisant remonter des masses d'air brûlant depuis le Maghreb et qui se sont retrouvées bloquées par un anticyclone situé sur l'Europe de l'Est.
Ces dernières semaines, le thermomètre a ainsi régulièrement affiché des températures dignes d'un mois d'août, frôlant par endroit les 30 °C - bien loin du temps maussade auquel on s'attend à l'arrivée de l'automne. Bordeaux a enregistré, le 16 octobre dernier, les 30°C les plus tardifs de l'histoire de la ville. Le mercure a aussi atteint 26°C à Lyon, 29 °C à Clermont-Ferrand. De son côté, Mouthe, la ville la plus froide de France, voit le mois d'octobre s'achever sans avoir connu d'épisode de gel, une première en 140 ans, note sur Twitter François Jobard, météorologue pour Météo-France. "Le nombre moyen de gelées en octobre était de 18 jours sur la période 1951-1980. 28 en 1974 et 1888, 2 en 2004 et 2006, et 0 donc en 2022", s'alarme-t-il.
Pour la première fois depuis le début des mesures en 1880, AUCUNE gelée n'a été enregistrée à #Mouthe , Haut-Doubs, en octobre. Le nombre moyen de gelées en octobre était de 18 jours sur la période 1951-1980. 28 en 1974 et 1888, 2 en 2004 et 2006, et 0 donc en 2022. #octobre2022 pic.twitter.com/ffMtz39FOT
— François Jobard (@Francois_Jobard) October 31, 2022La France n'est par ailleurs pas le seul pays européen concerné par cette vague de chaleur. "Le mois n'est pas terminé mais nous pouvons déjà pratiquement affirmer sans risques qu'il sera le plus chaud (en Espagne) depuis 1961", annonçait l'agence météorologique espagnole, AEMET, vendredi.
En Grande-Bretagne, le Met Office, l'agence météorologique, soulignait pour sa part mercredi que les températures, ayant atteint 20,5 °C à Londres, étaient "plus proches de ce que nous verrions habituellement à la fin août qu'à la fin octobre". Même douceur anormale en Allemagne et en Belgique.
Une marque du dérèglement climatique
Ce mois d'octobre vient ainsi poursuivre une année extrême marquée par de nombreux records, des intempéries et des incendies à répétition. Une preuve supplémentaire, s'accordent à alerter les scientifiques, du dérèglement climatique. "Cette année, on est clairement dans un emballement. À l'exception d'une petite période en septembre, on assiste à des mois particulièrement chauds non stop depuis avril. On a l'impression que l'atmosphère a de plus en plus de mal à se refroidir", a relevé Christine Berne. Sans le réchauffement climatique" causé par les gaz à effet de serre émis par l'homme, "on n'aurait pas des températures aussi chaudes, le dérèglement du climat contribuant à des phénomènes extrêmes plus fréquents et plus intenses, devenant plus précoces et plus tardifs", poursuit-elle.
Ca y est ! Avec une anomalie indécente de +3,5°C & faisant suite à 8 mois d'anomalie positive, le mois d'octobre est dorénavant le mois d'octobre le + chaud depuis 1900 (au moins).
C'est de loin l'anomalie la + importante de l'année, ridiculisant celles de notre été caniculaire ! pic.twitter.com/UkHGzKI5hL
"Cette année 2022, dans son intégralité, est emblématique des effets du changement climatique", abonde de son côté le climatologue Christophe Cassou. "Elle est un avant-goût de notre futur à l'horizon 2050."
L’année 2022 est ainsi bien partie pour être la plus chaude jamais enregistrée en France, et pour détrôner le record de 2020. "Il faudrait un mois de décembre très rigoureux pour que 2022 ne finisse pas en première place", remarque Christine Berne. Dans son bulletin publié jeudi, Météo France indique en effet comme "scénario le plus probable", pour le trimestre allant de novembre à janvier, "la prédominance de conditions anticycloniques, avec un temps calme et sec, sur le continent européen", avec 50 % de chances d'avoir des températures conformes aux normales de saison et 30 % de chances qu'elles soient plus chaudes.
Sans compter que cet été indien, s'il pourrait paraître le bienvenue en cette période de crise énergétique, vient encore renforcer la sécheresse qui touche actuellement le pays. À l'échelle nationale, les précipitations ont été moins fréquentes qu'à l'ordinaire sur la majeure partie du territoire en octobre, avec 58 mm de cumul moyen sur le mois, soit un déficit de 37 % par rapport à la normale. Le déficit dépasse désormais les 70 % de l'Aquitaine à l'Occitanie, à la région PACA et la Corse, selon Météo-France.
"Depuis début octobre, on note un assèchement des sols sur la Nouvelle-Aquitaine et l'Occitanie correspondant à un état observé habituellement en plein été", note encore l'organisme. En Occitanie, il s'agit de la situation la plus sèche rencontrée à cette période de l'année depuis 1958.
Avec AFP