Le président libanais Michel Aoun a nommé, lundi 31 août, Moustapha Adib au poste de Premier ministre au terme des consultations parlementaires destinées à trouver un successeur à Hassan Diab. Portrait d'un diplomate bardé de diplômes mais inconnu du grand public.
Fort du soutien des principales figures politiques sunnites libanaises, du Hezbollah chiite et du parti du président maronite Michel Aoun, Moustapha Adib, jusqu’ici ambassadeur du Liban en Allemagne, a été désigné, lundi 31 août, Premier ministre à la suite des consultations parlementaires exigées par la Constitution du pays du Cèdre.
Moustapha Adib a fait part de sa volonté de former rapidement un gouvernement et d'engager des réformes immédiatement pour jeter les bases d'un accord avec le Fonds monétaire international (FMI).
"La fenêtre d'opportunité pour notre pays est petite", a-t-il dit lors de sa première prise de parole officielle après sa désignation.
Âgé de 48 ans, ce diplomate inconnu du grand public succède au Premier ministre Hassan Diab, qui avait démissionné quelques jours après la double explosion meurtrière qui a ravagé le port de Beyrouth et ses alentours le 4 août.
Né à Tripoli et de confession sunnite, comme ses prédécesseurs et ce conformément à l’usage politique au Liban, basé sur le confessionnalisme, Moustapha Adib n’est affilié à aucun parti politique. Mais il est un proche de l'ancien Premier ministre et milliardaire Najib Mikati, figure politique de la cité portuaire du nord du pays. Moustapha Adib a d'ailleurs été son chef de cabinet dans les années 2010, avant d’être nommé ambassadeur à Berlin en 2013.
Les journalistes locaux qui l’avaient côtoyé au siège du gouvernement décrivent un homme courtois et efficace, rapporte le quotidien local Annahar.
Un Premier ministre bardé de diplômes
Titulaire d'un doctorat en sciences politiques et en droit à la suite d’un parcours universitaire au Liban et en France, il débute sa carrière de professeur d'université de droit public international au début des années 2000, exerçant notamment au sein de l'Université libanaise. Les médias libanais le présentent comme un spécialiste de droit constitutionnel et des questions de sécurité de l'État. Sous son nom complet Moustapha Adib-Abdul-Wahed, il a notamment soutenu en 2000 une thèse à Montpellier 1 intitulée "L'Inexécution des lois de programmation militaire : du constat au débat".
Président de différentes associations comme l'Association libanaise de droit international (Aldi) ou encore l'Association libanaise de science politique, il est également président du Centre d'études stratégiques du Moyen-Orient (Cesmo) depuis 2004.
Moustapha Adib prend les commandes du gouvernement à un moment critique pour le Liban, moins d’un mois après le drame du 4 août qui a marqué un pays déjà plombé par une crise économique aiguë et par un mouvement de contestation populaire contre la classe politique.
S'il bénéficie de l'aval des piliers de la scène politique libanaise, il devra encore convaincre le mouvement de contestation qui agite le pays depuis octobre 2019. Les protestataires avaient averti qu'ils rejetteraient tout nom issu des consultations de dirigeants dont ils exigent le départ.
Sur les réseaux sociaux, avant même sa nomination, certains internautes libanais ont déjà exprimé leur rejet du nouveau Premier ministre, estimant qu’il incarnait une certaine continuité, non sans se moquer de la similitude des lettres des noms de famille entre Adib et Diab, son prédécesseur.
Avec Reuters