![Bénin : les deux Français enlevés "ont peut-être déjà passé la frontière avec le Mali" Bénin : les deux Français enlevés "ont peut-être déjà passé la frontière avec le Mali"](/data/posts/2022/07/24/1658658133_Benin-les-deux-Francais-enleves-ont-peut-etre-deja-passe-la-frontiere-avec-le-Mali.jpg)
Disparus depuis mercredi du Bénin, les deux enseignants - dont les identités n'ont pas été révélées - "sont probablement déjà très loin", indique la correspondante de France 24, Emmanuelle Sodji. Leur guide, Fiacre Gbédji, a été retrouvé mort.
Les services du Quai d'Orsay sont mobilisés pour retrouver deux Français portés disparus au Bénin. "On ne connaît pas l'identité des deux enseignants, l'ambassade de France au Bénin ne souhaite pas pour l'instant communiquer sur leur identité, indique Emmanuelle Sodji, correspondante de France 24, à Cotonou. On sait en revanche qu'ils ont traversé à pied la rivière qui sépare le Bénin du Burkina Faso car des traces de leur passage ont été retrouvées."
Selon une source gouvernementale béninoise interrogée par l'AFP, on n'est sans nouvelle des deux touristes français depuis mercredi 1er mai, "deux enseignants venus passer une dizaine de jours en vacances au Bénin".
Les deux touristes "ont peut-être déjà passé la frontière avec le Mali", base arrière de nombreux groupes jihadistes, a affirmé cette source proche du gouvernement béninois. Ils ont disparu mercredi soir et "sont probablement déjà très loin", selon une source sécuritaire à Cotonou. Les deux enseignants avaient visité plusieurs sites dans le sud du pays, dont Abomey et Ouidah, et devaient s'envoler dimanche soir pour Paris.
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Le guide tué par balle
Samedi 4 mai, le corps du guide accompagnant deux touristes, a été retrouvé dans le parc national de la Pendjari. Les résultats des examens effectués sur la dépouille permettent d'"affirmer que ce corps est celui du guide béninois des deux touristes français dont la recherche se poursuit", a écrit le ministère béninois de l'Intérieur dans un communiqué rendu public dimanche 5 mai.
L'homme retrouvé mort "était un guide professionnel bien connu au Bénin. Hier matin (samedi) lorsque les gens du parc l'ont découvert, ils l'ont reconnu malgré l'état très abîmé du corps. Un médecin légiste qui l'a ensuite examiné a estimé que c'était lui à 99 %", a poursuivi cette source.
Le pantalon retrouvé sur le cadavre a été présenté à sa famille, qui a confirmé qu'il s'agissait bien de celui du guide béninois Fiacre Gbédji. "La thèse d'un enlèvement se précise" pour les deux touristes français, dont le véhicule a été retrouvé dans l'est du Burkina Faso, a confié à l'AFP une source sécuritaire de la région. "Un Toyota 4 Runner qui transportait les deux touristes français et leur guide a été retrouvé sans les occupants", a-t-elle détaillé.
Des traces de voiture retrouvées
"Le guide a été tué par balles, selon l'enquête, mais des sources locales avancent qu'il a été décapité", indique par ailleurs, la journaliste de France 24, Emmanuelle Sodji.
Selon une information de notre correspondante, Emmanuelle Sodji, "la voiture du guide a traversé la rivière Pendjari, à un point où il n'y avait plus d'eau". Des traces "ont été identifiées", et ont permis d'affirmer que le "véhicule retrouvé calciné à Diapaga au Burkina Faso est bien celui du guide".
Dégradation sécuritaire
La Pendjari, avec ses 4 700 km2, est l'un des trois parcs de l'ensemble WAP (W, Arly et Pendjari) qui s'étend sur le Bénin, le Burkina Faso et le Niger, et l'un des derniers sanctuaires de la vie sauvage en Afrique de l'Ouest. Il fait partie des grands projets de réhabilitation engagés par le Bénin pour son développement économique depuis l'arrivée au pouvoir du président Patrice Talon, en avril 2016.
Les investisseurs se sont engagés sur 26 millions de dollars (dont 6 millions par le gouvernement béninois) en dix ans pour faire revivre ce parc, abîmé par des décennies de négligence.
Mais sa situation géographique, limitrophe avec le Burkina Faso, était une menace constante, désormais réelle : le pays voisin est confronté à une dégradation de la situation sécuritaire sur son sol depuis trois ans, avec une accélération alarmante ces derniers mois.
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Le Bénin était considéré comme un îlot de stabilité en Afrique de l'Ouest, une région où opèrent de nombreux groupes jihadistes liés à Al-Qaïda et à l'organisation État islamique (EI). Mais les parcs sont des zones très difficiles à surveiller, malgré un renforcement des équipes, entraînées militairement depuis qu'African Park a repris la gestion de la Pendjari.
Multiplication des fronts
L'exploitation du parc est l'une des seules sources de revenus dans cette région reculée du Bénin, à plus de 10 heures de route de la capitale économique, Cotonou. "J'ai un groupe de touristes qui venait le 15 mai", se désole le guide. "Ils ont dû annuler. Ils venaient pour six jours dans le parc."
La zone avait récemment été placée comme "formellement déconseillée" par le Quai d'Orsay, "compte tenu de la présence de groupes armés terroristes et du risque d'enlèvement".
Selon des experts et des sources sécuritaires, le nord des pays côtiers de l'Afrique de l'Ouest, comme le Togo et le Bénin, est devenu vulnérable ces derniers mois face à la stratégie d'expansion et de multiplication des fronts adoptée par les groupes armés.
Dans le parc du W, à cheval sur le Bénin, le Niger et le Burkina, "des combattants originaires du Mali auraient mené dès 2014-2015 une reconnaissance" jusqu'au Bénin, selon un rapport publié en mars par l'institut de recherche Thomas More.
Au Burkina, 90 % des attaques ne sont pas revendiquées. Elles ont été pour la plupart attribuées à Ansaroul Islam, au Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM) ou à l'organisation État islamique dans le grand Sahara (EIGS), mais une dizaine d'autres groupes, "plus petits et sans doute moins structurés" sont également actifs, selon International Crisis Group (ICG).
Avec AFP