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Suite à l'attaque présumée chimique à Douma, Washington a fait planer, lundi, la menace d'une action militaire en Syrie, s'adressant notamment à Moscou. Le Kremlin a mis en garde contre "de graves conséquences" en cas de frappes occidentales.

Le ton se durcit du côté de Washington, suite à une attaque présumée chimique en Syrie. Lundi 9 avril dans la soirée, le président Donald Trump a promis que des "décisions majeures" étaient imminentes sur une possible action militaire américaine en Syrie. Elles pourraient être prises "ce soir ou très bientôt", a-t-il précisé, ajoutant que la réponse serait "forte", "énergique" et viserait à faire "payer" Bachar al-Assad et ses alliés.

Le président américain a par ailleurs eu un nouvel entretien téléphonique avec son homologue français Emmanuel Macron, pour la deuxième fois en deux jours, les deux hommes souhaitant "une réaction ferme" de la communauté internationale, a annoncé l'Élysée dans la nuit de lundi à mardi.

Plus tôt dans la journée, l'ambassadrice américaine aux Nations unies, Nikki Haley, a affirmé que les États-Unis "répondront" au bombardement chimique qui aurait eu lieu ce week-end à Douma, que le Conseil de sécurité décide d'agir ou pas.

"Nous en sommes arrivés au stade où justice doit être faite aux yeux du monde", a déclaré Nikki Haley, s'adressant aux membres du Conseil de sécurité. "Qui a fait cela ? Seul un monstre peut faire cela." "Les États-Unis sont déterminés à voir ce monstre qui a lâché des bombes chimiques sur le peuple syrien rendre des comptes", a-t-elle dit.

"L'histoire retiendra que c'est à ce moment que le Conseil de sécurité a fait son devoir ou a démontré son incapacité totale à protéger le peuple syrien. Quoi qu'il en soit, les États-Unis répondront", a-t-elle ajouté.

La Russie pointée du doigt

Devant le Conseil de sécurité de l'ONU, les États-Unis et la France ont en outre mis en cause la Russie dans ces attaques chimiques présumées, jugeant que Moscou n'avait pu ignorer les bombardements aériens du régime Assad.

"La Russie et l'Iran ont des conseillers militaires dans les bases aériennes du régime d'Assad et dans les centres d'opérations", a souligné l'ambassadrice américaine. "Des responsables russes sont sur le terrain en aidant directement les campagnes (de siège) du régime, et des forces iraniennes font souvent le sale boulot", a-t-elle ajouté.

Attaque chimique en Syrie : les États-Unis promettent de répondre "avec force"

"Quand le régime militaire syrien pilonne des civils, il le fait avec l'aide de la Russie", a insisté Nikki Haley.

Lors de son allocution, l'ambassadeur français à l'ONU, François Delattre, a également pointé du doigt la Russie. "L'appui militaire russe et iranien est présent sur le terrain et à tous les échelons de l'appareil de guerre syrien, et aucun avion syrien ne décolle sans que l'allié russe en soit informé", a-t-il relevé.

La Russie a démenti le recours à des armes chimiques samedi par le régime syrien à Douma. Des experts russes se sont rendus sur le terrain, ont fait des prélèvements et n'ont trouvé aucune trace d'armes chimiques, a assuré l'ambassadeur russe à l'ONU, Vassily Nebenzia devant le Conseil de sécurité.

“Éléments inacceptables” dans le projet de résolution américain

L'ambassadeur russe a également mis en garde contre de "graves conséquences" en cas d'action armée occidentale. "Nous appelons les Occidentaux à renoncer à la rhétorique guerrière", a déclaré Vassily Nebenzia. "Il n'y a pas eu d'attaque chimique" samedi à Douma, a-t-il ajouté, dénonçant une "mise en scène".

Il a par ailleurs dénoncé un projet de résolution déposé par les États-Unis, visant à créer un nouveau "mécanisme d'enquête indépendant des Nations unies" (Unimi) sur le recours aux armes chimiques en Syrie.

Ce texte américain, qui prévoit que les responsables de "tout recours à des armes chimiques devront rendre des comptes", contient "des éléments inacceptables" qui rendent les choses "pires", a déclaré à la presse Vassily Nebenzia. Interrogé à l'issue d'une réunion publique du Conseil de sécurité sur l'attaque présumée chimique à Douma, pour savoir si les États-Unis étaient plus dans une optique diplomatique que militaire, le diplomate russe a répondu: "Je crains qu'ils ne cherchent davantage l'option militaire qui est très très dangereuse".

Elle est "dangereuse non seulement pour la Syrie mais aussi pour le monde [...], la paix et la sécurité internationales", a insisté le diplomate russe.

L'ONU n'a plus d'organisme d'enquête dédié aux attaques chimiques en Syrie depuis la disparition fin 2017 du JIM, un groupe ONU-OIAC (Organisation pour l'interdiction des armes chimiques) dont le mandat n'a pas été renouvelé en raison de plusieurs veto russes.

Avec Reuters et AFP