
Les Iraniens se sont fortement mobilisés, vendredi, pour le premier tour de l'élection présidentielle. Ils devaient choisir entre le président sortant Hassan Rohani, un modéré, et son rival, le fondamentaliste Ebrahim Raissi.
Les bureaux de vote sont restés ouverts plus longtemps que prévu pour permettre à tout le monde de voter. Les Iraniens sont allés voter en masse et avec enthousiasme, vendredi 19 mai, pour élire leur président, un scrutin déterminant pour l'avenir du sortant Hassan Rohani et de sa politique d'ouverture au monde entamée par l'accord nucléaire avec les grandes puissances.
"Il fallait faire parfois deux ou trois heures de queue pour rentrer dans le bureau de vote", a constaté à Téhéran la correspondante de France 24 Mariam Pirzadeh, qui a vu beaucoup de jeunes mobilisés dans la capitale.
Les files d'attente pour voter à Téhéran pic.twitter.com/bGmNTvixAs
— Mariam Pirzadeh (@mapirzadeh) 19 mai 2017Alors que le scrutin était couplé avec les municipales, plus de 40 millions d'électeurs ont voté ce vendredi, sur 56,4 millions d'inscrits, a annoncé dans la soirée le ministère de l'Intérieur, ce qui correspond à une participation d'environ 70 %, en ligne avec celle de la précédente élection présidentielle, en 2013.
L'un des premiers à avoir voté a été Ali Khamenei, qui a appelé ses compatriotes à aller aux urnes "massivement, le plus tôt possible". "La participation enthousiaste des Iraniens à l'élection renforce la puissance et la sécurité nationales", s'est félicité le président Rohani après avoir voté à Téhéran, baignée de soleil. Lui et son adversaire ont appelé au "respect" du choix des Iraniens, quel que soit le résultat.
#IranElections2017 2 fois plus d affluence dans ce bureau de vote qu'il y a 4 ans lors des dernières présidentielles pic.twitter.com/ZA3Fb8BkKI
— Mariam Pirzadeh (@mapirzadeh) May 19, 2017L'un des enjeux de cette élection est de jauger la popularité de la politique d'ouverture sur le monde portée par le président sortant Hassan Rohani, explique Mariam Pirzadeh. Ce religieux modéré de 68 ans brigue un dernier mandat de quatre ans. Son principal adversaire est Ebrahim Raissi, un religieux conservateur de 56 ans proche du Guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei. Deux petits candidats peu connus – un réformateur ayant appelé à voter Rohani et un conservateur – étaient aussi en lice.
Car si Rohani porte son bilan, marqué par la conclusion d'un accord sur le programme nucléaire du pays, "il en a peu été question pendant la campagne", souligne la correspondante de France 24, qui rappelle qu'Ebrahim Raissi a lui "axé sa campagne sur l'économie", un sujet qui touche beaucoup d'Iraniens, qui souffrent au quotidien du chômage (12,5 % de la population, 27 % des jeunes) et de l'inflation (9,5 %, certes bien en-dessous des 40 % enregistrés en 2013). Le conservateur se veut l'avocat des pauvres et entend donner la priorité à "l'économie de résistance", axée sur la production et les investissements nationaux.
Relations toujours tendues avec Washington
Avant même la fin du vote, le camp Raissi a dénoncé des "infractions" et demandé une intervention immédiate contre "des actions de propagande de certains responsables et partisans du gouvernement" en faveur du président sortant. Il a également dénoncé une mauvaise présentation du nom d'Ebrahim Raissi sur les listes des bureaux de vote et l'absence de suffisamment de bulletins dans les "zones déshéritées", plus favorables au candidat conservateur.

Sauf surprise, le vainqueur devrait être élu dès le premier tour, dont les résultats définitifs sont attendus dimanche au plus tard.
Le scrutin s'est tenu deux jours après la décision américaine de renouveler l'allègement des sanctions contre l'Iran, conformément à l'accord nucléaire de 2015 entre Téhéran et six grandes puissances, dont les États-Unis. Un détail qui plaiderait en faveur du président Rohani, élu en 2013, et qui a consacré la majeure partie de son premier mandat à la négociation de cet accord.
Mais la méfiance demeure entre Téhéran et Washington, qui ont rompu leurs relations diplomatiques peu après la révolution islamique en 1979. Le président américain Donald Trump, hostile à l'Iran, a réservé son premier déplacement à l'étranger à un sommet avec des dirigeants musulmans dimanche en Arabie saoudite, grand rival régional de Téhéran.
Avec AFP