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Mal-logement : un quinquennat "en demi-teinte" pour la Fondation Abbé Pierre

En matière de lutte contre le mal-logement, le bilan du quinquennat Hollande est en "demi-teinte", juge la fondation Abbé Pierre dans son rapport annuel publié mardi. Près de quatre millions de personnes sont mal logées aujourd’hui en France.

Peut mieux faire. En matière de lutte contre le mal-logement, le bilan du quinquennat Hollande est en "demi-teinte", juge la fondation Abbé Pierre dans son rapport annuel, qui a été remis lundi 30 janvier au président de la République.

Malgré les engagements du candidat Hollande, qui avait signé le "Contrat social" de la fondation en février 2012, et une "activité législative assez dense" liée au logement pendant le quinquennat (loi Alur, loi relative à la mobilisation du foncier public, loi pour la transition énergétique, etc.), "le nombre de personnes confrontées à la crise du logement continue d'augmenter" en 2017.

Près de quatre millions de personnes sont mal logées, (soit privées de logement personnel, soit vivant dans des conditions de logement très difficiles) et plus de 12 millions sont "fragilisées par rapport au logement" (locataires en situation d'impayés, propriétaires occupant un logement dans une copropriété en difficulté, etc.), selon ce rapport.

Invitée à défendre le bilan du quinquennat, la ministre du Logement Emmanuelle Cosse a mis en avant les "avancées concrètes" obtenues, soulignant le "long" chemin "pour rattraper un retard accumulé pendant trois décennies dans le logement".

Et de citer quelques chiffres : 453 200 logements autorisés à la construction en 2016, en hausse de 14 % par rapport à l'année précédente ; 130 226 logements sociaux agréés en 2016, soit une hausse de près de 15 % par rapport à 2015. De plus, 134 000 places d'hébergement ont été ouvertes, dont 121 000 pérennes, a indiqué la ministre.

Dans son rapport, la fondation Abbé Pierre souligne pourtant une aggravation de la situation : le nombre de personnes sans domicile par exemple (143 000 selon l'Insee), a augmenté de 50 % entre 2001 et 2012.

"Bond spectaculaire" des expulsions

Sur le plan de l'immobilier, "alors que le président de la République avait fixé l'objectif de 500 000 constructions neuves par an, dont 150 000 logements sociaux, on ne peut que constater à la fin de ce quinquennat que le compte n'y est pas", souligne aussi le rapport.

La Fondation Abbé Pierre regrette également le "bond spectaculaire" des expulsions locatives avec le concours de la force publique, qui ont grimpé de 24 % en 2015.

Parmi les points positifs est cependant cité l'encadrement des loyers, qu'il est "indispensable de renforcer", ou la loi sur la transition énergétique.

"La loi Alur prévoyait de l’appliquer dans 28 agglomérations, au bout du compte cela n’a été fait qu’à Paris, et, à partir de demain à Lille. On doit aller plus loin !", a ainsi estimé Joaquim Soares, directeur animation territoriale de la Fondation Abbé Pierre, interviewé sur le plateau de France 24.

Les candidats à la présidentielle attendus au tournant

La Fondation émet 15 propositions, parmi lesquelles la production de 150 000 logements sociaux par an accessibles aux plus modestes, la mobilisation du parc privé à des fins sociales, ou encore la mise en place d'une politique plus précoce de prévention des expulsions.

"Parmi les personnes qui stagnent en centre d’hébergement, 30 à 40 % pourraient en sortir si elles pouvaient accéder à un logement, a également expliqué Joaquim Soares. Pour cela, il faut avoir des constructions suffisantes et il faut aussi capter les logements dans le parc privé, avec par exemple des incitations fiscales pour que les propriétaires louent à des ménages à faible revenu."

Mardi, plusieurs candidats à la présidentielle, à l'exception de Marine Le Pen avec qui la Fondation est en "désaccord profond", auront chacun une demi-heure pour évoquer ces sujets. Sont annoncés Yannick Jadot, Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron et Benoît Hamon. Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre, est impatient : "On attend de voir ce qu'ils ont dans le ventre."

Avec AFP