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Le réchauffement climatique va faire resurgir une base américaine secrète enfouie au Groenland

Selon une étude publiée mercredi 3 août, la fonte des glaces causée par le réchauffement climatique au Groenland pourrait faire resurgir une base américaine secrète enfouie sous les neiges, et avec elles des centaines de tonnes de déchets toxiques.

Les bases militaires les plus secrètes sont aussi généralement celles situées dans les endroits les plus improbables. Cela étant dit, on image bien la tête de l’officiel américain qui s’est un jour dit : "Eh les gars, j’ai une idée, et si on construisait une base militaire sous le Groenland, ça serait marrant non ?"

Et ils l’ont fait. En pleine guerre froide, la base de "Camp Century", bâtie en dessous du manteau de glace du Groenland par l'armée américaine, a servi de lieu de passage pour acheminer clandestinement plus de 600 missiles nucléaires sous la calotte glacière au plus près de l’URSS.

En quittant les lieux en 1967, le gouvernement américain était loin de se douter que leur base militaire secrète et les restes d’essence, de produits chimiques et de liquide nucléaire contaminé laissés sur place referaient surface près de 50 ans plus tard.

En fait, les États-Unis et leur homologue danois, qui avait autorité sur le Groenland, pensaient surtout que la base de Camp Century resterait tranquillement enveloppée dans son manteau de glace pour l’éternité. Mais ça, c’était avant que la planète décide de se réchauffer à vitesse grand V et de transformer la glace de ses pôles en soupe.

Selon une nouvelle étude publiée mercredi 3 août dans le journal Geophysical Research Letters, la fonte des glaces pourrait répandre les déchets toxiques de la base de Camp Century dans les océans d’ici moins de 75 ans et poser de sérieux problèmes aux écosystèmes populations humaines du monde entier. 

"Soudainement, le monde s’est écroulé sous nos pieds et maintenant nous avons un problème multinational et multigénérationnel dans nos mains", explique Liam Colgan à Mashable, auteur de l’étude et climatologue à l’université de York à Toronto. 

"Zut, on n'avait pas pensé à ça", se dirait sûrement maintenant l’officiel américain d'il y a 50 ans.

Dans quel état est la base ?

Les scientifiques ont examiné des documents des ingénieurs de l’armée américaine pour déterminer approximativement la quantité de déchets enfouie sous la glace, et sur quelle superficie elle pourrait s’étendre.

Selon leurs estimations, la base de Camp Century, située à l’intérieur des terres à 200 kilomètres de la côte ouest du Groenland, abriterait près de 9 200 tonnes de déchets physiques et 20 000 litres de liquides chimiques. Soit l’équivalent de 33 Airbus A 380 et du volume d’un réservoir de tank – quand même.

Ces petits cadeaux seraient situés à 36 mètres en dessous de la calotte glacière sur plus de 55 hectares, soit environ 100 terrains de foot. 

"Je suis sûr qu’il y a des tonnes de PCB à Camp Century", déplore Liam Colgan à Mashable. Parmi les déchets les plus redoutés de la base, les polychlorobiphényles (PCB) figurent en effet en tête de liste. Ces produits chimiques, insolubles dans l'eau, sont particulièrement toxiques et pourraient, en plus de contaminer les plantes et les animaux, être potentiellement cancérigènes pour l’homme.

La base militaire regorgerait de PCB, mais aussi d'un autre intrus peut-être encore plus gênant : des restes de missiles nucléaires.

Camp Century est l'une des cinq bases construites sous la glace par l’armée américaine à côté de la base aérienne de Thulé. À la différence de ses copines, Camp Century avait, en plus de ses missions officielles de recherches scientifiques, une autre vocation un peu plus secrète. 

La base a servi d’intermédiaire au passage de plus de 600 missiles nucléaires sous la calotte glacière. Le projet secret, ayant pour nom de code "Iceworm" ("Le ver de terre de glace"), a été interrompu par le Comité des chefs d'état-major interarmées de l'armée américaine en 1963. Les déchets nucléaires, eux, sont restés. 

Combien de temps reste-il ?

Les chercheurs ont aussi tenté de déterminer le moment où Camp Century pourrait repointer le bout de son nez à la surface du globe et rejoindre la "zone d’ablation" – celle où la glace fond et ne se reconstitue plus.  

Et surprise : le spectacle ne devrait pas tarder à commencer. Des études ont montré que la calotte glacière du Groenland avait perdu 262 millions de tonnes de glaces entre 2007 et 2011.

Et en plus d’être vulnérables à la fonte des glaces sur le long terme, les déchets enterrés pourraient contaminer plus rapidement le reste du globe sous l’action de l’eau ruisselante en surface du manteau de glace du Groenland. Elle peut y pénétrer jusqu’à 10 mètres de profondeur par saison, explique l’étude.

Compte tenu de l’avancée rapide de la fonte du pauvre Groenland, les modèles de simulations mis au point par les chercheurs indiquent que la contamination pourrait avoir lieu d'ici à la fin du siècle.

Alors pour éviter le pire pour la planète, les États-Unis vont devoir se creuser les méninges. Surtout que d'autres problèmes pourraient s'ajouter au défi environemental. La diplomatie américiane pourrait bien voir ses relations avec le Danemark et le territoire autonome du Groenland considérablement se compliquer avec la résurrection de Camp Century.

La sombre histoire de déchets toxiques pourrait compromettre le destin de la base aérienne américaine de Thulé, pourtant bien pratique, et l’éventualité de pouvoir profiter de la plus grande île de la planète, paradoxalement en plein essor à cause du réchauffement climatique.  

– Retrouvez l'article de Andrew Freedman sur Mashable.

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