
Les pays développés n'ont pas rempli leurs objectifs de réduction d'émissions de gaz, estime Yvo de Boer de l'ONU pour qui seule une réduction collective de 25 à 40 % des émissions d'ici à 2010 permettrait d'éviter les pires scénarios.
AFP - Les objectifs de réduction des émissions polluantes annoncés jusqu'à présent par les pays industrialisés sont encore "très loin" de ce que la science recommande, a estimé mercredi le plus haut responsable du climat à l'ONU, Yvo de Boer, après l'annonce du Japon.
"Il reste un long, long chemin à accomplir jusqu'aux scénarios ambitieux recommandés par les scientifiques du GIEC (les experts mandatés par l'ONU) si nous voulons éviter les pires impacts du changement climatique", a déclaré M. de Boer lors d'une conférence de presse à Bonn, après l'annonce des objectifs du Japon, qu'il a refusé de commenter explicitement.
Le Premier ministre japonais Taro Aso a annoncé mercredi que son pays réduirait de 15% ses émissions de gaz à effet de serre d'ici 2020 par rapport à 2005 - soit une réduction de 8% par rapport à 1990, année de référence pour les Nations unies.
"Le niveau des ambitions doit absolument être relevé d'ici Copenhague", en décembre, où doit être conclu le nouvel accord climatique mondial, a estimé M. de Boer, secrétaire exécutif de la Convention climat de l'ONU (CNUCC), qui s'exprimait en marge des négociations du futur accord, en cours jusqu'à vendredi à Bonn.
Les ambitions japonaises ont été également jugées "insuffisantes" par la chancelière allemande Angela Merkel, interrogée après un entretien avec le Premier ministre danois Lars Loekke Rasmussen à Berlin.
"C'est bien que le Japon se soit fixé des objectifs. Nous devons voir ce que cela signifie pour l'horizon 2050 et l'objectif de limiter à 2°C le réchauffement climatique (...) Mais ce n'est pas encore suffisant pour atteindre ce but à long terme", a estimé la chancelière.
"Je ne peux qu'être d'accord (avec ce qu'a dit Mme Merkel). J'attends les détails", a renchéri M. Rasmussen, jugeant néanmoins "très positif que les Japonais décident de fixer un objectif chiffré, c'est un pas en avant".
Selon les scientifiques, les pays industrialisés doivent réduire collectivement leurs émissions de gaz à effet de serre de 25 à 40% d'ici 2020 par rapport à 1990.
Outre le Japon, l'Union européenne s'est engagée sur une baisse d'au moins 20% en 2020 par rapport à 1990. Par ailleurs, les Etats-Unis se sont engagés sur un objectif de -14% en 2020 par rapport à 2005, soit -4% comparé aux niveaux de 1990.
"Il nous faut des objectifs de réduction ambitieux sur la table de la part des pays industrialisés, qui nous conduisent vers cette fourchette", a insisté M. de Boer.
Ce dernier doute cependant que le nouvel accord puisse être finalisé lors de la conférence de Copenhague du 7 au 18 décembre.
"Je ne crois pas qu'il soit possible, entre aujourd'hui et la fin de Copenhague, de finaliser tous les détails d'une réponse à long terme au changement climatique pour l'après-2012", a-t-il insisté.