
Selon des résultats partiels, la coalition des réformateurs et modérés, alliés du président Hassan Rohani, ont fait une remarquable percée lors des élections législatives iraniennes - même s'ils n'obtiennent pas la majorité au Parlement.
D’après les premiers résultats des élections législatives iraniennes, les alliés modérés du président iranien Hassan Rohani ont fortement progressé face aux conservateurs, majoritaires au Parlement.
Les alliés de Rohani ont surtout réalisé une percée remarquable à Téhéran où ils raflent la totalité des 30 sièges qui étaient jusqu'alors détenus en grande partie par les conservateurs.
Un décompte effectué par l'agence Reuters sur la base des résultats officiels disponibles lundi 29 février créditent le camp réformateur d'environ 30 % des sièges au Parlement, contre 40 % pour le bloc conservateur et 17 % pour les indépendants. Pour les quelque 13 % restants (34 sièges), un second tour aura lieu en avril. Dans le Parlement sortant, les députés du camp de la réforme ne comptaient que pour moins de 10 % des élus.
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Parmi ces derniers, un certain nombre avait fait campagne contre l'accord nucléaire conclu en juillet 2015 entre les grandes puissances et l'Iran. L'accord est entré en vigueur mi-janvier, entraînant la levée de la plupart des sanctions économiques qui asphyxiaient l'économie iranienne. Les conservateurs nourrissent une grande méfiance à l'égard des puissances occidentales et mettent régulièrement en garde contre leur "infiltration" politique, économique et culturelle sur le territoire iranien.
Dix candidats indépendants ont également été élus mais sont pour l'instant inclassables. Les résultats pour une soixantaine d'autres sièges devraient être annoncés d'ici mardi.
En revanche, un second tour devra être organisé en avril ou en mai pour départager les candidats briguant 51 autres sièges, et dont aucun n'a récolté suffisamment de voix pour être élu au premier tour.
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"Lourdes charges"
"Le progrès du pays est l'objectif principal" et le "prochain Parlement aura de lourdes charges", a estimé dimanche le guide suprême Ali Khamenei, dans un message lu à la télévision, en mettant en garde contre "un progrès superficiel sans indépendance ni intégrité nationale".
Le président Rohani a pour sa part affirmé dans un tweet que "les électeurs ont créé une nouvelle atmosphère". Religieux modéré, Rohani misait sur l'accord nucléaire et sur les investissements étrangers, pour engranger un maximum de députés favorables à sa politique au Parlement. Il entend mettre en place une série de réformes économiques et sociales avant la fin de son premier mandat de quatre ans en 2017.
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Autre motif de satisfaction pour le président iranien : son élection et celle de son allié Akbar Hachemi Rafsandjani, ancien président de la République islamique, à l'Assemblée des experts. L'élection pour son renouvellement a eu lieu en même temps que les législatives. Dans la capitale, leur liste commune a remporté 15 des 16 sièges qui étaient en jeu, selon les résultats définitifs relayés par l'agence de presse Irna.
Cette chambre, composée de 88 religieux élus pour huit ans, est chargée de nommer le Guide suprême iranien et pourrait être amenée à jouer un rôle déterminant durant son mandat puisque le guide actuel, Ali Khamenei, est âgé de 76 ans.
"Personne ne peut résister à la volonté de la majorité du peuple"
Deux religieux conservateurs connus pour leur hostilité envers les réformateurs, les ayatollahs Mohammad Yazdi, actuel chef de l'Assemblée des experts, et Mohammad Taghi Mesbah Yazdi, ne seraient pas en position d'être élus à l'Assemblée des experts, selon des résultats partiels portant sur la presque totalité des bulletins dépouillés.
L’ancien président iranien Hachemi Rafsandajani, a affirmé dans un tweet que "personne ne peut résister à la volonté de la majorité du peuple et ceux dont il ne veut pas doivent se retirer".
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La percée des pro-Rohani est d'autant plus notable que la plupart des grandes figures du camp réformateur avaient été écartées de la course aux législatives par le Conseil des gardiens de la Constitution, qui a un droit de veto sur les candidatures.
Amir Mohebbian, un analyste iranien indépendant, a jugé que ces résultats étaient "une réaction [des électeurs] contre les radicaux".
Avec AFP