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Présidentielle au Burundi : timide participation après une nuit de violences

Quelques heures après l’ouverture des bureaux de vote pour la présidentielle au Burundi, la mobilisation des électeurs semblait timide. Deux personnes ont été tuées à Bujumbura, où des explosions et des tirs ont retenti dans la nuit.

Les bureaux de vote ont officiellement ouvert, mardi 21 juillet, au Burundi pour une présidentielle qui devrait offrir au président Pierre Nkurunziza le troisième mandat qu'il s'est acharné à briguer au prix d'une grave crise politique émaillée de violences.

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Présidentielle au Burundi : timide participation après une nuit de violences

Quelque 3,8 millions de Burundais sont appelés aux urnes pour une élection sans suspense, boycottée par l'opposition, mais sous tension. Deux personnes ont été tuées à Bujumbura, la capitale, où des explosions et des tirs ont retenti lundi soir dans plusieurs quartiers.

Selon un responsable de la police ayant requis l'anonymat, un policier a été tué par l'explosion d'une grenade dans le quartier de Mutakura (nord) tandis qu'un civil a été abattu par balles à Nyakabiga (est) dans des circonstances inconnues, d'après des témoins.

Un regain de violences qui explique le peu de mobilisation, à la mi-journée, des Burundais. "Les bureaux de vote que nous avons vus dans le centre de Bujumbura étaient plutôt vides. Les électeurs ne semblent pas s’être déplacés en masse pour voter dès l’ouverture des bureaux, rapporte Karim Hakiki, envoyé spécial de France 24 dans la capitale burundaise. Les habitants attendent de voir comment la journée va se passer avant de se déplacer."

"Mascarade"

La faible participation s’explique également par le manque de suspense de cette élection. Dans la semaine, trois des huit candidats se sont retirés dans la semaine de la course présidentielle, dénonçant une "mascarade". Quant au principal opposant, Agathon Rwasa, il n'a pas retiré sa candidature officiellement mais conteste d'ores et déjà la légitimité du scrutin. Les trois autres candidats encore en lice appartiennent à des petites formations réputées alliées au pouvoir.

"Le seul suspens de ce scrutin, c’est celui qui consiste à voir la manière dont la population va réagir, notamment sur les réseaux sociaux, commente Gauthier Rybinski, journaliste de France 24 spécialiste des questions internationales. Les réseaux sociaux ont joué au Burundi et continuent de jouer un énorme rôle puisqu’ils ont vu émerger une société civile solide".

Estimant que le climat actuel ne permet pas un scrutin crédible, cette dernière n’a cessé de réclamer un report de l’élection présidentielle au-delà du 21 juillet. Des appels qui, bien que relayés par la communauté internationale, l'Union africaine (UA) et les pays de la région, sont restés lettre morte.

"Tous des putschistes"

Le mince espoir d'apaisement ouvert le15 juillet par la médiation du président ougandais Yoweri Museveni, mandaté par ses pairs de la Communauté est-africaine (EAC) et qui avait réussi à faire s'asseoir les deux camps autour d'une table, a volé en éclats dimanche : les discussions ont été de fait interrompues, en l'absence du camp présidentiel, au lendemain d'une session particulièrement houleuse.

Le gouvernement avait accusé samedi ses adversaires d'être "tous des putschistes" tandis que l'opposition et la société civile dénonçaient une tentative de gagner du temps pour ne pas aborder le sujet du report de la présidentielle.

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Présidentielle au Burundi : timide participation après une nuit de violences

L'annonce fin avril de la candidature de Pierre Nkurunziza, élu en 2005 et 2010, à un nouveau mandat, en violation, selon ses adversaires, de la Constitution et de l'Accord d'Arusha, a déclenché un mouvement de contestation émaillé de violences ayant fait au moins 80 morts.

Plus de 150 000 Burundais ont trouvé refuge dans les pays voisins et quelque 1 000 personnes continuent de fuir chaque jour le Burundi pour se réfugier en Tanzanie, a indiqué lundi l'organisation Médecins sans frontières (MSF).

Avec AFP